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LETTRES
E T
MEMOIRES
Pour fervir a
L'HISTOIRE
Naturelle, Civile et Politique
DuCAPBRETON,
D E P. U I S
Son établiflcmcnt jufqu'à la rcprife de celte Ifle par
les Anglois en 1758.
^/// ne/cit primam cjfc bij^orio' Icgem, ne qi.hlfajjî diccre
non aiideaî \ ditndc ne qvid *irn non aiideat*
Cic. DE Or AT. Lib. II,
A LA HAYE, clicz Pierre Go: se.
Et Je trowvs
A LONDRES, chez Jf.an Noursf.
MDCCIA',
(V)
M*m*m*wmmf§'M
EPITRE DEDICATOIRE.
UN ouvrage fur le Cap Bre-
ton doît naturellement être
offert aux quatre hommes il-
iuftres qui partagent l'honneur de
i cette glorieufe et importante con-
I quête, et Je leur en fais un jufte
5 hommage. Il efl: inutile de les
Z nommer, il le feroit de les louer,
Ce qu'ils ont fait pour leur patrie,
® a gravé leurs noms dans tous les
cœurs. L'habile Miniftre qui a
formé un deffein qui rend à l'An-
gleterre la fuperioritç fur fes enne-
mis ^ le refpeftable chef des plan-
tations
(vi)
tations qui a fi bien contribué à ce
deffeins Tamiral et le général qui
ont joint la prudence à la va*
leur pour l'exécuter, feront à ja-
mais l'objet de la vénération et
de la reconnoiflance de la nation,
de l'admiration des étrangers et du
plus profond refpeft du plus de-?-
voué de
Leur très humble^ &c.
(vîi)
PREFACE.
L'ETAT prefcnt de l'Europe cft un objet
trop intereflànt pour tous ceux que la
raiibn éclaire et que le fentiment guide, pour
ne pas fixer leur attention. Qui eft celui qui
voudroit ignorer les caufes, les circonftances,
les détails des évenemens qui nous furprennent
et nous attachent. Mais cette curiofité louable
n'a pas toujours un heureux fuccès. La par-
tialité, la prévention que produifcnt dans la
plus part des hommes, le manque de connoif-
fances fur le fond des chofes, la commodité de
ne les regarder que par leur face extérieure, les
préjugés avec lèfquels oh les confidere, nous
font tomber dans Terreur. Alors nous ne
Toïons la vérité qu'à travers des nuages qui
fouvent nous la font perdre de vue; et à fa
place un crayon faux et des couleurs faâices
nous forment un phantôme que nous prenons
pour elle. L'embarras de faire des recherches,
qui d'abord paroiflênt rebutantes, vient aider
à cet
.{.;viii )
à cet inconvénient. On aime mieux s*en
- tenir à la fuperiice des objets que de prendre
h pékit mctSbirt pour «n çoiMMâtre la na^
turv. Bifrttàt .on m 4»\Mié Jcb motife d'iuie
affaire, parceque la reflexion fur les refTorts fe-
crets de ces motifs, n'en a pas afles fixé le fou-
venit i on n'en fçait plus que les tucidem aux
quels on attribue des caufes (ingulieres au lieu
.des natucellçs. qu'on a rperdu de vue^ Il f«u-
edroit ua.b^mcne aui^ ioldligent qu'applique
et véritable.. guûnQjpoiite ppur faire j'jjiiftoire
d'*ine guerre ;dont le détail des ficgci|, dc$ .ba-
tailles n'eft que le moindre objet. Cet hoqinie
nous découvriroit .gwc ^ç. que nfws -regardons
comme le .prit^cipa}. eft.uipe fuite {nonoftone fa-
.cile à prévoiT'.gu^pd .on e^;inftj;iiit fie ce, qui
. devoit la .produire. . IV^ai^ <^i .{ijouver pour un
plan univerfel, un tfel hûmq(Vf ? Il f^udroit
. 4oRC être fati^fiïit loriiquç ceiux ^141 approchent
le plus des giiali^4s .que j.ç ^yiçns de .dirç, em-
ploient leur .travail à no^ni j^. donner quelques
^parties.
Cet ouvrage dont je ne.fuî^ que l'Éditeur,
a droit de parvenir. Il contient des détails que
la confiance et l'amitié ont affranchi de. la con-
trainte; dans lefquels refpfit de. parti. n'a pas
nui à la vérité. Ce font des ..Igttr^s écrites de
Louifboufgr
ïxMiiibcmrg. Elles commencent â Tanner 7^2v
ctcontinueiit juiqu^apiii le fiége de cette pbcc
«tout les dirers ^vêttemens y foiit très ciicon'-
fbmciâ, ainfi que ceux de la guerre qui 1*»
précède.
On y fait d^abord la defcription générale
et particulière de PIfle Rolale, de fes pro-
dudions et de leur utilité. L'on entre dan»
les mêmes détails fur Tifle St. Jeao> dont
la proximité fait en quelque façon, un total
avec le Cap Breton. Le récit des mœurs,
des gouts^ des préventions des Indiens ou
iàuvages» attache enfuite la curiofité, et
amené des reflexions qui peuvent devenir
très avantageufes à ceux qui traitent avec
eux.
Les autres lettres font fur ïe gouvernement
que les François avoient établi à Louifbourg.
Elles contiennent des détails et* un examen
de Itur conduite. On y apprend le commerce
qu'ils faifoient dans l'ifle, et celui qu^ils au*
joient pu y faire ; les projets qu'ils avoient oa
qu'ils auroient pu avoir. Les inconvenien»
que la mauvaife conftitution de leur gou-
Ycrnement a produit^ paroifTent palpables dan»
ces lettres* Les foutes de ceux qui adml-
a niâcoLeot
(X)
niftroient le pouvoir y font découvertes. L'orr-
gîne des troubles n'y eft point palliée. Enfin,
la guerre qui a été une fuite naturelle de tout
cela et fes malheureux fuccès pour les Fran-
çois, y font racontés avec une exaâitude im*
partiale.
Cette matière fi intereflante par elle même,
Teft encore plus par les reflexions qu'elle peut
occafionner, et par les fages refolutions qu'elle
peut faire prendre.
Le defir que j'ai de rendre cet ouvrage
utile, m'a fait regretter de ne pouvoir le don-
ner avant que l'attention fût fixée fur d'autres
objets. Il y a plus d'un an que cette produâion
auroit dû paroître j mais le difiîculté de re-
couvrer toutes les lettres qu'il faloit pour le
rendre complet à l'envie de le voir approuver
par des perfonnes à qui d'importantes occupa-
tions ne laiflTent pas le loifir d'un prompt ex-
amen, en ont retardé l'exécution. Il en eft
tems encore pour totis ceux aux quels les éve-
nemens prefens ne font point négliger le fou-
venir de ceux qui doivent par état les embrafler
tous, afin de régler avec fagefle ce qui con-
vient au parti qui fera aiïes heureux pour faire
la loi. Mais du moins, foit que les vainqueurs
COÛ-
(xi)
amfervent leur conquête, foit que les raincus
fe mettent en état de la racheter, les uns et les
autres ne peuvent que favoir gre à l'auteur de
leur avoir fait fentir des confequences égale-
ment eflèntielles pour eux, et le public, de lui
avoir mis les chofes dans leur véritable jour.
%2
TABLE.
•( xU )
TABLE.
D
L E T T R E I.
Rfcrtpiiûn ginérale^ farticulierij et irh t//-»
taillée de VIfle Roiale ou Cap Breton^ de
la vitie et du porï de Louijbourg. Page i«
L E T T RE IL
Suite de la defcription de Vljle Roiale^ des princi"
poux endroits hahjtes^ de fes produit ions ^ ^c.
p. 15.
L E T T R Ê m.
Continuation de la de/cr^tipn de tlJU Roîale^ de
fes cotes à droite^Vu . p* 30,
LETTRE IV,
Centinuativn it la mîmt defcripthH, de /et ettes à
la gauihef et de parti* de Pifle Saint Jean.
p. 46,
L E T T R E V.
Suite de la defcripttn de fJJle St» Jean^ H de fes ^
fndu3itnt. p> 64.
LETTRE
XUl )
LETTRE VI.
DiS divtrs animaux qui fe trouvent dans les detuf
ifles i de la pêche de ta morue j de la façon dont
les François la font brunnr^ d$ la colle de
poîjfon^ ' i^c. page 8 1 •
L E T T R E VII.
Des fauvagesj de leurs rmeursj fcfr. Des moyens
que Us François mettent en ufage pour les at^
tirer dans leur parti. p. 94.
LETTRE Vm.
Zinte>, dis moeurs^ car avères st cérémonies des
fauvagesy de leur façon de s* exprimer. Dif^
€Ours^unJ^fivag£ Micimac* p. 105,
LETTRE IX.
Sidii des moeurs dés fauvages^ de leurs fites^ de
kurs cûnfeils. Difcours d^une femme fausoage^
-'•'de imrs guerres j des rti/es fifilt y emploient.
p. lis*
LETTRE X.
$uhe des mœurs des fauvagesy difcours qtii leur
fut fait par lé Comte de Raymond pour les
émpicher de faire leur p^ix as^u M s An^ois.
p. I2û*
LE TT RÊ XI,
Du lêuverùment de Ififù RsSah^ du militaire^ hfc.
p. 141.
LETTRE
(xîv)
LETTRE XII.
Z^u cânfeil fuperieur^ des autres jurifdîâîions \ di
ThopitaU des prêtres^ des moines^ et des mîjjion--
nôtres des fauvûges. page 154.
L E T T RE XIII.
Du commerce qui fe fait dans les deux ijles ; de
celui qui y eji prohibe^ des abus à cet égard.
p. 168.
LETTRE XIV.
Suite du commerce j de celui qu*il convient défaire à
rijle Roiale ; de ce quife pajfe à cet égard avec
les marchands de la Nouvelle Angleterre^ isfc*
p* 178.
LETTRE XV.
Réflexions owconjeéiures fur Flfle Roïale; projet
-'de rendre Loui/bourg imprenable. Plans et
moyens propofis à la cour de France par le
. Comie de Rymond. P.* 192*
' LETTRE XVI.
De la guerre des fauvages contre les Ânghis.
Belles reflexions du Comte de Raymond à cet
igard. p. 200* .
LETTRE XVn.
Réflexions fur la taufe et V origine de la prefente
guerre. Ce$ reflexims ne font point du Comte
de Raymond. p. 2io«
LETTRE
(XV )
LETTRE XVin.
Ce qu*icrsvoit le Comte de Raymond au minijtire
de France fur les prétendu/ griefs à repro-
cher aux Anglois qu^il accu/oit de chercher la
guerre. page 218.
LETTRE XIX.
Dtfcujfion et jugement fur les caufes de la guerre^
faits prouvés par les Anglais qui détruifent les
plaintes de leurs adverfaires et jujîification de
leurs démarches. p. 232.
L E T T R E XX.
Prtfe de TAlcide et du Lys par les Anglois, celle
du fort Beaufejour et autres aâîions qui prépa-
rent à une déclaration de guerre en forme»
p. 248,
LETTRE XXI.
Riponfe à une lettre d^ Europe pas laquelle on ap-^
prend à Fauteur la déclaration de guerre reci-
proque des deux couronnes ; les clameurs des
François contre les Anglois ; la prife de Mi"
norque et rengagement que la France a pris avec
la reine de Hongrie. p. 267,
LETTRE XXII.
Débarquement des Anglois à Louijbourg^ leurs
forces^ commencement du fiége. Situation et
Jifpofittons des Angleis^ ûiiapti H agence \ dé-
iéils faits fur Us propres journaux de t amiral
Bofcawin it fur if autres écrits auffi auten^
tijues» pagq 278.
LETTRE XXIII.
Continuation duftege de Lêuijèêurgj refiftance def
affiigés. Ils font enfin forcés de capituler y
traitement qui leur eft fait et aux hahitansy.
i^c. p. 297.
LETTRE XXIV. et icmfefc
Converfation d'un JngUis de mérite avec fauteur \.
réflexions fur V importance du Cap Breton pour
tune et ? autre puiffance. p» 3 1 6*
LETTRE
( t )
L È T T R E L
Defcription générale^ particulière, et très détaillée
de Vljle Roiale ou Cap Breton, de la ville et dU
fort de Louiflourg.
PUîfqu*îl cft décida (|uc je ne puis vous
refiifer et que vous paroifles àefirer avec
tant d*ardcur, je Vais remplir la tâche que
vous m'avés împofée. Je la commencerai pât
la defcriptton du pays que vous voules connoître^
et je n'ouHierai rien enfuite pour fatisfaire votre
curiofité dans tout ce qui pourra Pintéfeflèr.
L*Ifle Rôïalc a d'abord porté le nom de Tlfle
da Cap, cnfûîte du Havre à rAngloîs, On
prétendit après qu'ayant été découverte par de:S
navigateurs de la Bl-etagne, die devoir portet
celui de Cap Breton. Ce ne fut qu'en lyiji
qu'on l^appeHa Ifle Roïâle,
On pourrôît dire de cettfe îfle comme de plu^
fieurs autres^ qu'elle ftroît un desf fragmens du
globe de la terre> détaché par quelque violente
fecouflèi et' fixer cette révolution au tems du
B délufî.
4é1ugc. Mais fans m'arrêter à des confjeâuret
xiont il €& fi dilEcile d'établir le fondement, je
«^ous dirai qu'elle eft d'une figure tout à fait irr
régulière, remplie de débris et de crcvaffes, en-
itourée de petits rochers détachés, dont plufieurs
fi'élevent au .défilas de la furfaçe de la mer, et
<des quels clic eft heriffée, d'une extrémité à
l'autre. J^lle eft enfin remplie de lacs, de ruif^
fcpLux eX de mcJiéres^
Abfolument inculte et defe/te jufqu'en 1714.
Quelques François qui avoient habité Terre
Neuve et j'Ac^dje, vinrent y faice des établifle-
<nens. Ils lies formèrent fur les bords de la mér^
fixi fe trçuvent quelques villages dont les mai^
fons (ont difperff^es e^ iep^rées les unes des
^utre3. Chaque particulier bâtit d'abord où il
voulut et où il trouvoit deç terrains, propres à
/aire des graves pour fécher la morue e.t pour
planter des jardins» Cette manière de fe bâtir
fans ordre augmente la difperfion des hjïbitans e(
Jes inconveniens quj en refultent^
tors qu'en ^713. Louis XIV, çut affés lutté
contre prefque toute l'Europe réunie contre lui^
pour détacher l'Angleterre de jcette redoutable
Jlguç, il offrit à la Reiqe Anne une partie de ce
que }^ France pofledoit 4^i)s l'Amérique Septen-
trionale^ {^e Tuccès de cette négociation ne ftit
un év^n^mptii bcure^x pour h France, que par
(3)
llextremité où elle étoit réduite* Le tnké
d*Utref ht, en lui faifant perdre Terre Neuve,
la Baye d'Hudfon et l'Acadie, devoit d'autant
plus affliger les François que celui de partage
qu'ils avoient refufé, leur acqueroit de belles et
riches provinces fans leur coûter une gouce de
fimg.
Port Roïal, aujourdhui Annapoli? Roïale,
ne fut fans doute, fpecifié dans la ceffion, qu'afia
que les Anglois qui le pcffedoient déjà par droit,
ne pufTent un jour être inquiétés par cette
omiffîon. Enfin tout ce que put faire la
France fut de confierver les iilesuJu Cap Breton
et de St. Jean.
Ces deux ifles n'avoient cependant été con-
fiderées jufqu'alors que comme des pays trop
fteriles .et trop ingrats pour penfer à y faire des
établiflemens. Quelques pêcheurs les frequen-
toient pendant l'été feulement, et l'hyver les
habitans de l'Acadie y venoient faire la traite
des pelleteries avec les fauvages.
Mais la neceflité qui fait tout hazarder,
obligea la France d'eflayer fi elle ne pourroit
mettre ces ifles en état de reparer en partie la
perte qu'elle avoit faite. Cette tentative étoit
d'autant plus importante qu'il étoit efientiel aux
François de ne pas perdre entièrement le com-
.çierce de la morue. A cet intérêt fe joignoit
B 2 celui
(4)
€el«l «qu'à toiifoûf^ une puif&nee d^étte % port^
d*oMkrver le progtèades colonies étrangles dent
Ib voifuiage peut caufer de Tombrage^ aux fi-
nîmes. Il leur fâbit outre cela conferver «it
pofle qui les rend maîtres en tout tems de l'en*"
trie dtt fteure St. Laurent^ s'ils ne vouloient fe
fermer le chemin qui mené à la nouvelle
France, et ne fayoir où relâcher lorfque les
tents, fouvent impétueux far cette mer, la ren-
dent dangereufe.
Ces folides confiderations ftirent fuivies de
P^taUîi&ment du Cap Breton et de la conftruc-
Iffon du port de Louiibourg» Le vaifTeau lo
Segnelay commandé par M. de Contrévllle f
;tborda le 13 Aouft 17 13, et en prit pofTeifion
au nom du roi, et ce fiit alors qu'on donna à
cette ifle^ ainfî que je vous Tai dit, le nom d'Ifle
Roïak. ,
Cette ifle eft fituée dans Tocean Atlantique fur
l^golphe Samt Laurent, et à environ deux cent
lieues de Québec capitale du Canada dont elle fait
partie. Elle éff entre Tifie de Terre Neuve dont
tille n'eft éloignée que d'environ quinte lieues ;
IfÀcadte à prcfent la Nouvelle EcdTe* et l'ifte St.
Jean. Elle n'eft feparée de laNouvelle EcoiTe que
par un d'étroit de trots ou quatre cent toifes que
Tes François ont nommé le paf&ge de Fronfac»
Elle a environ trente ùx lieues du nord-eft au
fud-
4iflHMefl, ^«Bvimn cent foînrq iSe drcmit lot
•vingt deux dans la pkia grande largeur qui left
4tSc9 inégiiIiB. , Ses bonds {yrefqvie par tout
mtcuffis xt tués dangereux four ïa navigtdeiitVy
4bnt chaînés d'iMie>efpece ^^vpin que kshéhî-
^am licNnmefit pruâè, et de broflidifes. dl y It
plufieurs havresy. ports et bayes dans- (a ^irûotih
iereiice.
.Louifbourgy Te prwxripal pert et laftulé vâhr
«le Tifte eft iituée fous le quarante unû^me àéffé
-de latiDude et à .ibixame deux degrés un quattt
de longitude, en fort« que fon méridien elt
i l'occidont dé ceioi de P^is de quatre heures
neuf flilnuies fuivam tes «bfbr(^ti<^ns que fit
foc eidaa de h. cour de dl^'raiice M. Chabec
«■i^gfie de vaHTQaitx en 1750 et 175 u
lAijfVisr csft fart «nau^^is à Louiibourg. Les^
«oopi de vent y font fréquents, fur tout de Ja^
fportiedtt fud^ Le ciel eâ: fou vent obfcurci parlea^
«lutges, les bruines ou brouillards trop fréquent»
&r tsoot en ctc et fort nuifibles aux navigateurs^
«t par les pluyes et les neiges. La gelée ne ccfSt
■point depuis Noël, et ne forme qu'un cor|»s dur ,
àe la terre et des eaux qui la couvrent et la pé-
nètrent et la nerge ne fond plus fur ce ter rein
l>ropre à la conferver. Toute efpece de com-
merce difparoit alors et la ville ne prefentc
qu'un tableau de trifteâ^ bien différent 4u Ipec--
B, 3 taclc
(6)
tacle que le concours des navigateurs y procurte
pendant l'été. L'air n*y eft cependant pas mal
jfein, quoique l'hyver y foit fort long. L'on n'y
diftingue, pour ainfi dire, que deux faifonsi,
l'hyver et l'automne;, et dans l'intérieur des
.terres l'on en diftingue trois^ l'été, l'automne
«t l'hyver.
La furface de prefque tout ce païs a très peu
de folidité et eft fort incommode. Ce n'eft par
tout qu'une moufle légère et de l'eau. La
grande humidité du terrein s'élève- prefque con-
tinuellement en vapeurs.
Un météore peu commun en d'autres climats^
nommé Poudrerie par les habitans du pays, donne
encore à cette faifon un caraâére plus affreux.
Ceft une forte de neige d'une extrême fubtilité
qui s'infinue dans les lieux dont la clôture paroit
la plus exaâe. Elle s'y introduit par les moindres
ititervales que laifle le maftique dont les vitrages
jbnt enduits. ËUe femble moins tomber fur la
terre qu'être orifontalement emportée par l'im*-
petuofité du vent qui en accumule quelquefois
des monceaux auprès des n^urailles et des émi-
Bences oppofées a fon cours j et comme fou vent
elle ne permet ni. de diftinguer dans les rues les
©bj:ts les plus voifîns, ni* même d'ouvrir les
yeux qui en feroicnt blefles, l'on peut à peine s'y
conduire.. Elle fait même perdre la refpiration*
On,
On peut juger de ïà combien d'accidens partfcé^
fiers rejoignent au froid, d'ailleurs exceffif dari^'
de pays. Si l'on s'étonne de l'extrême difFe-
rence qu'on éprouve a cet égard* entre dette ifley
et même la plus grande partie de l'Amérique
Septentrionale, et les lieux d*ont Ta latitude eft
correfjJondant'e dan^ le cbiltineht' oppofé, cette'
furprife ceflera fi l'on jette fut cette partie de
l'Amérique une vue générale r inculte, prefque
inhabitée, elle eft couvei'te dé lacs glacés pen-
dant plufieurs mors; d'épahTes forêts la rendent
impénétrables aux raïorls du foleil. L^on peut
dire de l'Iffe Roïale en particulier qu'indépen-
damment des lacs dont elle eft aufE coupée, elle
renferme dans^fon Centre un bras db mer conli*
derable, gelé fouvent en entier et dont le froid
fe repànd immédiatement fur toute Tiflc qu'if
l'environne,
La mer eft long tems étale dans le port de
Louifl>ourg. Elle refte pour l'ordinaire une
demi-heure et quelquefois une heure entière
dans le même état.
Ce ne fut qu'en 1720 qu'on commença dô
fortifier Louift)ourg. Cette ville eft bâtie fur
une langue de terre qui s'avance dans la mer atf •
ftid-eft de l'ifle. Elle eft de figure oblongue et
a environ une demi-lieue de tour. Ses rues^
ibnt affés larges et régulières. Il y a une belle
B 4 parade-
(S)
pasade près le principal fort ou citadeire. lî y a»
trois portes du cote du nord et de la ville fut
un quai afles brge. L'on y a confiruit des ef-
peces de ponts que les François nomm.ent
Calles, qui avancent confiderablement dans la
mer et font très commodes pour charger et dé-
charger les batimens. Ses fortijfications con*
fiftent en deux basions, celui du Roi et celui de
h Reine, et deux demi-baftions. Ton appelle
Dauphin et Tautrc Princelfc. L'on y a ajoute:
jdeux djPcni-liiQi^; Tuaemtrp le bastion dujîoi et
}fi deoiirbafti^J^uf^hin l'autre eotre Jebaflipa^
de. h Reine çt k deoïi-h^ftion Princfffe. Ces
4«ux ]dçx:ai^F» «uvr^geo. à Ja copftru<îUoA 4e^,
^ueb oa n'attaxaiUç. qw'àU &î âp l'année derr-
i^iierp font iÇQmamnd^M pa;* pUj^rs hauteurs.
Tou^ Cf^ for^i^q?tiw^ fi»t ^jéfc4lwçwfe»
parce que le ikble de la mer dont on fçft <^)ig4:
4çt (f fc^iir,. B^jçpBiKjfpt «nVem^pt ^ 1^ M^on-.
©«rie. IrOB névêsçnwens 4^s jiJi|Ferç«Mï?? pow-
tiiieç -^nt en^ereipent éavi^i^Uçs ^t delgbçée^*
, Il n'y a qu'une c^emate à^j'^r^ d^. biqato
ipoyennes «t un fort peâtmag^fin*
Ûq pareil defordre eft d'autant phis furpre^
BiM^qu'il y dCoutliei^ de &'attien^re à la guerre
^eç le« Anglois par les hoftiiites ééJR'Confunïe^
4e part et d'autre. Mais {cfk q^'il foit l'eflFetde
) h Degli|em:^ 4^ çw^^ ^ui. dgive^t veiUcr à ia
fvM-eti
(■ f )
ftr«l^ As la pteœ^ feh qiie ies François ebmp-
fcnt ftir le jvombre <les feliats qui peuT^nt Ik
défendre, it eft à crarndre pour «ix tque là v»-
iHir de kurs enneAisf ne teii fadfe tt^ntir dt iettk*
Sjiapràdeifce ^u -de leur prèfempriôn.
Lies maifons de Louifbourg font prttàfilt
toote^dè l^eis. Celles qiii (ont ée pierres ont
été coMfbiiited «ilx Ai^pens da rm^ et farft 4Ieftf-
«én â lo^ hs «rompes et ks ofSeter». Etn:
»745 les AtYgk>!8 ^Mt maîtres ^de la place y btf»
^ent en. bois feulemetft uâ «orps ée cafetnes
aies confiderable. On a été obïîgë dé trstff*
porter de France tous ks amténaux qui. ont fei^vt
à la €Ofiftrtt£Hon des batimens de pierres akid.
^*iuix autres mtvi'agès.
Il n'y a guère d'étaUii&Bieflt qui ait piMS
«routé ^ la France. Il dfl confiant ipi'die y su.
oouploié plus de trente nMllioAs, quoi tipa^û lie:
ibitxl'aucuA rapport) mais ks fortes cf)nfiderar>
dons <iiii en Mt fait concevoir et exécuter le-
{irojet, 'Qttt tei^ours dû en faire i^garder la.con—
fervation comme un objet trop important poucr
«epas Cx>aty facriâen
Llife Roïftlè protège to«rt le commerce dês^.
Françpis dans TAmerique Septentrionale^ «t
fi'cft pas d'une moindre confcquence pour celmi.
qu'ils font liah^^Ia Maridionaiei S^ils n'avoie4Atc
|to liendan» cette paftia disnord^s leurs v«îf-
B 5; ftaux<
C 10 )
ifeaux qui reviennent de Saint Domingue ou d&
la Martinique, ne fcroient point en fureté fur 1«
grand banc de Terre Neuve,, et particulière-^
ment en tems de guerre* Enfin étant à Ten*»
tréc du goJphej elle commande ablolument ce
fleuve,
La batterie de Viûc de Tentrée défend le port
de Louiftourg, et battant à fleur d'eau, ne
permet pas qu'il puîfle y entrer de bâtiment
fans être coulé a fond. Elle eft placée vis-à-vis
la tour de la lanterne qui eft de l'autre coté de
!a grande terre. Cette batterie eft de trente fiîc
piéces' de canon chacun de vingt quatre livres de
'balles. L'entrée du port eft encore défendue
par un Cavalier nommé le Cavalier de Mau*-
repas qui y a douze embrafures.
La batterie roïale eft à un bon quart de lieue
de diftance de la ville et à trente embrafures des
i[uelles vingt huit font pour des piccei de canon
de trente fix livres de balle, et deux de dix
huit* Elle commande la mer, la ville et le fond
delà baye.
Le havre de Louifbourg a au moins une licuc
de profondeur et plus d'un quart de lieue de lar-
geur à Tentlroit où il eft le plus étroit. Le
fond en eft fort bon. L'on y trouve ordînaîro-
ment depuis fix brafles d*eau jufqa'à dix. Il s'y
trouve un endroit fort commode pour radouber
Us
îe^ vaifleaux qui y font en fureté à caiife de Hc^
fituation et de fa profondeur. C'eft où les vaif<^
féaux peuvent hyverner en prenant quelques»
précautions contre lés glaces. Ce havre com-
mence quelquefois à glacer dès le nlois de No«
vembre, et ne devient libre qu'en mai et fou-*-
Vent en Juin,
J'ai déjà dit que Phiterieur de riflë eft rempli'
Je lacs", de rivières, de ruifleaux et de moliéres.
Là mer reflue dans la plus part des rivières. La-
grande Bras-d'^or entre autres, la pénétre telle-
ment que rifthme d*entre elle et le port Tou--
loufe n'eft que de trois cent cinquante toifes.
Le tefrein eft extrêmement montagneux, en--
tierement marécageux, rempli en général de di-
Verfes efpeces de pierres, de plâtre et de char--
bon de ttrre en quelques endroits.
Cette ifle avant d'être habitée éfoit entiere--
ment couverte de bois. Gn y trouve peu de"
chêne. Les arbres qui font propres à la char-
pente y font très communs*. Les pins blancs,-
au moins quelqu*uns jettent R\tx extrémités les
f\uê hautes une efpecede champignon femblable
à du tondre que les habitans appellent Garigue
dont les fauvages fe fervent avec fuecés contre
les maux de poitrine et contre la difTenterie. 11
y a quatre efpeces de fapin. La première rcf-
femblc à la notre. Les trois autres font Tepinette^
B 6 blanchir
blanche, l'opinette rouge et là ^ru£i\ la r^.*.
conde et la quatrième ^'élèvent fort haut et font
excellentes pour, la mâture, fur tout, repioettc-
blanche dont on fait auifi de bonne chapente.
Son écorce eft unie et luifante, et il. s'y forme-
de petites veffies de la. grofleur d'une féye de
haricot qui contient une efpece de tbejrebentine!
fouveraine pour les playcs qu'elle guérit en trè&.
peu de tems et mêmes,pour les fraûiires.. Oft
aflure auffi qu'elle chaflfe la fîe^re et gperit lesb,
maux d'eftomac. et de poitrine. I>a maniéro:
d'en irfer eft d'qi mettre deux-: goûtes, dans un;
bouillon. £jle a auffi. la qualité de purger«.
C'eft ce qu'on appelle à Paris le baume blanc.
La peruflfe eft gommeufe, mais elle ne jçtte<
pas ailés de gomine pour qu'on en puiflç faire*'
ufage. Son bois dure long teips en terre fans»
fe pourrir, ce qui le rend très propre a faire des,
paliffadcs et des clôtures. Son éçorce eft fort
bonne pour les tanneurs, et les fauvages en font'
ine teinture qui tire fur le turquin.
L'on trouve auffi en divers endroits de cette
iûe, de Terablç, du hêtre, du bouleau, du.-
treniblej^. et beaucoup d'autres fortes de bois
tendres propres pour le. chauffage^
Juiqu'« prefent on n'y a receuilli aucune ef->
pçce de grainss mais feulement du foin d'une
bonne qualité. Il s'y trouve beaucoup depa*.
^ ca^s.
G^ge&^àfis Jes.é.Glaiiicisd«3 bois francs, fur its.
ffiio^fes «t 4^i!^ de» prairies hx ks-bords des<
ijyîer^s» Ainfi k roi efi obligé de nourrir une
ftartk des habitans s,, lee aiitr^s ibb&âjent par hu»
geche et il-y en a fort peu qui foient riches.
On a cependant coromcncé de femer eà^
«luelque» eodroits du froment et du^feigie ; mai&i
ces graîm n'ont pu aç<)uerir le degré de mata««
rite Jieçeffaire. Je crois.^ q/u'on y vcrroit croître!
de ravoîae fi le peu qu'elle fourniroit v^loit la^
peine de la femer. L'on a ovême remarqué que
Ge qu'on a pw receiiillic. de différents grains s^<
dégénéré dès U féconde anfiée. Il en eft de.
naênnue de plufieurs efpece$ de kgumes qui y.
viennent bien» mai^ dont il faut faire venir U.
graine d'Europe ou dé la Nouvelle Angleterre*
Les choux, les laitues et diverfes efpeces de le*
gumes y valent autant pour leur bonté que dana-
bien des provinces, de France quoi qu'elles y,
viennent plus tard. li n'y a aucune forie de
fruits que des frambbifes dans les fapinages, des
fraifes et des bluets dans les plaines. Ces der-
niers font gros convme des groifeilîes. On en
mange jufqu'au mois d'Oâobre. L'on y trouve^
auffi un petit fruit rouge de la groflcur d'une
cerife qu'on nomme pomme de gré, il n'eft bon
qu'en confiture..
. Qijiant
Quant au gros et menu gibier, il y en quan^
filé, ainfi que diverfes fortes de poiflbns. Mais^
je me referve ^ vous en parler dans une autre
îtttre où je ne traiterai que de la chafTe et de la*
pêche.
Contentés vous^, Monfieur, je vous prie de
ce commencement de bonne volonté. Dans'
ma première je vous promets le refle de la de-
fcription- de Tille et des ports les plus.con-
fiderables après Louilbourg. Je puis vous la*
fkire d'autant plus exaâement que j'ai fuivi en
1752 ceux que M. le Comte de ^Raymond
maréchal de camp et alors gouverneur de cette
îfle, envoya pour faire le tour de ces côtes. Je
peviendrai enfuite à des matières plus interef-
fentes, et vous pouvés juger du phifir que j'aurai?
à vous amufer par les fentimens que vous me
oonnoiffés et avec lcfqu,els j'ai l'honneur d'être.
EETTRE
( 15 r
LETTRE n.
Suite de h defcrtptïm de VIJleRoiale^ des princu^
paux endroits habités^ de fes produâHcnsy ^c.
Monsieur^
JE voua ai promis dans mz dernier? lettre une
defcription détaillée du refte de l'Ifle Rolale
avant d'en venir à Louifbourg. Je vais vous
tenir parole, et je ferai même plus, j'y ajoute^
lai celle de l'ifle St. Jean. Cette ifle et quelques
autres lieux adjacens étant fous la dépendanot
du gouvernement de Louifbourg, me paroii&nt
devoir neceflairement entrer dans le projet que
vous avés formé de connoître le$ poiTeffions de la
France dans ce canton de l'Amérique Septentri-
onale. Vous voies qu'en étendant moi-même
les bornes de votre curiofîté, je confidere plus
votre piaifir que la peine que pourra me donner
ce travail ; mais en eft il lors qu'il efl queflion de
plaire à un ami tel que vous.
Le port Touloufe eft le port le plus cond-
dèrable de l'Ifle Roïale après Louifbourg. Il'
cft même plus peuplé. que ce dernier. IL n'y a
par terre qu'environ dix huit lieues de Louif-
bourg au port Touloufe au moïen du chemin que
le Comte de Raymond fit conflruire en 1752.
La. cour de France defaprouva extrêmement
cet
Ci6)
cet ouvrage qu'elle n'avoit point ordonn«, et
ce ne fut pas fafiâ raifens très A>rides. Cent
mille francs de dépenfc pour un chemin qui ne
peut êtt'e utile qu*à Tennemi en lui facilitant ïé
moyen de fe rendre maître des hauteurs tiul
dominent Louifbourg,. font afiuresient tent
mille AmcB trc» mai cœt^ojm. Il eft wm qoe
ce oomiéandane avoit propotô ii*y conRruiiPe les
mlouiêt pa«r s^tsippoiBr à ime defccnte» «'U y
«voit guerre avec i^ Angleterre ; mais tfeft cer-
«aÎQ qu^l tre faloit pas liazarder Tun fans âtre
«flur^4« Vimm.
Ce p0Ae feloft pourtant 4^«ine grande inb-
m»tMice, sll iiùÀt f<miM„ il fert d'entrepSt
«t 4e commtmicatroii pour t'iâe Sakit Jean qui
n'èM 4iA qu*^ quàra^t^ Keiies* On peut y caT-
fbmbkr filcitém^m ies^habitan* des iAe« MsrdMQ%,
du p<«it diegrat, de t'ord^ife, du SiHnt Efprit et
de U rivière au^ habi^ans. Il met d'ailboui^à;
portée d'être informé d'il mouvement d«f Aû-
gloisv foit du côté de Canfeau qui n'tft 4|u'àdix: ,
k«k lieues de LduiCbourg,. ou du paffage de
froirfac..
Ce fut par ce chemin de {invention da
€omte de Raymond, en hfffant à gauche un.
hc qui forme* le rurffeau de Ja pointe p^latte qjle
nous primes notre route ie 5 Février 175a, la
Guiiofoe mViant fait accot^^pagner ceuai à qui
ce.
( 17 )
ce oraimandant avolt ordlonné de faire lé toui^
des cô(cs de Tifle. Nous arrivâmes le 6 à la.
baye de Gabarus, après avoir marché depuis la
première habitation» la moitié du tems à travera
une hétricre dans un terrain faJblonneux, l'autre
jEBoitié par un chemki plaqué qui nous conduifit
au fond de la coupe de la montagne du Diable.^
La baye de Gabarus voifuie de Louiibourg
fft formée par la pointe blanche, diftantes l'une
de l'autre d'environ trois lieues pac eau et fix
{W Mdçre. Cedte baye a ecwiroa une Ueue, et
ifimifi 4*cnfaiiCQnient auc nord-oueft de la pointe
yropritiniuit dt^ de Gabartu^ où l'on trouve
^Ufl( i»cei^M'Âfle8 nommées De^outins et du
Gouv^HKnr, ef^ d«daD« d«6 qiMlka eft un nouil*»-
iflige ^^ b^n pour toMS las vents hons oeax àm-
X^ W fiid-fift par kfquek la mer y eft ioxt
ffoBk: ht fûod <ft de gravier et la teive
)K>9Be. ]>ea deux pointes qui ferment «ettfi
iN^ye font fitiiéea oord-eiir et fud-oud9:. La
yoînte f laite ^ te trouve au. i^ord-oueft de Vi&jt
«rtnB la pointe Manche et la côte Morandiére^
^i a'eft qu'^ demie lieue de Louifbourg, rên*
feroGic une anfe où les Ânglois deicendicent dans
rifle. e» 1745. On y fait aifement de Peau
4m» Tanfe pn dedans de l'ifle du gouverneur ok.
L'on trouve dem fourcc» à £q;kt ouhuît toiies du
hor4.
C tB )
hotd de la mtVj qui coulent dans le Baracho!^'
toifin;
On nomme dans ce pais Barachois de petits
ctangs fort voifin de la mer dont ils ne font fe-
parés que par une grave ou chaufTée de cailloux.
On ne fauroit faire une lieue le long des côtes dé
rifle Roiale fans en trouver.
I/e terrain qui eft entre cette pointe de Ga*
barus et la ville eft très raboteux, .marécageux
et rempli de broilkilles. Il s'y trouve par tout
dix à douze pieds de tourbe qu'il fera impofllible
de déflfecher et de condenfer. L'on ne pourroit
^i'ailleurs y pratiquer des faignées pour en faire
écouler les eaux, toutes les moliéres étant
ceintrées par dies rideaux qui tiennent de la nft«
ture du roc. Le fond dépouillé de la tourbe
n'eft qu'un mélange de terre gralTe et de pierrer
rondes qui font un maftic extrêmement dur &
pénible à remuer. On peut juger de la de la
difficulté d'une defcente dans cette partie de la
baye et de l'embarras de tranfporter de l'artillerie
à travers un pareil terrain. Mais depuis la côte
Morandiere iloignée de la pointe au- Bafque de
quatre lieues en defcendant la dite côte, jufqu'à^
k montagne du Diable, il y a plufieurs anfes
peu éloignées les unes, des autres où l'on peut
defcendre iaas- courir aucun danger.
Nour
( ï9 )
Kons laiiTâmes cette montagne du Diable dteif*
dere nous, et nous rendîmes à la pointe an
'fiafque dite la pointe en dehors qui eft à deux
lieues. Au pied de la montagne commence un
banc de fable qui a une demi-lieue de long fur
quarante à cinquante toifes de large. On peut
Y defcendre à toute marée quelque tems qu'il
fafiè, excepte dans une grande tourmente. Les
redoutes projettées fur la pointe platte et à hi
côte Morandiere, ne pourroient même s'y op-
pofer attendu leur éloignement.
Ces redoutes, ainii que je l'ai déjà dit, n'en
iêroient pas moins necefTaires. Non feulement
elles empccheroient Tennemi de defcendre trop
près de la place ; mais quand même à la faveur
du banc de fable du fond de la baye, il reuffirott
dans la deicente: elles lui nuiroient beaucoup»
Il faudroit alors, après avoir franchi un chemin
prefque* impraticable, qu'il attaquât les redoutes
pour gagner l'autre chemin ; et il y auroit d'au*
^ntplus dedangeràle faire, que défendues par des
commandans braves et habiles, foutenus par les
feuvages et quelques détachemens de la garnifon,
elles feroient en quelque façon imprenables.
Il y a une anfe à un quart de lieue du banc
de fable, tirant au fud, vers la pointe en dehors
de la dite baye où les batimehs mouillent par
^atre à cinq^ braffes d''eau à Tabri de tous venfa»
ex-
( <» )
tiKopté de celui du «««d «qm vient par (kffis Ïê9
serres. Cette baye efttrès prapne pour la pèche
de la Morue qv>e le6 anciens habitai» y kifoksit
aves Aiccès avant la deinîere' guerre;. queU
^u'uQS Vf £90t encore ^ mais en tout cet et»-
•Uiflement a été fort néglige. iLes terres y {ont
medîocromoBt boflnes. £lles renimnent plit*
£eurs belles ^ajrie^ ^ foumriffisnt tk fort IxH»
|oUi et qui font propres ànaonrk^tiitké de
beftiaux, n^i qu'U y «n «ît ^eacoee beauccmp'
qui font en friche.
Nous partinres <]e GidNiffus fe- ^9 let fimes
«<Htfe ,par leMvre 4e Foufché'qm ^a «ft ébigne:
4le trois licMs. Now ^oMA^ines 4»rmi» ^
JiMc«leiiàt)^4Ni J#(c» .^e iHwuaMr)riala8 4m.^M-
4Bmt r^MiQft ^4» «taiT^ 4i» licHies. Il peut «veir
dem i:eot di»Q««uite bmâe$ de kireew >Se$ berdi
,fe||t cçu^exta de t>oU d^ i«piii çt ^ièl» OBvirons tts:
fim franc ^jiiopres ipwir ie ohauff^. M<H|t
tcavecâoîes use (apiniere d^eAviron quatre vingt
ioilèaqui AQus conduifit Air le lac Long qui peuit
avoir uaquast; de lieies (urJeuxcentcinquantie-
hr^s de large. Ses èords font couverts de
boiS'&aoc. Nous le fui vîmes environ cent toifes
-tt nous anrivâoftes am grand lac de Gabarus. Ce
lac forme trob bras qvii s'étendent bien avant
4ans tes tsenres du nord^ du nord-eft et du fud»-
^ueft.. Là dvwe^u Sarachois xle Bellefeuille
y prend
(")
y* pHttki'fai. fouvcè dan» Ie*biwd«i}ïiM4i tfv»
la tmyefâa»» ^en faifitit le- fod^-cneft- cnviroitt
^iilrt- OMt- tcriret cuftûle^ «m qvact' de fieu* en
courant oueft quart de nord^eueft. Se»honfa<
tafcpcu de bm fiamc et font |nrefq«e par lout
couvcrta de fitpifi^.
A FejttiieaiHc dcce lac nous fimeti Un portage
^ quatre vingt toifes et «n fecoàd pbrta||e de
quatre cent apr^ avoir trouva un autre hic de
cent cicquante biti^ de longueur fur foixante
dix de largeur ; et enfin noua arrivâfififia au Ba«
«adioia de Bellefeuillé.
Ce Barachois eflf fort: fpacieux et forme p!u«
fieors bras très larges qui s'avancent dans les
terres du norâ-eft, du nord et ntid-oueft. Ses
bords ne ibnt couverts que de broffiiilles et de
fapios* Son entiée eft nord et fud et peut avoir
deux braffes de largeur. Il peut y entrer um
chaloupe fiios charge et encore à marée haute.
En avant de ce Barachois à un quart de lieue
le long de la côte eft un banc de fable courant
nord-cft et fud-oueft. Sa fituatioa en pleine
côte empêche qu'aucun vaiflèau puilTe s'y mettre
k Tabri des vents ; ainfi quand Tennemi tente-
ront par un beau tems d'y faire une defcente, il
rifqueroit tout, fi le mauvais tems furvenoit
avant qu'il eut rembarqué. Outre cela il au-
ffoit raUle obftacles invincibles à furmonter s'il
entroit
. ( " )
^entroïc dans les terres et qu'il voulût penetret
jufqu'à Gabarus par le chemin <iue nous venons
de décrire qui n'^ acceffîble que pour peu de
perfonnes.
Nous Jaiflames ce Barachois k ceux qui furent
afles téméraires pour y aller échouer et noui
entrâmes dans un Auniguen qui nous conduifit,
faifant Teft fud-oueft pendant quatre cent toifes
au Barachois de Marcochet.
Ce Barachois a une lieue de traverfe' et plu-
fieurs bras dans les terres. Celui qui court au
nord-oueft s'enfonce une bonne lieue et demie
en formant plufieurs petites ifles ; fon goulet efl:
nord et fud, fa largeur peut être de douze
brafles. Les chaloupes chargées y pafTent à
marée haute. Elles évitent une roche qui fe
trouve k droite en entrant et un banc de fable à .
gauche. Ces deux éceuils ne laifTent ce paflage
fur qu'en chaloupe et en canot. Il régime fur
les devants des Barachois, dont les environs ne
font que fapinage, un banc de fable peu difFe».
rent de celui de Bellefeuille. A une lieue au
large de ces deux Barachois il y a beacoup de
battures qui ne découvrent qu'à une brafTe, et
cette côte en eft remplie, ainfi que de hauts
fonds qui s'étendent au large depuis le goulet
jufqu'au havre de Fourché qui n'en eft éloigne
^ue d'un quart de jieue.
U
< 23 )
I^ harre de Fourché eft fitué fur la c6te é«
fiid-oueft Je l'ifle et il eft très bon pour la pèche
dfi la (norucu Son entrée eft d'un difficile accès
par les hauts fonds qui s*y rencontrent. Il fe
fq>are en deux bras; l'un court à l'oueft, nord-
oueft et l'autre à l'oueft. Ce dernier étok très
bien établi avant la dernière guerre. Les An-
gloîs y mirent le feu par tout excepté à un oia-
gsfin de cent pieds qyi exifte encore. Au refte
les terres de ce bavure :Ont du foin très bon çt en
abondance.
Nous partînies de Four<:hé le 9, et après
avoir fait route un quart de lieues k travers des
bois de pruflCe et avoir trouvé un lac aufli d'un
quart de lieue de longueur fur <:ent cinquante
bcaflès de large, nous parvîmes par un de fes
bras que nous fuivîmes au Barachois de la
grande framboife*
Ce Barachois eft {itué à une demi-lieue du
havre de Fourché. Son entrée qui eft nord- .
oueft et fi^d-fud-oueft, peut avoir cent 'dix braifes
d'eau dans ùl plus grande largei^-. U y a deux
battures vis-à-vis fon embouchure, ce qui n'em-
p^e cependant pas l'entrée aux charois . de
cinq à fix cordes de bois et qu'on ne puifFe mouil-
Icx au large. Il s'enfonce une lieue et demie dans
Ic;^ terres et jette plufleurs bras. Celui du nord*
^l^-oueft forme plufieurs iilettes dans fon mi«
Jku*
( ^4 )
fieu* Les terres y font aquatiques et n^'ont rkn
•^uiWt que quelques ptairies. Elles font cou
vertes de fapinage et de broflatlles ; mais à tra
vers tout c«lâ il y vient une fi prodigieufe quan
tttfc de framUoifes qu'elles ont donné leur nom i
ce Baracbois, ainfi qu*à celui où nous nous rcn
<liiiie« par un auniguen faifant l'oueft Tefpace de
deux cent toi Tes.
Le fécond Barachoî», dît de la petite fram-
bolfe, cft peu canfiderable ; fon entrée n'étant
acceffible qu*à des canots fauvages. Il a unJ^H
lieue de largeur nord-eft fud-oueft et plufieuMB^
bras qui s^enfoncent environ deux lieues dansles-
torres en formant plufieurs ifles. On prétei^HI
que celui qui s'enfonce dans le nord-nord-eÉ^B
forme une rivière qui fe décharge dans le lac de
la rivière de Miré.
N'ous fuivîmes enfuîte la côte pendant quatre
lieues jufqu'au Su Efprit Darts cet efpacc nous
fie reconnu nrk€5 que deux an Tes ou des chaloupes
feulement peuvent mettre à l'abri depuis les
vents du oueft, quart nord*oueft, jufqu'à ceux
du nord-noi'J-eft. Celle qu'on nomme Tanfc
au cap^-in eft la plus fûre. Mais excepté ces
deux refuges pour Jés chaloupes et les canot»,
le rciU iie la côte bordée de rochers et de terres
hautes couvertes de fapinages, eft tout à fait in
praticable*
(25)
Le havre du Saint Efprit eft une rade foreine»
feo entrée eft nord-eft et oudl fud^oueft. Les
badinens de foixante a foixante dix tonneaux
peuvent y entrer* Ils mouillent dans le milieu
de la rade par dix et douze pieds d'eau à marée
haute. Q y a deux battures qu'on laiflè de
chaque côté. Derrière ia rade il y a un Bara*
diois qui s'enfonce dans les terres au nord-
ouefty une demi- lieue. Il eft bordé de prairies.
Son embouchure ou goulet a aflés d'eau k marée
haute pour des charois de cinq cordes de bois.
Le Saint Eijprit eft bien établi et propre pour
la pèche de la Morue. On y trouve beaucoup de
prairies. Les terres y font fablonneufes et cou-
vertes de iâpin. Elles font cependant bonnes
pour faire jardinage, aufli il n'y en manque pas
et toutes fortes de légumes y viennent fort bien.
Quoique ce lieu ait beaucoup fouiFert dans la
dernière guerre, on commence à fe rétablir des
pertes qu'on y a faites.
Le onze Février nous partîmes du Saint Efprit
pour l'ardoife où nous arrivâmes le même jour.
Dans l'efpace de fix lieues que nous fîmes, nous
trouvâmes un banc de fable où il vient beau-
coup d'herbes fur tout des pois fauvages et du
I)ercil de Macédoine, efpece de feleri fauvage
excellent en falade et pour le potage. Ce banc
jxgne depuis le Saint Efprit jufqu'k l'anfe de la
C choux.
(2$)
«houx. Cette anfe eft petite, on peut j mou*
Hier par les vents eu fud-oueft^ nord-oiieft et
Hord quart nord-eft. Tous les ^Mres y foufflent
en pkin. Elle peut av«oif trois quarts de tteues
de circuit et fept à huit braflès d'^eau-Ailis fon
milieu. Il y a deux iiattares fourdes au -forge
de f anfe qu'on laiflè par la droite en entrant.
La grande rivière débouche dans cette anfe. Si
fon entrée étoit acceffible à des batimens de
quatfe vingt tonneaux, ils pourroient la remon^
ter pendant deux lieues. Ses bords font cou-
verts de bois franc, de différentes fortes de fapins
et pins.
Pendant les quatre lieues qui nous reftoient
de là jufqa'a TArdoife, nous né vîmes qu'une
chaîne de rochers efcarpés, et un banc de fable
vis à- vis des ifles à Mîchault qui font (Ituées à
demi-lieues en mer, et où il y a une fi prodi*
gîeufe quantité de gibier que quelques fois la
terre en paroit entièrement couverte. Enfin
jurqu'à Tardoife la côte eft tout à fait imprati-
cable et n'oiFre à la vue que précipices.
ILe baye de TArdoife eft divifée en deux
parties ; la plus petite quoi qu'expofée aux vents
qui viennent du large, a été préférée a l'autre,
pàrcequ'elle s'enfonce moins dans les terres et
qu'elle a un plus grand volume d'eau. Les ba-
timens font forcés de louvoyer de tous vents dans
la
( î7 )
la grande ^aye et par cbrtfequent d*y demcarer
long tems, Ils y mouillent feulement par pré •
caution. Cette partie s'enfonce d'une bonne
demie fieuc dans les terres et cet enfoncement
ne peut être fréquente qu'en chaloupe. Aà
Tcfte cette fcaye cft très bonne pour la pêche 3t
la Morue qui y efl: abondante et très belle. H
7 a beaucoup de foin dans fes environs et de
bois franc. Les terres y font trop fablonneufes
pouf être propres à autre chofc qu'au jardinage.
L'on tfouve dans cette baye une mine d'Ar*
doife qui lui a donné fon nom. Les bords de
la mer où elle eft font fort élevés. Les parties
qui font expofées aux foleil du côté de la mer
laiflent entrevoir des veines d'Ardoife endurcie
à Taîr. Cette mine eft étendue, et fi elle fc
troavoit bonne dans fon centre, ce feroit un
avantage confiderable pour la colonie. Nous
fîmes fouiller en deux endroits, mais nous man*
quâmes fa'ns doute la bonne veine. Nous ne
trouvâmes que des pilles réunies qui fe brifoient
«u moindre effort.
Nous partîmes de l'Ardoife le 13. Nous
trouvâmes d'abord une baye fpacîeufe dont l'en-
trée eft fud-eft et nord-oueft. Elle a quaitre
braflçs d'eau, et lorfquc les bstimens font en^
très, ils trouvent un mouillage de quinze à
fettc pieds d'eau, fort (ut, excepté par des grands
C z Vents.
( 2« )
weatM. Le fond de l'ancrage n*étaiit ^u*uti faUc
oiouvant, 8*ils chaflbient fur leurs cables, ik
iroient fe perdre fur les rochers du cap de TAr-
doîfe, oii «'échouer fur un blanc de fable qui
règne au fond de cette baye. Cet inconvénient
empêche les marins de la fréquenter pendant
l'automne où les coups de vents font frequens
fur la cote ; il ne s'y baz,aiide alors que quelque»
voitures pour charger du bois de corde^
On voit à un quart de lieue de cette baye au
large, Tifle dju fud quart fud-oueft qui peut avoir
une demi-lieue. Slle eft limitrophe au^ terres
àc la grande ifle p;ir le cap du fud-oueft de la
baye et eft fort couverte de bois francs.
Après être forti de cette baye nous trouvâmes
un petit auniguen et deux barachois dont l'un
/i^appelle le barachois des fept iflots, mais ils font
trop peu confiderabl^ pour m'y arrêter.
^ous l^vîmes enfuite un chemin plaqjué ^
travers des bois mêlés, au bout duquel nous dé-
IXNiviimes Le barachois du port Touloufe où
nous arrivâmes peu apiics. Comme ce port eft
fort fur, vous^permettrés, monijieur, que je vous
y laiflb jufqu'à ma première lettre. Celle ci eft
f% longue qu'il n'ieft pas po^ble d'y ajouter fans
latigMer votre attention^ La fterilité de la ma-
tière m'obligeroit miême à vous demander par-^
dw de ravoir fixée fi long tems* Cependant
rin-
( 29 )
fttkfbruûïon n'eft point inutile, et pulfqâe totis
Toulés venir parcouFfr cette ifle, H faut vou»
mettre au fait pour Tabordage, Voulés vous de
plus fçavoir à combien d'ennemis vous auriés a
faire il à l'exemple des anciens Amadis, vous y
vouliés feul entreprendre q,uelque coup impor-
tant, je puis encore vous en rendre compte de-'
puis Louifbourg jufqu'au port ToulouTe. Vous
trouvères en tout cent quatre vingt babitans vi*
vant tant bien que mal, mieux cependant di>
côte de Gabarus où la chafle eft abondante» et
.où les beccaflès font fi tenaces dans les terres et
fi peu (àuvages qu'elles k laiflent tuer à coups^
4e pîene« Gonfultes donc votre valeur fur
tout cela, et en attendant croyez mot avec W
dérouei&eRt le plus parfait»
Monfieur^
Votrey &er
Ci LETTRE
( 30)
LETTRE IIL
CMtinuaiiên de la de/cription de tljle koïaU^ de
fis citis à droite^ i^c.
r; reçois la lettre que vous me faites ITion-
neur de m*écrire en repon(è à ma première
fur rifle Roiale. Je fuis charmé que vous (byés
content dé mon travail, et que vous vous
plaigniés feulement que je ne fois pas entré dans
un afies grand détail. Ce reproche me raflure
fur une autre lettre qui a fuivi celle là. Elle
ne donnera àflTurement pas lieu à ta mêmt
phiiitr, lion pliis que cette; qui vont h, fiiivrdL
Quant i ces reffextonsqnr vous plaifent et qui
naiflfent de la nature des chofes, vous convf'*
cndrés qu'il Êiut 9'en difpenfer tant que durera*
!a defcription fur laquelle vous ne voulés pas la
moindfe fuqiifllon. Ainfi il faut que vous en
fupportiés la fccherelTe, car je ne vous crois pas
de ceux qui s'<imufent à critiquer les ouvrages
du Créateur, ou k accu&c les hommes de n'en
avoir pas tiré bon p»rtH ktffi]u'ils ont fait tout
ce qu'ils ont pu; .et ce dernier point eft vrai
pour ce qui regarde la grande partie du local de
l'Ifle Roïale. Je ne prens pas la même affirma**
tive fur ce qui nous refiera à traiter après la fuite
' du
( 31 )
du voyage dont je vou» ai fait le récit jufqH'au
port Toulpuic.
Oe port eft fitué à droite eu entrant par le
fÇlHfdSikgej et foii entrée qui court eft et opeft
l'efjp^t dt t^oie lieues eft d'une largeur ijntgale;.
EBe- peut être réduite à cent (oîxwtff dix U^jb&i
Les beklîiBens de occic cinqiKMite loweaiui Vy
faixroîint pafier, y a)aiit.>deux hau|9^ f^lèl 4* mit
lie«. U dut être très babik p0i*r y piloliQ» de
^potks bathnena. ....
Le port Touloufe eft formé poar bi pointe à il
t6fe et pav celle de la^Briqueii», qui ^eae nard-
Mcft e« fii4-eft. La^diftaMt de L^iiit à Faom
«ft (Tettofe qtrttfddb&ew. II y aiHvcheiial ^i
fcr fregMes ihi foi pourroîest pafler s'it n'alkiiil:
p» en ferpenfiitty ee qni le- rend de tr^ dffll^efle
acfcA ;- - On pmmroit cependartt datis liff» caé db
YiecdBté en fitctlkcr rentrée h dî^ groar valflfeatfi^,
ff orr ftSfeît la depcnfe die marquer lo ckenrf à
drdte et S gauche ; alors un latimem pourrok ^
palRr au AiiKeu fans rifque de s'endommager, fl
eft d'autant plus fâcheux que ce port ne foît pas
praticable avec toutes fortes de vaifleaux, <}u*ll
^rcfente une perfpeftivc <:harmante* et qu*il eft
aifé à fortifier. On pourroit y conftfùire plii-
fieurs forts fur les différentes pointes qui l'en-
tourent, avec leftjuels ou en interdiront a l^enne-
ûïi les approches *, mais tel qù*it eft aujourd'hui
C 4 il
xlifexoit prefque impoffible d'y empêcher une
defcente, comme vous en all^ juger.
Depuis la pointe de l'ancienne intendance
jusqu'à la rivière à Tillard, et de cette rivière
jufqu'àranfe de la Briqueriedent les terres font
pieneufes et peu propres i fenrir. Ton peut de-
Icendre par tout très aifement et à couvert de
r^bliffibmenl. Arrivés près de terre; la Bri-
querie n^eft éloignée des maiibns du port que
d'une lieue, et de la rivière à Tillaurd de trois
quarts Je lieue.
Cette rivière eft cohfiderable et utile. Son
baffin» quoique peu fpadeux eft très iur. Le»
batimens de cent tonneaux 7 peuvent entrer et
moiitller à Tabri généralement de tous ventsw
^Les babitans du port Touloufè y échouent leur»
batimens en hyver. Cette partie eft l'unique
qui Toit dérobée à la vue de rétabliflèment du
foi. Depub la pointe à Cofle il sldloDge un
banc de grave qui laiflè un petit e^;>acc jufqu'à
la terre du nord où eft cet établiffiment. C'eft
dans cet endroit que s'enfonce un bras qui va<
une demi-lieue dans tes terres de l'eft, et où il
feroit auffi i£icile de Cure une defcente que par
tout ailleurs.
A l'eft fud-eft et à une demie lieue du port eft
fituée la grande grave qui eft formée par une
pointe à l'eft et une autre à Toueft. Son entrée
eft
f 32 ;
* eff fud' ùiitti tt ii'otd^>ueft. Les Satimem peè-
vent mobilier i cinq a fix brafles dVau. Elle elt
encore d'ailfeurs à l'abri de fous les vents, ex-<^
cept4 de ceux «jui viennent par deflus les terres.
n y a deux battures vis-à-vis là pointe a l'eft qui
d&ouvrent à marée baiSè,, on les laifl^ à gauchr
*en 'cntiànt*
L'aofe de la grande grave a un I&racKois au
fond de Ion extrémité qur s'enfonce plus d'un
quart de lieue dans les terres da nord-oueft.
Elle eft couverte de bois mêlés, ainfi que tout
ee qui eft aux environ» du port Touloufe.
Il faut à prefent vous dire quelque chofe de
Putilité du port Touloufe. Je vous l'ai an-
noncé comme trèr peuplé ; efi^élivement on y
compte deux cent trente habirans fans les* offi-
ciers et fokh's du roi» Tous ces habitans font
induftrteux et laborieux. Ge font eux qui four-
niflent le plus de denrées à Louifbourg. Ils
eonftruifent des batteaux et gorelettes ; pendant
l'hyver ils coupent du bois de chauffage et
propre à la confh-uâlton. Ils défrichent leis
terres et nourrirent ail& de befliaux et quantité
de volaille. Ils ont fait les premier? de la bierre
très bonne et antifcorbatique avec les fommités
d*ùne efpece de fapin' nommé Peruffi ou Prucht^.
et tirent du même arbre une gomme qu'ils z^--
peneottberebentinej efpece de beaume blanc,
C 5: Ils
(34)
Hi ont beaucoup d'érables bien ondes, propret à
6ire des meubles et fur tout des montures de
fuiîl. Cette efpece de bois qui eft très bonne, a la
levé différente de tous les autres. Dans le mo\9
de Mars et d'Avril, les babitans çn tiieut par
trituration cette fève. ou liqueur qui eft foi^t
agréable au goût, de couleur de vin d'Ë^pagn^
bonne pour la poitrine, cootrf la .pierre, et
n*tncommode point reftomac. «Ils la font
boiîillir et en font de fucre. Enfin qTeft au port
Touloufe que les iauvages de flfl^ Roïale et de
TAcadie apportent toute» leurs pelleteries et 1^
échangent.
Ce port n'éunt qu'à dix buSt lituea de Louif-
bourg et à vingt cinq de Tifle Saint Jean par le
lac de Labrador, devient par cette pofition le
lieu de communication de toute l'Ifle Roïale.
L*on peut de là découvrir facilement le
moindre mouvonent ^ue .feroient les Anglois
foit à Canfeau ou dans le pafiàge de Fronfac et
en donner avis en nK>tns de dix huit heures au
commandant de Louifbourg.
Les fauvages qui font prefque tous raflemblés
à riileile la Sainte FamiHe dans Labrador et qui
font en ce lieu auprès de leur miffionnaire qu'ils
i;efpeâent, pourroient encore beaucoup fervir à
ces obfervationf. Ils font d'ailleurs à portée
df accourir au port au moindre danger, ainft que
.r : les
(55)
les l^abitans des ifles Madame, du petit Dégrat,
de TAi'dcii^e, du Saint Erpril et de la fivierè
aux habitans.
Vous Yojésy monfieur, que tant de peuples
reunis feroîent une petite année qui rendroit ce
fieu imprenable, moyenant quelques fortifica-
tions qui aideroient à la defenie.
Après avoir fait ces confiderations utiles,
nous partîmes du port Touloufe le 20 Février,
et fimes route par une rivière qui en eft éloignée
d'une lieue et demie. Elle fe perd dans le petit
pallage, et a (a (bufce dans un grand baffin fitué
à un quart de lieue de fon goulet dans les terres
du nord de Tifle. Sa longueur de l'eft à roucff
peut avoir une demi-lieue et cent cinquante
braffès dans fa plus grande largeur qui eft afl'és
inhale. Son entrée gît nord et fud. Elle a
dans plus d'un quart de lieue de cours quinze à
feize pieds d'eau à marée haute, et dans toute
rétendue du bailin il s'en trouve depuis trois
jufqu'à cinq. Les batimens du poit de cent'
tonneaux peuvent y entrer. Ils y chargent du
bois de conftruâîon et de corde.
' Le mauvais tems nous obligea de fejourner
fur les bords de cette rivière dont les environs'
font prefque par tout couverts de beaux boii)
ftancs. Nous en partîmes le lendemain, et
après avoir fait un portage d'environ un quart'
C6 de
(36)
' ée lieue au travers d'une fapiniere, nous nous:
fendîmes k l'anfe à Decoux fitu^ fur les terres^
da Ifles Madame.
Cette anfe feroit partie du paflàge de Fronlâc,
mû deux ifles fituées fur ralignementdes terres
du nord, limitrophes Tune à Tautre, en font la
iepantion. Elle at deux entrées aux deux ex-
trémités de ces ifles. Celle de Teft qui. gît au^
nord et fud-oueft, eft la plus fiûne.. Les bâti*
mens du port de cent tonneaux peuvent j entrer
et moiîiller dans toute (on étendue depuis trois
Jufqu'à neuf braflis dfeau. L'entrée de Pouefr
qui gît nord -eft et (ud-oueft ne peut être fré-
quentée qu'avec des voitures qui tirent fix à-
fept pieds d'eau k marée haute.
La longueur de cette aniè eft de trois quarts-
de lieue fur undemi-quart de large. Elle court*
eft etoueft»^ Ses^ bords font couverts de bois^
lapin ; et à un quart de lieue dans les terres^ oa:
trouve toutes fortes de bois franc propre pour^
là conftruâion de petits batimens.
En fortant de cette anfe nous fumes traverfer
le petit paflage au deflus de Tifle brûlée, et nous^
arrivâmes aux ifle& Madame après avoir fait un^
trajet de cent cinquante brafifes au plus.
Le détroit de Fronfac qui fepare Tlfle Roiale
ê€ la terre ferme eft une des entrées du golpha
SaliUliaurcat. C'eft celle où Ton pafle tou^
jours
C 37 )
piirr pmur la Gominunîcatioii journalière de
LouiftxHirg avec Tiflc Saint Jean, la baye irerter
Chedûk, la baye des chaleurs» Garpée et le refte
du Canada, tant parceque la route eft plu8>
courte de ce coté, que par l'avantage d'y trouver
des rdâdies en des mouillages (ursy foit qu'on
tcÀt furpris du mauvais tems ou- contrarié par let
vents. Ce paflàge n!èft guère connu que des
Caboteurs de l'Me RoVale qui font cette com-
munication avec de petits batimens. Il- de-^^
viendra plus interefiant k mefure que le pays
fe peuplera. Il eft bon etuès aifé pour toutes
fortes de vaiflèaux et quiconque l'a vu une
fois peut fe chargea de les piloter. Ce détroit
eft k cinq. ou fix lieues au nord^oueft de Can--
feau. Il ^ à peu près nord^oueft quart de
nord et fiid-eft quart dé fud avec environ quatre
neues dt longueur et tout au p]us demi*lieue de
largeur. Il n'a même que. trois cent toifes
dans un endroit*.
Les ifles Madame font Atuées devant l'cmbou»
chure du détroit dé Fronfac du côté du fud eft,.
elles s'ètendènt entre Fe port Touloufe et Can»
feau, formant à droit et à gauche deux iflus
qu'on appelle le grand et le petit paiTage pour
arriver à l'entrée du détroit- Le grand paflage
eft celui qui fepare ces ifles Madame de la terre
ferme, tous lès vaiflèaux peuvent y pafTen Le.
petit
(38 )
petit tft forme par la principale ic ces lùtB^ et
i'Me Rd-sde» il eft rempli d'iflots. H n^y a de
fend que pour de petits batknena.
Cette ifle a à près de quatre lieues de Ibng fui'
luie lieue et demie de )ai^ Sa hmgueur court
eft et oueft atnfi que le paffitge et fa largeur
nord et fud. Elle eft coupée et traverflSe en
dieux endroits par des bras de mer qui la divifent
en trois et à peine y-a-t*ildu fond pour les cha-
loupes, c'tft pour cela que quelques habitant
dSibit les iffes Madame.
Le terrain n'y eft pas propre à être cultivé,
car outre qu'au printeips les brumes y fejour»
ncnt continuellement, la terre n'çft qu'un com-
pofê d'argille et de pierres brutes qui font en-
tafiees les unes fur les autres. L'intérieur eft
couvert de bois de hctre, de merifier et les
bords de prufîe et de fapin.
Les habitans des Iflés Madame qui font au
nombre de cent treize, vivent comme ils peu-
vent ; c'eft à dire qu'étant mal à leur aife par
la fterilité de leur terrain, ils fubfiftent par
quelque petit commerce i les uns par la pêche
et la chafle dont iîs fe nouriffentj les autres,
en cabotant rhiver et l'été et en faifantdu bois
de chauffage qu'on leur achette à cinq livres la
cordé rendu fur la côte. Le peu de bêtes à
corne qu*iis peuvent nourrir, eA aufli un grand
foulage*
(î9)
Ibuhgement à leur mlibrc* Elle eft fi grimde
qu'elle excita notre CQmjpiaffion.
Noua quittâmes donc ce pays faos autre re-
gret que càux d'y laiflèr des malheureux*
Nous primes .uii canot pour nous rendre au
petit dégf»t» Nous fuiyîmes la cote çn partant
de Tanfe a D^oux qui çjH fituée vis*a-vis du
port Touloufe^ et à un quart de lieue, du Çap à
la Ronde dont on ne fauroit approcher. Tout
les bords ea font efcarpés. On y trouve en-
core beaucoup de battures et de hauts fonds
au large.
Après avoir quitté cette anfe nous entrâmes
dans celle du petit Dégrat qui eft formée par le
Cap à la Ronde et le Cap à gros nez» diftant
l'un de l'autre d'environ une lieue. Elle s'en*
fonce une bonne lieue dans les terres, en gar-
dant un grand arrondifement. Au fond et à
deux cent braflès les batimens peuvent mou-
iller à cinq ou fix braflès d'eau à l'abri de tous
vents excepté ceux d'eft nord-eft. - Il eft vrai
que le ycyage n'y feroit pas fur dans le tcms
des grands veuts de l'automne ; cependant
lorfque les Angiois étoient maîtres du pays, ils
fjrequentoient cette anfe avec dçs batimens de
trois cent tonneaux pour y charger du bois de
corde. Ils font plus hardi que nos caboteurs.
■ . . css
C40)
CSstte* anfe a dans fon milieu trois petftifr
SIettes qui fe communiquent et paroifTent dails'
'quelque état que foit la mer. Les petits bati-
ihent s'y mettent ai Tabrr des vents (Tefti- fud^-
ttt et ftid<K)ueft ; mais il fiiut bien prendre
garde à' une batture qui eft entre la terre ètr ces»
petites iflès. Il y a un'paflage entre elles et
cette batture, et un autre entre la batture et
la terre. Il y a une (èconde battufe fîtuée à un'
quart de liëue du Càp à la Ronde qu'on' peut
laiilèr fans danger à droite ou à gauche en en-^
trant, y ayant un pafiàge entre elle et le cap«-
XJnc partie des^> terres eft chargée de bois francs >
et l'autre de fapinsé
L'ànfe dU petir Déjgrat n'èft érorgnée de fon^
Uavre que d'un quait' de lieues Leurs eaux fe-
communiquoient avant lâ guerre dernière par te-
'moyen d'un canal qu'un ooup dé vent a rempli
à (on goulet feulement;. Les charûls du porct
ée cinq à fix cordes de bois y paflënt chargées.
Ce canal étoit d'une grande commodité pour
ïés pêcheurs qui alloient porter le^irs denrées à-
Louifbourg, parce qu'ils fe trouvoient, auflîtôt
qu'ils étoient fortis dt la grande anfe à travers
le barachois dt i'àrdoife dans moins d'une
Reure, au lieu qu'à prefent ils font obligés de
fortir par Pentrée du havre du petit Dégrat, âc
doubler le cap à gros nez q^i s'avance beaucoup •
(+1 >
en mer, et de fe mettre à quatre k cinq Ikue»
mu hrge pour attraper TArdoife, ce qu'ils ne
fent pas toujours fârs de &ire dans vingt quatre
heures, car on juge bien que lors qu'ils font
fotcés par les vents contraires, ils font obligé»
de rdâdier plutôt que de s'expofer à douze ou
quinze lieues en mer.
Ce paflàge ctoit aaffi: fort utile aux pêcheur»
au petit DégOLt, puifque quelque vent qu'il fit.
Us poitvoient fortir et rentrer leurs chaloupes
dans leur havre.
- La'depenfe pour rendre cette communication
pnticable en retàbliflant ce canal, n'irdt qu'à
trois cent livres» Cette fomme en elle même
très modtqjae, Peft encore plus comparée i
Ptttilit^ qu'elle ai^orteroit.^
Cette anié eft d'aSleurs très bonne pour la
pêdie pendant lie printems.^ Elle a au fond de
fen extrémité fur les bords de fon plein des
graves fiipierbes pour la (êcherie de la morue
qui 7 eft très abondante.
Le havre du petit Dégrat eft fitué fur là
côte du fiid-eft des Ifles Madame vis-à vis du
fiuneux port de Canfeau diftant l'Iin) de Tautre
de trois Keues» Ils giflent fud fud-oueft- et nord
nord*eft.
Le havre du petit Dégrat eft formé par là
pointe à. la rivière fituée fur les terres du nord'-
oueâi
weft et par le Cap de Fer filtiéluf ceike en
fmd'ttL . Son entrée qui peut aretr u» d<mi-
quart de lieue d^ large gît nord-eft et fud»
oueft. .
. Ce hsrre qui s^eafbnce une deiH4Mue dans
les lorrci du nodhcft^ itenCnve prttiqtie pac toiit
fa même largeur. Il a une buttnoe k ibii ^Mum
k cent faraffis eniôron et vb-àhMi le GStpi de Fer4
On . h. kîflè à dboite en cntnmt et iqirèa Payoîr
éantécf. on Tient rangu Icft> terres; en fimant le
chenal qui y pafle. Les rocbeca qui font fat^
fiurkigaadie^ empcchtnl; ka eUod|>es
et. fioqnenter n cètk à nai^ ba&^
Mrii ce l'os » peut ^rifqner £11111 dangia
iliiJBiftoeo fawœ sVft:praâeâl>leqpèfflurdei
vaiflèaux de cent cimfnmtm tntuMSscnt m plot
!•> «jpanft émm iba duttil à mêxéi hmâê que
4piiM à irtÎM j^ed» fl'oHi* ioffifttekalNiî^
lagitn^.]! ionft entiést îIa vqui moili^ d^m r^^^P
1^ «ajiffre% oà^ iis^ <bat i l'absi 4« &i4<i«oiMlft
qui règne dans cette pastia pendant le prinr
. Les terrea du p^ Dégrat HmX pas toot
.mêlées de cQicfae|:a<tdc cailloutage ^tconivertea
de touibea ftir leur luperâciei pçmiquov- les h|r
bitans ne s*y occupent que de la pêch«».et 'ûfi
y reûffiilient, la morne étant en ce lieur la plus
belle et la plttd abondante de toute rifle: auffi
. , parmi
(43)
parmi fcs babitans qui fiant au nombre décent
trcme fept, la pltu grande partie font pêcheurs.
Nous partîmes le 26 Février du petit Dégrat
et fîmes route pour le havre du grand Nericka
fui CB eft éloigné d'une demi- lieue» nous en-
ilâflacs dans des teri»8 entièrement couvertes éc
dîveriès ibstes de bois.
Le havre du grand Nericka ell: ua des plus
beaux ports ^u'il y ak dans le pays et propre
pour U pèche de ta morue en bâtiment. U eft
formé par les terres des Ifles Madame et par
rifle à Pichot.. Il a deux entrées ; celle de Teft
eft la meilleure. Elle gift nord et ludkiueft.
EUe^.ua quact do lieue de large. S y a Ufi^
batturea via-àrvia lUik d*entcée qu'on hifle i
gauche en entrant. U faut ranger avec g^raiid
ibia les taxes de œ coié Ik pour évita ces baa-
tttces» pajrc^.<|u'eUes fe tcouvent fituée» prefcytje
au milieu de la pienBÔere entrée. La toaaaàf
eutm qui dl àToueft gjit oueft nord-oueft et
fud-eft. Elle a environ une demi-lieue de largjc,
et n'eft pratkablc qu'avec des batimena de cin-
quante tonneaux.
Ce bavre qui eft très vafie, s'enfonce ui^
grande Ceue dans les terres du nord«eft qui font
couvertes de toutes fortes de bois franc.
En quittant le Grand Nericka nous en-
trames dans te havre du petit Neiicka où les
petits
( 44 )
^elitr bâti'mens peuvent feols entrer. &fi
grandeur ne confîfte que dans plufieurs anfei
et barachois qui fe forment dans Tinterieur det
lerres, afies couvertes de bois franc,.
Nous fuivîmer enfmte la côte juiqu'au Cap
'Rouge oà nous tmverâmes le petit paflage pour
aller à la rivière des habit»is diftante d'environ
neuf tieues du havre du petit Nericka. Nous
^fiiivimes les rives droites du petit paflage ju(^
qu'au grand baffiiV ié cMte rivière des habitant,
qui fe perd daris ce petit paflage de Frorifac.
L^entree du baffin qui git eft dutA, a fept
•braflès d'eau à mar^ bafle, mais cette profon-
deur n^eft pas ^;ile ps^ tout. Ce baffin a une
lieuedeln^ fur un quart de large et court dank
ITcR àûti^tB^ On y trouve^ trois batturei qui
jbnt fitliées ivoi quart de liêiie a drpite au large
^ goulet de la rivière. Elles ne font pas fort
miifibfes aux voitures qui entrent en louvoyante
Sur les bords du baffin il y a de fort ballet
j^ftiries abondantes en foim
La rivière aux habiàuia court fix Ifeues dan»
Ibs terres en« ferpentant. Elle forme un autre
'Baffin a demî-neue de' fon entrée àw ctt fituee
'Plfle Brûlée. De là on- ne peut aller pliit
avant, pas même dans des chaloupes, à cauie
du fault de là rivière. Dans le refl:e qui n'eff
. qu'iiir
( 45 )
^'•un plaqué, on pourroit fiûre de belles pnûrioi
Qui, jointes à la quantité de bois francs et de
beaux fapins, aideraient beaucoup aux babil-
lants qui ne font qu*au nombre de trente. Tua
4es quels y a établi un moulin à fcie dont il
fidtde«beauxet bons madriers. U s'y trouve
beaucoup de pins et même du chefne et d'au-
tres "bons bois. Au refte les terres ne foiit
bonnes tout au plus que pour du bled noir, de
l'avoine et du feigle. Leur richefiè confifte en
beftiaux.
Notre voyage fur les cotes de cette partie dft
l'ffle étant terminé en cet endroit, nous revîmes
fvr nos pas au Port Touloufir. Les prépofês
du Comte de Raymond avoient ordre de le pour*
fuivre en rétrogradant de l'autre côté de Louif-
bourg; mais je ne pus les accompagner; une
fluxion de poitrine m'obligea de retourner chez
moi, ainfi vous vous contenterés, s'il vous plaîr,
d'un peu moins de détail pour le lefte de ma
defcription ; vous y gagnerés peut être moins
d'ennuij et aflurement vous n'y perdrez pas
grand chofe; les lieux qui reftent à décrire étant
moins habités et moins fréquentés que ceux
dont je vous ai parlé. Je vous promets pour-
tant en dédommagement de ne rien omettre
iiir l'ifle Saint Jean, que j'ai auffi parcourue.
Conune elle eft moins connue que Tlfle Roïale,
mon
(4«)
fnonexaftitude VOUS deviendra plus Utile. Mais
il fiitut vous laîfTer refpirer et vous rappeller
féutement combien je (aisp icc.
L E T T R E IV.
OMtmdtim de U mhtt defcription^ defes cotes à
U gmtcbiy a difartk de Fi/h Saint Jeun,
Monsieur,
VOUS nedevés pas en cbnfequence de ma
doraifire lettre, vous attendre a des dé*
tails aitffi circonftaAciés de Tlfle Roïale que
é&ïK ^e je vous au àijM fans ; ils feront pour^
tant fuftfants pour vous laîOer peu de chofe k
dcfirer. Nous voici retournés à Louifbourg
«près avck tfak le tour des cotes à droite.
Volons à psclènt ce qu'on trouve fur les mêmes
cotes à fauche. D^abord ce (era le Cap de
liOiOibec qui eft au nord-eft de Louifbourg et
n'en cA pas éloigné. Il s'y trouve un port du
même nom et celui de la Balaine. L'accès de
ces deux petits ports tA difficile. Us ne ^ont
propres xpie pour de petits batimens et des éta«*
bliâbnens àe pêche dont il y on a plufieursii
L'on ifouve enfuîre Vidot comme P4>rtenove à
pnviroo deuK ikuts à l'efl quart de nord de la
tour
( 47 )
Èmt du fanal de .Loiufixnvg et à |nes d'im
quart db lieue de dUtaoce de la oâtê. Il y a
cot» Portenove et la côte une socfae (6m l^eau
fur laquelle fe perdit en 1725, la Butte du >oi
k Chameau. La mer y iM-iie de toos le» tems.
Leisa^ de 'Menadou que Ton ircMre enfiiite»
a dnts foa cncr^ demi-lîeue de large et deux
de profondeur. Vis-à-vis de ottte 4>3ye eft
Tifle de Scatari dont la iiaye de Miré n'eft fe-
parée que par une langue de tem fort étroite.
Elle eft de figure à peu près triangulaire, elle
a environ deux lieues de loi^ear eft et oneft,
ieparée de l'Ifle &oiaie par un hras de mer
d'un mille de large qu'on appelle le paffige de
Menadou. Il peut y paflbr des vaifiènoc de
guerre qui n'auroient à craindre qioc les hat-
turts du côté de l'Me Roïak ; on les éviseen
rangeant celui de Scatari qui n'eft point dan^
gcreux.
L'on voit deux iflots^ ou plutôt deux rochers»
noirs à la pointe du nord eft de Scatari nomanéa
Cormorandieres. On peut iàns riique les a-
procher de près du côté du large avec les plu»
jgroB vaiflèaux.
Le fol de Tifle de Scatari eft couvert de-
moufle encore plus légère que dans aucun
autre endroit de ce pays; on y enfonce prefque
par tout, et fouvent cette moufle ne fait que
couvrir
( 48 )
counir reiu qui Vz produite. On y tromre im
grand ruiflëau, plufieun petits et des banchoiSf
fiir tout dans la partie orientale. Il y a deux
familles de pêcheurs.
La profondeur de la baye de Miré eft de huit
lieues et fon entrée en a deux de largeur.
Elle fe œtrak cependant et plufieurs petites
rtviei>es «*y déchargent. Les grands vaifTeaux
la remontent juii|u'à fix lieues et y trouvent
de bons mouillages à Tabri des vents. L'on
trouve encore dans ces mêmes endroits plu-
fleurs autres petites ifles et rochers que la mer
ne couvre point et qu'on voit de loin.
La hxye de Morienne eft audeflus. Elle
eft fepaiée de la baye de Miré par le Cap
Brûlé et un peu plus haut eft Tifle Flatte. Il
y a entre ces kles et ces rochers de bons abris
et on n'y court aucun danger.
Je vous parlerai plus au long de l'Indienne
qui eft auffi une baye. Elle eft à trois lieues de
Û en remontant au nord-oueft. Cette baye
ou plutôt ce bavre eft très petit et n'eft prefque
bon que pour la pêche, ne pouvant donner
entrée qu'k des batimens d'environ cent vingt
tonneaux. - Le peu d'habitans qui y font ne-
figent abfolument l'agriculture. Cependant il
devient un lieu remarquable par le fort que les
Anglais y firent çonftruire pendant la dernière
guerre
( 49 )
guerre dans réndroUrtipmiiié 'fe Cap. à Char*
bon, à caufe d'une mine de Charbon qu'ils y
ouvrirent. ' Ce fort ctoit tel qu'àrec cinquante
hommes ils pouvoient fe défendre des irruptions
des fauvages et conferver la mine. Cette mine
fiit cnfuite fort utile aux François, puifqu'elle
fervoit à chauffer la troupe de Louilbourg;
l'intendant de la colonie permettoit même
quelque fois à ceux qu'il vouloit favorifer, de
charger de ce Charbon dans leurs batimens
pour fervir de lefte. Mats le feu prit ou fut
mis à la mine pendant l'été de 1752. et le
fort fut entièrement confumé,
\j^ baje des Efpagnols n'eil qu'à deux lieues
au nord de Tlndieiine. Elle eft fort profonde.
Toutes fortes de vaifleaux peuvent y entrer.
Elle fe partage en deux bras \ l'un du côté
du fud, et l'autre de l'oucft. Quelques habi-
tans de i'Acadie s'y font établis et y ont çom*
mencé quelques défriches qui jufqu'ici n'ont
prefque rien produit, il y a beaucoup de bois
fur fes bords, de la pierre à chaux, une forte
de pierre platte propre pour la confiruâion,
deux mines de Charbon de terre, mais très
peu de pacages. De cette baye à l'entrée de '
la petite Labrador il y a deux lieues, et l'ifle
Verderonne qui la fupare de la plus grande
entrée, en a autant. Cette ifle Verderonne
P appar-
(SO)
^nffftlmf » ftt Je fioapet de la BeiAHr*
derie.
Labraëor «ft une tefpeœ '4te golplie qui ik
plus «b vingt cinq lîcim de long et trois ou
qatïtt de large^ Il eft -^hs confsderable et
^s'-^tebd, eomae je l'ai d^ dit, depuis le por»
cage de QKtfekmt jufqucs tt bien fir^ du Port
Tooioufe. Ses bords ùmt fMrnis de diverfes
ifettoB âeèoiis,iBt l'on fitxouvt une cfiFriere de
pBSfse tée taitle et une deplatue. Tous ces en<-
droits font très-boiK pour la pêdie delà morue
^i y eft fort abondante, ainG que pour la
culture de plufieucs fortes de grains. AufB eft
XX h Usa le plus peuplé de Tifle. On ne
compte jquHine liene et demie de la grande
encrée de Labrador au Port Dauphin. On
mouille au hrge en jtoute fôretp entre les ifles
â-CSbottx^
Le 'Poft Dauphin qui eft très beau, s'appel-
loit auparavant le Pott Sainte Anne ; il a
deux Ijeucs de ciocuit. Vne 'langue de terre
le ferme pfefi)u*entie«sment et n'y laiflè de
paflbge que pour un vatficao. A peine les
va^auicy^ftatciit ils les vents k caufe de h
hauitev 3i)â terres et des nîèntagoeg qi^i Ten^
ffironne^t^ d'ailleurs les faiilTeaux peinrentap^
pnocber des bocds Ans danger s snais il peut y
nÊfiw':^faHfi jGNtt«s 4e v;ii0èa« et mAme de
^uatije
( 51 )
^tnetnmimnefiVK. La ^^«(^ ^ grande
pour en tenir jufqu*à mille. Il eft précédé de
ii «TinAe blye îe SaUte Anne couverte da
«Ole du fud-eft pur tes deux ifl^ Ciboux ;et I«
C»p Dmipbm» et 4u a&té du nord p^ b côte
t|ai court «n l»ord nqrd-ieft quatre degrés nord
^MM te meuM diïaâi^n jusqu'au cap enfutncf
diftant de fept lieues de l'eatsée du Pg^ Dau-
phin.
Le cap enfumé eft très remarquable non-
feulement par fa grande hauteur, mais encore
^r deux fabifes fort blanches qui (ont du côté
du fiid-oueft de la pointe de ce cap. On
nomme ces deux falaiies les voiles du cap en-
fumé. •
La France fiit long tems indéterminée entré
ce port et k havre à l'Anglois pour TétabliATe*
ment du quartier général de la colonie. Il eft
certain que par fa pofition et la difficulté de
l'aborder, il étoit facile de le rendre imprenable
à peu de frais. Cependant cette même di0t*
culte pour l'abordage déterm'ma au parti con*
traire. Je crois qu'on s'eft d^'a repenti, et
qu'on aura lieu de fe repentir encore, d'avoir
préferé la commodité à la sûreté. L'établiiiè*
Qient du havre à l'Anglois coûte in^njiinenC
plvs» et on a la trifte ccfûtude qu'il n'eft paa
J? îi impje-
( 50
imprenable, comme on prétend que Tauroit ét^
celui-ci.
- La grave du Port Dauphin a plus d'étendue
que dans aucun autre port de Fifle, et quoi
qu'en outre la morue y fôit tr^ abondante, ce
n'eft point encore le feul avantage du Heu ; le
yotfinage de Labrador et de Niganiche rend
Àicile la reunion des habitans et des fauvages
dans les occadons neceflaires.
' I^s batimens qui font la pêche à Niganiche
font obligés par une ordonnance du roi de (e
retirer au Port Dauphin vers le 15. Aouft, à
caufe des vents qui régnent alors et qui les met*
troient d'ailleurs dans un grand danger. Ar-
rivés à ce port les pêcheurs qui montent ces
batimens, étendent leurs morues, et trouvent
encore place fur cette grave que la nature fem-
ble avoir faite à plaifir. L'on y voit quelque
fois raflemblées à cet effet jufqu'À cent cin-
quante chaloupes.
Il cft vrai qu'au Port Dauphin même on ne
feuroit faire la pêche en chaloupe, mais on
peut s'y fervir de batteaux comme en bien
d'autres endroits. Cet inconvénient eft d'ail-
leurs ailçs compenfé par la fertilité des terres,
|)ar la quantité de bons bois et fur tout de
chênes qu'on y trouve. Enfin ce port qui n'el^
qu^à vingt lieues de Louifbourg, fournit à cette
ville
(Si)
VÎUe une grande partie de fes denrées et mille
cordes de bois par an pour Ton chauffage.
Après le Port Dauphin on trouve Nlganiche
qui n'cft qu'une rade foreine où les navircff ne
font point en fureté j mais elle eft très abon-
dante en morue. Cependant comme il la faut
quitter dans un certain tems» et que d'ailleurs
les terres n'y produifent rien, il n'y a prcfi^ue
point d'habitations. Le peu d'habitans qu'il y
a font même obligés d'aller chercher du bois
4e chauffage au Port Dauphin.
Oa trouvé en quittant Niganiche l'anfe
d*Ouaracliouque^ le havre d'Afpé, le Cap
Nord, l'anfe St. Laurent et le cap du même
nom. Le Cap Nord ou la montagne qui le
forme eft une prefqu'ifle qui tient à l'Ifle
Roïale par un terrain bas; Mais tous ces en*
droits ne font ni habites ni ordinairement fre«
quentés, ainfi que Limback, l'anfe aux Bafques,
Ul rade aux Saumon et les ifles aux loups ma-
rins et au jufte-au-corps ; ainfi je crois que
vous trouvères bon que je les obmette dans h
defcription détaillée de l'Ifle Roïale qu'enfin je
finis.
Je devrois peut-être auâl finir ici ma lettre
pour ne point y confondre deux différents ob«
jets; mais les occafions de vous envoyer mes
•bfeivations font fi precieufes et votre curiofité
D 3 fi
( 94)
fi impatfente, qu^i! fimt céder k celfc cr et pro*
fiter des autres. Pai&ns donc tout de fuke de
rifle Roïale k ceUe de Saint Jean > aufli bîea
ft la mer fepare ets deux Ules,. l'intérêt de»
puiffimces qui 1^ poflMl^nt, te» reiùfiie.
Viêt Saint Jean eft h plus grande da toute»
tetl^ qu^oo crottve dans k gGi{4ie St. Laurent^
JÇlle a même fv L'Iile &oïa)e Pai^antage d'avoi#
des terres, uèa fertiles. Etle a i^ngt deux
Bcues de loog et envison dnqtUKite de cireuity.
un beau port et tne» fCt^ de» bob de toute»
espaces m quantité ^ k* teiUttf: da la pAdhe
auûnt que psft an -«ndtoit d^âap^MMi £ffè
sTok été iwgligfîe ateft qàe hik di^ C«{^
Breton, loflqus •!« neceAté ^ui fit ouvrir i»
]f(éiik ftir CMC darnaéie^ kl fit m\At éffU^
taisht M VaWt/ 4M a*«ft dtmfté de^urt
de gnii^dtic foJM pcw Ibii <taMiftmeM> wnlê
pAnï éticàm ttSKfe en é§nà k fii» m(Kté« G#
fettk r«t iM^fë^agé qui j'«i Me te ika c«têl é«
nm Aitr des telAfiMis &m9i» é^MivmCm nm
ja vôui M ftrAl ia A^feriptfoif .
Quoique Tifla St. Jtaifr obeiflSi k tifi tMif
mandant particulier, ce commandant reçoit fea.
^i^es ^ goun^metti: de l'tthf Roïidli^ «i y rénc^
la juftice conjoi^temélit l^«e k fiMMÏ^é dé^
riiitehdant de la Nmvrttan WnMé. Bt^ foht
)eur refidAiee au Poft la Jof ei.ei \k %<xàMrtmtt
dft>
( Si î
ée LiMiAiMKg leur fiwmit «bv ptniio» et
(Teft de ce port que août poutioM» a« con^
ÉMioemeiitdii ams d'Aouft 1732^ Nous^re-^
fcmioré'oii «nu non* reûd^om air kame Saiiil
Pkne» apffii aeroir fait qn ponaig» de qaoMr
lme»tktBniiffs d'uae pbînc trot bi«»cukMc
«ft cfafgle es tBHIes fartes de g;rain8^
Apim mm§ (qaMni dans ce kuvm dont jii
tnns.païkffi tt aproBy noua lînca voile pour lar
catet do fiidy el sk»|s anivahoMa 1« mime jotir
ir«ÉfekMMBk Cttteamropftfiiuoeaufiid
dt -l'ifle^ ^ taoMi Beoct de U pidqiie ifle dea
trob rivières et à fix de b poinfet d^ F^ Ette
fft famée an fud pai IoCih^ kDavid et aa nord
par cainî. de An foarisy cb^ans l'up de I^nitao
é'aoybon wm Ikus. EIlo s'anfonee dans lea
cènes do oueft usio demi-Ucue et oonfecvc
profifoe par tout (a mênie largeur. Le havie à
Matteu a'oft peJot établi. Il eft fiftué «u oord
«t coofff OM Ueue à ToiKft dans les lerroi. Sa
^«a frando hfgeur afflk uaégak, eft d'un deod
qoait do lifuoy et ceUe de fon cheoal d'uoo
pori^ 4» 9«M»fi{iiei bit oeuf à dÎK piodi df eaiir
à maréo Mb-
Le havre de la tartune eft fitiië à Tautre ev^
tremitidt Tanic à Ma^n ac court aM lieMa"
D 4^ dftiir
( 5.6)
dans les terres tlu fud-oueft. Il peut avon- on
mille dans fa plus grande largeur et fept pieds
d'eau à marée bailè fur la barre.
Les terres des environs font bonnes et pro-
pres à la culture. . On y trouve de plufieun
fortes de bois, et pirodigieufement de renards,
martres, lapins et ^perdrix qui s'y cachent.
Les rivières qui y font très poifibnneufes, font
bordées de prairies qui portent de fort bon foin*
Il eft vrai que c'eft en petite quantité, mais
on l'augmentera en pouffant ces prairies juf*
qu'aux terres hautes très propres à cet effet.
Les hahitans qui y font otablis, vinrent de
TAcadie pendant la dernière guerre et font au
nombre de quarante huit.
Nous partîmes du havre de la fortuné et
fîmes route pour la pointe de l'eft ; après avoir
doublé celle du havre à Matieu^ nous paflamea
un peu • au large du havre à la Souris. Ce
dernier havre s'enfonce une lieue et demie
dans les terres du nord en jettant un bras dans
la partie de l'eft. Son entrée n'eft praticable
qu'avec des chaloupes du port de trois à quatre
cordes de bois. Nous trouvâmes cnfuite deux
petits havres diftans l'un de l'autre d'une lieue
dont l'un cours à l'oueft et l'autre au nord-
oucft. On n'y peut aller qu'en chaloupe ou
en canot. U y a peu de foin dans ce lieu,
mais
.( 570
mais les terres, quoiqu'un peu hautes, y pa-
roiflènt bonnes à être cultivées. £lies font
couvertes de bois de ^toutes efpeces propres à
la conftrutSlion de petits batimens.
A deux lieues de ces petits havres, nous
trouvâmes celui de TEfcouffier, Son entrée
court nord et fud. . Il eft d'une médiocre lar*
geur et fe difperfe en deux bras qui courent eft
et oueft. Celui de la droite en entrant à une
lieue de long fur un quart de large^ et celui
de la gauche trois. quarts de lieue. -
Il y a, de fort belles prairies fur les bords de
ce havre qui n'eft praticable qu'en chaloupes.
Au refte ce n^étoic anciennement qu'une anfe,
les vents et les grandes marées y ont ckvé
des dunes de fable qui le feparent de 'la mex^
Après avoir côtoyé deux lieues nous doublâ];ric|
la pointe de Teft que nous trouvâmes dcfertc^
parcequ^un incendie avoit obligé les habitans 4
la quitter pour aller s'établir deux lieues plu^
loin encore fur la côte du nord. Le lieu qu'ils
pnt choiû pour azile eft plus, avantageux que
celui dont le feu les a chaiTés. Ils peuvent ^
(aire de grands défrichés, ce qu'ils ont fait
auffi autant que leur extrême pauvreté occa«
fionnée par cet accident, a pu le leur permettre*
Ils font en tout au nombre de vingt deux«
D 5 Nous
C5»)
liTôuB continuâmes ndtrt route «n côtoyant
h mer pendant fix lieu« jufqu*à l'étang du
naufrage. Cette côte, qnoi qu'afiës unie, ne
prefente Lia vue que defert ou le feu a palR*
tt plus avant les terres font couvertes de tois
ftânc. Un feu! habitant que nous trouvémes»
nous aflfbra que les tcnes dt» lenviroiw de
l'étang font très bonnes^ aifiîes à cidiivcr, -et
que tout Y ndettt *n abondance. Il nous cn^.
idornia une preuve qui nous Ri pJaJfir, t:*rfttrft?
k peu de froment qu'il avolt eu. la iacidré de
fenicr cette annëe ft; tflfeîHvement rien n'étoit-:
H beati que fès épies qui étotenft plu» gros, plas>
longs -et titieux gamr» que ceu3& d'Europe.
Ce jÇrift à Toccafion d'im naufrage qu*un ba^^
timent^EMuiçois lît fur cette côte, qu^on a donné,
à rétanjg^ nom d'Etang du naufrage. Quelques ,
l^afiTagèrs, apr^ que le Va3&au fe fut perdu i
quatre lieties en mer, fe fiiuvcrenrt fer des -dc*-
bris et furent les. premieiB qui s'étaUtrent ati^
havre Saint Pierre. Au refte 4'étang s'enfomtl
w\ quart de lieue dans les» terrée 'au fad-euc#^
Sa largeur à fon exifremhé eft d'une portée Je.
canon de quatre livtea^ doL balle. II s'y dé^
charge un grand nttfièau. qui ne tarit jamais,
parce qu'il dà entretenu.par deux fburces qu'on
trouve à deux Heoes-et demie dans les ierret>
d'oueft fudf-^ueft» Ce ruifleau peut fournir.
aifés
C S9 )
7&B jréBLUr farfqii'cp tous téum ijf: aidgie le»
geléoB k pLuJiltui» mouUai i}it-pn jr a jco»-
iruît.
Lacot» flhpttU le hftvtt i« la &ptua0 |i|iqii'à;
celui de Saint Pierre où nous, avrivâmcs k 14
49iift fprèi avoir encore «ôtp)e4 p^Hutept jTuf
UcMa/kvm T/éu^^ fioi^rniilleiie jjlHçr de om»
d'»n g^a^ fecpurs auif p^uviaw {pf^I^ie^fj^^
9^î s*y fiii»verpi>t, ainô qw j« 1 -^'jd^t i' «lai^ Iff
«al pe leuf fut pQix^jt piipyabk ^ 4ç9i ; 09^,
l^i âuvfgçs q\ki alors habijtpieot /i^l^ l'ill^
l'tuTOWferf nt pow wx rt l^uf ?idfjf nt ^ fc
fbutenir et a s'établir. Il» leur partagf^.^
«oln»; Ijeur x:haffe dont^ les TouXrfiS ^i: Ici» rfts
iwiqMQS faiTpicDt la pl,u^ ^»ixi.ç partiç.
J^ h^vre Saint Pmr« eft âtMe Air }a ^ôtç ^
flVHld ^ )'iile- Son çnu^ quv^ ferp^par à^
diiAM, faa f <jEl fet le iud. £Ut pe^t avoir ^vi^oa
MU df«)i-»Jlp 4*na6 jdi^ gr^ad^ largrur. S^-
chenal nond ^ f^idnaÉt, ^ f^r k nxar^ b^iKr.
Ji a par l9urqtfk>zç à fci^^ piedi^ d'^9# : sÀnû
■D boMiMt 4y tif^ dix etd0¥9i^ pifd^, ppui y
Pour rendre Centrée de ce havre d^un facile
cet) OA crek <{u*ii foudroit y jetcer depuis le
|M del»4«uie-de t'êft juTi^v^* teed- du- ohe^»
( 6o)
nal, une levée afles. haute pour forcer hé eaux
des courans ainft que la rivière, de paflfer par
le chenal, parce qu'alors ne paflant plus fur les
terres, leor rapidité enleveroit la barre qui arrête
à l'entrée du 'havre.
La pèche, dt la morue fè fait avec fuccès' au
havre Saint Pierre. Elle eft même d'une efpece
fuperieure th groflèur et grandeur à celle qu'on
pêche fur les côtes de l'ifle Roïale et en plus
girande quahttté; mais elle eft difficile à fe-
cher, ce qdi oblige. les pêcheurs d'en faire des
envois aux autres ifles de l'Amérique. Cette
manie ièroit excellente pour faller verte, tron-
^^nnée en baquet et propre à envoyer en
Siirope.
"•L'établiffemcnt du havre Saint Pierre eft
d'une gtitide cpnfequence, tant par le com-
iherceîié la' tfiorue que par celui que fes habi-
tans'j^ùvent faire dans l'intérieur de l'ifle.
Mais pour le rendre folide et durable, refien*
tiel eft la culture des terres et raccroiflTement
des prairies, ^ur y entretenir des beftiaux de
toutes efpêces, et fur tout des bêtes à laine.
Par là on pourroit en parquant fou vent les
beftiaux, améliorer les terres hautes, y faire
des prairies et des champs dont les moiflbns en
tous genres de grains feroient abondantes, car
files hahitaas pouvoient avoic des faculté^
pro-
ptopôrtiotttiécs à l'entreprife, leurs teites ne
leur laiflèroit riei} à defircr pour ùiishixe ii
leurs befoins. Os ne tireroient des étrangers
que le fel^ des lignes, des hameçons et les au<»
treS' uteniUs de pêche. Us pourroient alors
vendre leur morue à plus bas prix, ce qui
augmenteroic confiderablement leurs richefiès.
On pêche auffi dans ce havre du flaitan, des
rayes, des barbillons, maquereaux, gafparaux
et faarangs en quantité. Dans pluûeurs étangs
et lacs qui font le long des dunes, on trouve
de belles truites et fi prodigieufement d'anguilles
que trois hommes en vingt quatre heures peu*
vent en -remplir trois bariques. Enfin il fe
trouve ici, comme dans bien d'autres endroit!
de l'ifle, quantité de gibier et particulièrement
des ortolans et des lapins blancs d'un goût ex^-
quis. Il n'eft donc pas furprenant que dans
un pays où tout honnête homme feroit bien
aiiê d'habiter, en aimant un peu Ije travail, il
y ait plus d'habitans qu'ailleurs. Nous en
comptâmes dans ce havre trois cens trente
neuf.
Il eft vrai que quelqu'uns d'entr'eux quoi»
que comptés parmi les habitans du havre St.
Pierre, ont leurs terreins au havre aux fau-
vages. Ce dernier havre n'eft qu'à une lieue
du premier*
Le
Ee littri mnc SftuvagHt e Woiice une 4<|»1«^
Be«8 dafit lit Mrrct>dtt fud et fit dMfe en dMO»
iMVté L^ua cMrt dus iè f«d<<fiid«oiieft ta»
ntiflnift i|m iôi alkr uA«MNilia ii çmi ; Ymê/f
lue eoiut dmi l'aMttft-iiordKNMft naè^ idèaiîv^
litiif. CïA ai» soiricoA» d« oi fanwt .^u*
«n»it k fhtt ikeM Ued qui Ait dam Fiie.
I>0 «e hAMc«OM oour ModSoi^ àceJni 4i-
Tnrtdwi ipb ttob fieuifr^dt cbeoiiB^ ut Aooi
f «ranvâoïc» k «lioie tmlit^ {vnur la pecfa^ cr
iVMir rd^iMkim i ittft bs hahiiifit jr {m
mfle«|ibiûÊs.aiitt8tivi'ffe^£^ *
L'cMwi du ter» de Tnc$4m cfl «onée-
IPir hf^€tHÊ9c4e$ ditM» a^fta denac 0Dti;fniiifié6 eA
4Bt4mffft# JUiif 4ijS«m}e'eftd'M4em''4Jiaitd^
&ue. £w «çbmal q^i^ a fencMtc b»iflb éi*
Ja^rcaun nordHMrd^crfl M Aid-éid-oneft. li^
' ^ par t^tifiga^^ dr Mie pteils d'eau » narée
ibaiiiîi^ Uft& haçre de ^Ubk qm t^i^ai^ un f»ee^
;au Urffi n 'e^ gmMI TcnTroe j^àuik ^tioicnr
4|ui liioi% ofkZM à 4#jiif;e piadf^'qafti. iCottr
imvc eourt eft et oueft. Du refte il efl hejui»^
Jff^tifi^ti iS'ènA^me deMx lieues 4fffiere let^
au fui. ll^fH^tifrf^ cq^ndant fa }$Tpmr jiifi|u'àf
4ba e«|«eiivAé. JUtétedeJ^idikeê ^ feukeft^
Mabitce, acdc £E>rt^beUea levées et. l»tmuBOê dm^
enviioiiac
C % )'
envirens font couvertes de toutes (brtes dèBoiiv^
On trouve auffi fur. les bords des prairies où le:
friil^fttiAs abondanc.
Nous cognptâmes 4mn «e havre et* dànd»
Têtang des bergers^ qui en dépend,^ faîaanie dix.
ftpt InbiMis. Arfuite sioas en. factotits pour
HM» itwte li%iiMpeo«
Je •cnri»,. Monfieur,. qu'il n'éft pM bcfoiii*
flK je^ooB dtfe^que dans tous^ ces dàiombre*
aKaa^.jeneceibpnBj» pomt les TavfagBSï Voua
foas fesda bia» douté qpie je Its garde pour im
artkk paatiottHcr.. J'ai cm en effiet f>ar cet:
arrangement mettre plus d'onhie dans oe que^
^àî à VMU dîre^ laais a'ên ^ oe point aÂes
pour caifte Soi»^. etpuîs qu^ m'eft. impofihk.
d*aGhew:r là deferiptionde: l'ifle St. Jèairdftn»
OBtte lettsey.Aa vaut il pas autant en remettra
la tàdie à un autre ? Oui £ins doute,, difcoi.
foas peut-être f U faudm cependant que vous
me pardonniés encore une heuro. dVonui en.
finreur de la Aoceffité-de vous bien faire con-
BCMtie une iûe jufqu'à prefeot paa. connue. Jc^
vous iais> pourtant 'grâce pour lomomani àxon*
dîtion que moins je vous «n £erai> à l'avenir^,
glus -vous ftrés forcé de me croire^
Votre» &c
LETTRE
( «54 )
L E T T RE V.
Suite de la defcripùon de TjJIe Su Jean^ et de fes
produ^ionSé
:. Monsieur,
VOUS recoures cette fuite de la <lefcrip^
tion de Tifle Saint Jean en menae ten^
que le commencement) parceque le vaifleau c|ui
devoit porter ma dernière lettre a fejourné plus
long .tenus que je n'a vois crû. Nous en étions
refté à notre d^art de Tiacadte pour nous
rendre à MalpcC) et c'eft de là que je continu-
erai mon voyage.
Nous partîmes de Tracadie le 22 Aouft par
un très mauvais tertis. Après une heure de na«
vigation nous nous trouvâmes dans k milieu du
havre du petit Racico» Son erftrée qui eft
nord~*nord-eft et fud-fùd-ouefti n'eft praticable
qu'en chaloupe et encore faut il que la mer ibic
haute et dans une bonace.
Les terres dei environs de ce havre font
propres pour la culture et chargées de toutes
fortes de beaux bois francs bons pour la batifiè^
maïs ce qu'H'y a tle remarquable c'eft qu'art
peut y conftfùtre des bïtiniens^ chaloupes, et
canots ainfi que des pirogues.
Le mauvais terrts'nous obligea de relâcher au
havre du grand Racico qui a une entrée de
'. . » , cent
(65)
cent vingt braiTes de large nord-eft et fnd-
oueft. Deux de Tes bras courrent l'un dans
l'eft fud-eft environ trois lieues du côte du petit
Racico et Tautre va demi-lieue au fud-oucft.
Ces. deux rivières qui font très rapides» ont fur
leurs bords quantité de beaux bois propres à
bâtir et conftruire, et l'on pourroit y établir de^
moulins à fcie et à bled.
Après avoir fejourné dans ce havre nous en
partîmes le 23. par un vent de nord-nord -oueft
qui s'étant augmenté nous obligea, après avoir
nagé à force de bras, de relâcher dans le petit
havre. Son entrée eft ifituée nord-nprd-eft et
fud-fud-oueft. Elle peut avoir cent quatre
vingt brafiès de large et fon chenal foixante dix,
n y a par tout onze et douze pieds d'eau à ma-
rée 'haute. L'on trouve encore quelques vef-
tiges qui marquent que ce havre a été habité, et
qu'on y faifoit la pêche même avec des bati«
mens ; ce qu'on pourroit faire encore, puifque
les pêcheurs y feroient en iureté à caufe d'une
efpece de golphe que forme une rivière qui
s'enfonce plus d'une lieue dans les terres du
fud-fud-oueft. Ce havre reçoit deux rivière^
qui vijennent de l'intérieur des terres du oueft-
fud*oueft. Elles font fi rapides et fi couyeries
de beaux bois fur leurs bords qu'on pourroit
aifement y conllruire des moulins.
Le
(6«)
trc vent ayant changé nous mimes i ta
Totle pour Malpec où noos arrivâmes le foif
après avoir vA une cote fbrt nante, quelque^
pndries et de beaux arbres y mais nous fâmeai
cxtrefnement mcommoflfe des couiin's ou msH
ringomns dont les carrdfts font plus piquantet-
fensee Keu que par tout ailleurs. Gév iniéâet
font en û grande qvantîtë et S ae h arnét qu'il»
peuflent à bout h patience du vojragetif et dcf
lïabttant qui ne s'y accoutument pornf #
Lé havre it Ma^>6e eft à feiae Kenes dib oe^
lot ée Saint Pierre. B ^ fittté ftif k c6C6 Af
hôtû^ et flNt^ WA pMf isv {k^ene* tfo hi mortre^ Vê^
Mîtné y ayant fohne db petites iffettés pioprttf
J^ k fimre féeher» aififi que de» graves^ if ;f
ayant donné par oeftfs un air tfès vît et Ibtt
bon pDUff hk A^beiie*- C3e^ endroit efl* dcHîd'
frey larorane pour ec eofimiefce et^ cos' illetlei^^
wMit auni fa rareté cni navrer
Le fcavre dé h/hSptc é' quatre d i fere n tfes en»
frees.- Ls première st Potteit) eit formée par 'iH^
pointe dtr fiid-oueft fituée far la grande ternr
de VHit Saint J^ et p«r k pointe du nordb^
4e la petite ifle de l'entrée de t*eft. La diftanee
d'une pointe à l'autre eft eftimée trots quarta
de lieue et (bit nord-eft et fud-oueft. Le»
badmens qui tirent douze et treize pieds d^eav
font obligés de louvoyer Tefpace d'un quart de
Ueuec
Kewf mJDrt Um deox poûit^ 011 il y a génif^
nlcnsflt par tovt trois bniès & nif^ bsfib.
La féconde entrée qni cft nQ9d*nord<-eft et
M-fiai-ovcft eft formée pv 1» pointe de
lPo«0ft-'nonl*ODeft de b petite ifie d'entrée et
piT oeUe de l'eft-fad^dir de eeile du imi,
€!etQf entide eft pi» large qae II premieve*
Son chenet peut avoir trois cent cinquente'
bnSi éum & largeur ftir cinq k fix braâèt dé
profendeiir à Aérée haSs et fepc ii marée haute*
Il wfy a qoe ces deux entiéet ^ foieet prati«
mààm à iMioi fovtae éer baniMcne,. ke deiM
m0n tt» le iaectqe^r ekeleupenet en caiMto
. I/Ue des. Sanvagea eft fiÉnée aat nélki» dee
cflti&e de Teft et da mid-eueft. Etie fe
tnMrr« par fil fiteeik» d'toie gaande fiuâiité pouf
ïtmtéé dee batimene Aaia le Iwrre, ainfi opm
pam *i0îliUef AircftiMt) èoetefitt lotfqa^ilt
ftnt uifeibh en parage p6iir deniièr daiib Ywtm
4ea èôUÊL eniféety tie doivent ^tm le aip fur
fille aux Sauvages.. Par cette préeaotiian dont
noua fimes tifage» ks vaifleatix fimt toujours
afce é a d'être daae le milieu du chenal et cm
firetéw
11 )r a- une (êconde ilb à roue(K(ud*K>tteft de
celle aux Sauvage». Cette ifle qui leur a éid
entièrement abandonnée, eft éloignée de troia^
quarts de lieue de la première. Elle fait l'eft*
nordr^
( 68 )
flord-oueft et peut avoir une lieue et hernie d<f
circuit. Ses terres font hautes et garnies de
toutes fortes de beaux bois francs.
La force des courans de ce havre et leur nH
pidité ont pratiqué les trois différentes entrées
dont, je viens de vous parler. Celle qui eft 1«
plus à l'oueft n'a été formée qu'en 1750* pv uH'
coup de vent qui rompit les dunes de fable et
dont la force des courans ont depuis empêché
la reunion. Depuis la pointe du nord-oueft it
y a deux lieues et un quart ; de l'eft et du nord-»
oucftjufqu'aufond de la baye on compte detm
lieues. On y monte avec des batimens du. port
de. cent à cent cinquante tonneaux. Le hà1rr«
jfedivifeen.deux^bras^ le premier qui Court, c»»
viron une lieue dans le fud-fud-eft, a à fon- ex-
trémité ime petite rivière qui a ià'fource à unb
demi lieiie dans les terres du fud. Le iècoad
court trots lieues dans l'oueft-fud-poeft* On
peut le remonter pendant deux lieues avec de
petits batimens.
£n rangeant la pointe du oueft on trouve
oneefpece de canal qui court ulans le nor^**
oueft jufqu'au havre de Càchecampec* H
n^eft praticable qu'avec des chaloupes et £iit
la communication des deux havres éloignés
l'un de l'antre de fix lieues.
Les
( 69)
Les terres des environs du havre de Malpec
font d'une qualité fuperieure à celle de Saint
Pierre et les meilleures de toutes Tifle Saint
Jean. Les bords de Tes rivières font cou*,
verts de toutes fortes de bois fort beaux. II y
a auffi entre ce havre et celui de Cache-
campée une grande cédriére ()ui a près de trois,
lieues de circuit. Elle eft fituée fur la cote du
nord a fix lieues du havre de Malpec. Il s'y
trouve communément des cèdres de quatre
pieds de diamettre fur* deux brades et demie
de circonférence. Il y a deux fortes de cèdres»
blancs et rouges ; les blancs fopt les plus gros^
on en fait du bardeau, des clôtures, &c. Le.
bois en eft ibrt léger. Il diftille une efpece
d'encens, mais il ne porte point de fruits fem«^
blables à ceux du mont Liban. Son odeur eft
dans fes feuilles. Le cèdre rouge a la fienne
dans le boi^ et elle eft beaucoup plus agre-.
able.
Les Acadiennes mettent dans leur boucht
quelque morceau de cette efpece d'encens
qu'elles mâchent en quelque façon, ce qui leur
rend les dents très blanches et fort faines. De-
plus on a découvert dans le voifinage de ce.
havre une veine de terre graflè d'une qualité
requife pour faire de la brique. Le gibier four*
mille encore dans ce lieu et y eft fort bon.
Malgré
(70)
Mépé tous teê ahrantages, ft iidfere ou fent
^«dquefoifl les iiabitst» par des talamrités iof
prMieB^ devroit leur faire accorder la penmfltai
de la pfidie. Ceft Me grande erreur de croim
•411e ce iftojrefi de Abfiftance leur ieroit ntgVigar
Pagricidtitfe. Le bavre de Satiit PieiTe et celui
de Tracadieiont des preut es da contraire* L'on
l^t mfime prouver que la pécfae cft un niojren
Ar pour aider à la culture des terres, parce
4ipx*ék donne à ceux qui ta font, la faculté
d'avoir des domeftiques et des beftiaux, au ié^
iwt deTqitels il faut bien que les terres demeu-
sent iBCtdtes. Ce ne ièrott pas le feul avan-
tage que les hrixtans tireroient de la pêcfae,
le pc^Sôn qu'ils pouroieht <:onferver et le lai-
tage de leurs befliaux fupleroient au défaut 4!cs
mauvaiiès années et repareroient auffi les ra-
vages que les &uterelles et les mulots font dans
leurs grains. Ces animaux f^t les lieaux du
pays. Les mulots dans les années où la feine,
e^p^ce de «Mifette qui vient au hât«è, 4k abon- .
dànte^iortent de leurs tanmercs, devoreiit tout
ce <[u*ils trouvent dans ks bots et dans les
campagnes, julqtt*iGe que ne trouvant plus rien
à atianger, ils 'fe pi éeipiseift dans la mer où il$
cipmntsqiarmmnBnt trouver ides^alunens. Après
ceux ci dans ks teim desfdutst des debordemqns
iet-^viOMs et par les brouUlsnds, viconent les
fau-
Cmtexéltê qui famt à kur tour les mêmes n*
ragek Ces acddeos veduifeat fowrent les liahi*
lans ^ (bat au nombre de deux cens un» m unt
grande bû&c, et ils étoient piecifement dam
cet état loiiqiie nous £(imes chez eux.
Noii6|Murtunes de Malpec en canot» et ajuroi
a? oir traverfé une baye de ttois lieues» noua
fijaies débanguer à un petit niiflèau qui n'eft en»
tretenu que par la filtration des eaux qui fejour*
nent dans les terres très bail^ et aquatiques des
environs. Nous prîmes notre roule par un
diemin qui commence au bord du ruifleau et
icourt une lieue dans le fud. Il eft praticable
avec des chevrettes, traverfant les bords d'une
hayc a l'autre. Nous y vîmes les terres cou-
vertes de bois franc et fur tout d'une prodigi*
eufe quantité d'baricot, effvece de pins et en-
fin nous anivâmes k Bedec.
lit havre de Bedec eft habité par huit fa^
mUles dans lefquelles nous comptâmes qua-
rante quatre perfonnes. II eft fituée fur la
côte du fud de l'ifle à feize lieues du Port de la
Joye. et huit de la baye verte de TAcadie. Les
terres y font très propres à être cultivées. On
voit de belles prairies fur fes bords. Son entrée
eft forn:iée par la pointe de Tifle de Bedec fur
les terres de Teft et par celle du oueft*nord-oueft»
fur les terres de Jt^uefl. Ce^ deux pointes qui font
le
( n )
le fud-eft et Toueft-nord-oueft, font dtftantes de
CtX)ts quarts de lieue. Le chenal qui &it \i
hord-eft et fud-oueft, peut avoir un qu'art dé
lieue de large fur quatre à cinq braffes d'eau
à marée bafle. Après avoir doublé Tifle dé
Bedec fon havre fe divife en deux bras, l'un
court dans le nord-eft environ une lieue et demie»
Tautre trois quarts de lieue dans le fud-eft. On
peut mouiller dans les deux par quatre à cinq
bradés d'eau à marée baffe \ mais pour mouiller
avec plus de furetéj il faut pouffer dans celui du
(ud-eft qui eft à Tabri de tous les vents.
En quittant le havre de Bedec nous fuivîmes
la côte et arrivâmes à la rivière de la traverfe,
et après y avoir compté feulement vingt trois
habitans et avoir remarqué fur les bords des'
prairies propres à entretenir quantité de beftiâux
et beaucoup de gibier, nous nous rendîmes à la
rivière aux blonds en fuivatit la côte pendant
trois lieues. Cette rivière s'enfonce quatre-
lieues dans les terres du nord» Ses habitains
au nombre de trente fept font établis des deux
côtés à une lieue de fon entrée. Les terres
que nous y vîmes défrichées promettent beau-
coup, et celles qui ne le font pa^t, font couvertes
de bois de conftruâion. Cette rivière qui
n'eft praticable qu'en chaloupe, a de bielles
prairies fur fes bords et de très bon foin.
Nous
im)
Nom fbivimes la côte et arrivâmes à la ri-
viere aux Crapaux où il n'y a que treize ha-
bitans et rien de remarquable. De là nous
fûmes à l'anfe du nord-oueft par la cote qui eft
fort baflè et «xceffivement chargée de bois de
toutes efpeces. Nous y (Comptâmes trente ha-
bitans. Nous en partîmes pour retourner au
Port de la Joye dont nous n'étions qu'à trois
lieues; mais auparavant nous defcendimes à
Tanfe au fanglier pour voir dix pauvres habicans
dont la mifére nous fit une grande ()itié.
Au refte depuis la rivière de la traverfe jui^
qu'au Port de la Joye la cote fourmille de toutes
fortes de gibier de mer, fur tout de beaucoup
d*oijtardes, crevans et farcelles. Elle a beau-
coup de belles prairies qui rapportent de bon
foin et pourroient même en fournir au refte de
Pifle pour ceux qui voudroient le faire exploiter.
Il feroit cependant encore plus convenable de
faire une augmentation d'habitans et elle pour-
roît être confiderablc fur tout à l'anfe du nord-
oueft.
On trouve auffi dans les bois francs quantité
de renards, martres et lièvres, peu de perdrix ;
mais on peut s'en dédommager fur les beccafles
qui forment des nuées épaifTes et font quelque- -
fois fi familières et fi tenaces fur les terres ,
qu'on les tue à coups de pierres. L'abondance
E des
( ^4)
des eo^piiUi^ eft «More d'tMii g^aadb ref»
foufoe*
Enfin nous voici revenus au Port k Jo^
et à /a «tefcriptian» Vêa/k de ee piort «quMe
fous le nom 4e l'ei^ <À b Pointe PriOHs. «ft
fomioe ptr U .pointe de ce ^nonm iUoee &ur les
terres 4tt (ud^vdHcft.derentRié du|fort,. ^.pfur
la pointe du nord-oueft iituée fur celles tlu
Dord*oueft qusrt dt nord de h dite entieet
Ces deux pointes, ions le iud«eft et le aorfl*
oueft. La diftance de l'une à l'aïuie eft de
.deux Ueues et deniie en ligne dÎ0eâe fur içpt de
circuit et deux Renfoncement.
Son chenal eft nord ^uart oord-eft et fud
quart fud-oueft de l'entrée, courant jufques
dans le Port la Joye. Il a généralement per
tout icpt à huit braflès d'eau à marée bafiè let
dans des epdri^ic^ il y en a neuf. Sa larg]ni|r
affês inégale efteftim^ un quart de lieue.
Les meilleurs pilotes du pays aiTurent que
lors que T^m eft par les cinq bral&s d'eau» ce
n'eft pas le veriti|ble chenal et qu'alors il faut
furriver ou venir du iof, iiitvant le parage qà
Ton fe trouve. On lai0e Tifle du Gouverneur
^ droite en entrant. Il £iut iè défier des hauts
fonds ou plaquets qui avancent beaucoup au
)ar|ge et qui font un coippofé de rochers.
( is )
\JjAfi dji Gouverneur qui eft d'une figure
coode ^ une lieue et demie de circuit fur une
daxû lieue de large. On y trouve des bois
francs- de différentes efpeces et beaucoup de
^ier.
On laiflc auffi à gauche en entrant Tifledu
>Cocnte de Saint Pierre dpnt on peut approcher
jJus près. que de Tifle du Gouverneur, fes fonds
étant -fort unis. Llle a un quart de lieue de
Jongt et quatre cent toifes de large, et eft cou-
yeKe de prufTes» pins et fapins. On peut y
aller à pied fçcA niaréeb^fle par une barre. qui
4é<K4ivj:e ,et prend :depuis la pointe .du nord-
ctueft. Ç!eftirur cette barre et le long des bords
,de rifle que l'on trouve encore une prodigieufe
quotité d'^outardes, crevans et beccafiès.
Le Port la Joye eft fitué au fond de Tanfe
.de la Joye, à cinq lieues ,de k Pointe Prime
en fftîAïQt Je circuit de pointe en pointe. JI
eft.fQfiDe jKir la:poiiite à la Franibpife fituée fiir
ics xeircs de l'efi, et par celle à la Fl^ime f^tuoe
/ur celles de l'oueft. Ces deux.ppintes font efl
iqiiai;t nordi^ et Queft quart .i^d^toueft. Lenr
^li^ance aft d'un quart .de lieue. X*e chenal
qui paflê au milieu de ces. deux pointes peqt
.avoir trois cent br,afles dans /a plus gr;u)de jai-
geur f^rhuit br^flès d;ea^ ^ n>a4^:baiiè.
E 2 La
( 76)
La rade qui eft à un quart de lieue de Tentrée
fe trouve entre deux autres pointes, diftantes
J'une de l'autre d'un quart de lieue. Il jr a
un bon mouillage de neuf brafTes où le fond eft
vafeux. Il s'y décharge trois rivières venant
du ouefl-, du nord et du nord- eft.
L'embouchure de la rivière du oueft eft
formée par une de ces dernières pointes fituée
à gauche en montant et par la pointe du nord
k la diftance d'un quart de lieue. Cette rivière
qui court quatre lieues dans les terres confèrre
prefque par tout la même largeur.
L'embouchure de la rivière du nord-eft eft
formée par la pointe du nord de la rivière du
oueft et par la pointe de l'eft de cette rivière
du nord diftantes d'un quart de lieue. Elle
court quatre lieue dans les terres.
La rivière du nord-eft eft formée par une
pointe fituée à droite en entrant et par la pointe
de l'eft de la rivière du nord. Ces deux pointes
font nord-oueft et fud-eft, et la diftance dç
Fune à l'autre eft de neuf cent braflès. Cette
rivière s'enfonce neuf lieues dans les terres.
C'eft une des rivières des plus habitées et avec
raifon, car la terre y étant plus légère et un
peu fablonneufe, n'en eft que plus propre a f^
ciliter la culture fans être pour cela d'un plus
fnauvaijs rapport»
Après
. Après avoir parcouru tous ces lieuxr nouf
fllffles à la rivière de la grande afcenfion qui eft
à trois lieues au fud du Port la Joye. Elle eft
forint par la pointe de Toueft, et par celle aux
bouleaux fituée fur les terres de l'eft. Leur
diftance eft d'un quart de Heue. Après quoi
cette rivière fe divife en trois bras, qui courent
dans Feftj nord et oueft environ trois quarts de
lieue* On peut les remonter avec de petits
batimens. A Textremité du bras qui cuuic
dans le nord-oucft un petit ruiiTeau vient y
joindre» et il eft afles rapide pour qu'on put
conftruire en ce lieu un moulin à fcic, d'autant
plus que les bois francs y font abondans et à
portée. Tous les endroits ibnt habités plus ou
moins k proportion de. la bonté du terrain^
mais comme tous ces habitans font peu feparés^
tant cntr'eux qu'avec ceux du Port la Joye»
quand je vous aurai fait remarquer les lieux
qui méritent attention^ je vous dirai le dénom-*
brement que nous fîmes de ceux qui les habi-
tent* Nous allâmes donc après avoir . parcouru
les rivières que je viens de vous décrire, et
après avoir été à la petite rivière de Peugiguit,
et nous entrâmes dans celte du moulin à fcie; et
toujours en vifitant les habitations, nous par^
courûmes la rivière des Blancs, et vinmes à
Tanfe du BuiiTon fituée fur la rivière du nord-
E 3 eft.
(7»)
eff, <ie H à Pafhft aux nidrts, à la ^tKe tfteA-
fion éti atfx pirogues.
EiT ptoarit dé fafife aux pimgtM ittMâ
fîmes route pour celle* du Comte éô Sahft
Pierre en- doublage lés plaintes de Mtitgatftitë
cf dé la FramMïfe, rioM f arf ivâurtsr Hàié
1 efpsiee d tnle dcMi^"nei!iré« IfCS" t^trdé <iM en**''
virons de cette Mit fortt dfles bonneé, nfti»
les prairies y iAart(|uent et par cohfdqubnt ït§'
beftianx. Lé n^ême dëfauc efl! k i'anfe MttX
pît^ogue^ auquel fa pi6tHe ^emf^dti fuppiér.
A p^it'^cf dMbrteé« de f%ti«t'à\i Côitiià' à!
Sâhift Pllél-i^, heUà tm^^intcS ViMà tat tttMfi^
lâts. Ëffélf fôfit Fiiné rt l'^iutl^* fSttéer lia U
c6tt dtt fed* éé ii Baytf du PWt k Joye. j'e
n'af (iKofht de dêtcfipfioA à voué an &ife, éàt*
clfâ Hé folVt côhâdénibtés ^ué pafcef q'ùMl<»f
iiMi âSré péù>(éé&. tu cété èfi ccf Héd ta ik^ '
pitét de fa Hvièfe dti ifôrd-éft paf M \ScAs t^
épth qùt fédd léxif dïttànté âëpmiéwi jùi^tfh
Kpt lieues. Au lAùiéu dé ce bôis tû h thmtn
jrôïsrl déà trois ri\^ierés. H fut eom^ieifcé pif
lé Cotme de Raymond, et prend depuis la
pointe à Marguerite jufqu'à la pTefquMfle de»
ttois rivieréè. On poufroit foiré un très bel
etàbliffement fut cette partie de Tifle. Lé*
beaux boiS) les pratriesr, les bonnes termes, la
quantité
tfmÊki dr gibietr et de pOiCon. àotiimii enW»
dcî ij établir..
hjmt èàkVzàh au» matelots et an petit
iBMiîfj nous parrîncs de ce dernier endrotc
âoigni* dt deux lituci Ai Pbit h Joje, et en
(onnMmaâMKiit b cSte^ qui eft ferrbai& et
dMvg^ v^ touCtu loiftey de* boi^ j fions amVâtnea
ik ht grande adië et fime» route par K» grande
afcenAoïi. Noue trouvâmes fur cette rivière
que je You» ti déjà décrite, des bob propres à
la oonflmâion des batimeiu.
Après avoir paflS 2t la pointe au Bouleau^ à
Ih RM&ce Kritee et à celle i Plnette, noua
ftees au bout dès Àabliflëmens i^ Titit^ et
dÉM tous ces diftretis lieux, en y comprenant
le Port h Jbje, nous cooif^âoïts mille trois
cens cinquante quatre habitans»
Quoique les établiilèmens de Pifte ^. Jean
fc ilniltipBent tons les joursi par Fari-ivée dêa
Acadiens et autres, il relie encore quantité de
terres non établies et auffi bonnes que celles
dont nous avons parlé. Il ne s'agiroit que de
les cultiver pour en tirer les mêmes avantages^
et il .eft certain qu'avec un peu de foin, cette
ifle pourroit égaler l'Acadie pour fon utilité.
Au rcfte Thy ver y eft fort long et le froid
exceffif. Quand on fort dans les grandes gelées
on rifquc de périr de froid dans un quart
E 4 d'heure i
( 8o)
<rheure 3 les neiges y tombent avec tant d'aboflk '
dance que fouvent dans vingt quatre heures il -
y en a quatre pieda de haut. Les mouchest
les mouftiques et les coufuis font encore une :
grande incommodité. Ces infuportables inièâes
obfcurciflbit l'air et s'atuchent aux feuilles fuc:
tout dans ks bois; mais on a remarqué qu'on «
les éloigne en défrichant et peuplant les terrci*
Mats quand on devroit en être un peu tour* :
mente, n'y a*t-il pas partout quelqu'inconver..
nient, et celui ci peut il balancer le grand pro-^
£t que feroît à une puiilkiicc attentive un 4^-
bliiTement ^ien entretepu dans. un lieu (i propre;
à un heureux fyccès. Je fuis aJTuré, MonfiaK».
que maigre l'ennui que peut vous avoir dono^,
une féche defcription, vqus voudriés bien à la
condition de la relire toutes les femaines avoir
la propriété de l'ifle St. Jean et que vous en
tireiriés faon parti. Je vous la fouhaite d'auffi.
bon coeur que je fuis.
LETTRE
( 8i )
LETTRE VI.
Dgs divirs animaux qui fe tr cuvent dans les deux
iJUs \ dila fiche de la morue j de la façon dont
les François la font brumer^ de la colle de
foij/inj tsff.
Monsieur,
POUR fuîvre Tordre que je me fuis propofé,
je dois après la defcription de Tlfle Roïale
et de rifle St. Jean, vous entretenir de leurs ha-
bitans. Dans ce nombre je comprens tout ce
qui eft animé. Mais pour conferver à Thomme
la gradatibn convenable au rang où la nature Ta
placé, je commencerai par l'individu à qui nous
avons donné le nom d'animal par titre diftinc-
tif, quoiqu'il ne foit que trop vrai que fouvent
nous rendons la dilllnâion attachée au feul
mot.
Vous n'avés point oublié la mention ho-
norable quç je vous ai faite des animaux do*
meftiques en vous parlant du labeur de leurs
maîtres, les bctcs à corne et celles de charge
font à peu près ici de même et de la mcme
forme qu'en Europe. Elles y joûifTent aufTi du
travail qu'elles partagent, et notre équité en
cela trop neceflàire pour être méritoire, q{\
E 5 encore
(82 )
encore plus utile ici qu'ailleurs ; le défrichement
des terres incultes changées en jardins remplit
de fruits ou en guerêts, mérite bien que nous
donnions à notre tour nos foins aux ptiirUt
qui font leur fùbfiftahcê. U me feflé donc à
vous parier des animaux pour leftiuels nous
n'avons point d'égard, quoiqu'ils fervent aitffl
à notre nourriture et à nos vêtemens^ Parmi
cètix ci il y en a que vous ne connoifles point
et dans ce nombre le caftor eft aiTuremèHt
l'efpece avec qui vous voudriés le plus faire
connoiflance. Effeâivement tout ce qu'on ft
dit de ces animaux n'eft nullement fabiileUXi
Rien li'eft comparable à leur intelligence, à
leur adrefiè, à leur prévoyance et à leur ac«
tîvîtc. J'avouerai tjue fouvent en Voyant l'or-
dre, rinduftrie, la fubordinàtion exaâe et at«
tèntivc, qui eft parmi eux, j'ai dit en ihoi
même fi ces bètes n'ont pas une ame conuM
la liotré, y perdent-elleë beaucoup avec un in-
flirift fi fût ? Et cependant àù lieta d'admirer
en eux dek arts qUê hous n'avons qu'imité^
nous allons fouvent les troubler et interrompre
dans leurs Dàvrtiges doht un maçon habile
rougiroit quelque fois* En vérité j'ctn fuis fou*
Ytnt affligé et j'aimerois mieux ignorer que
leur peau eft bonne pour couvrir ma tête et
mes pif ds «infi qu'à d'auties uiàges, et n'avoir
jamais
( 8, )
jamais 1^ que kur chair cft excellente. Mais
jpnifque je rie puis les arracher à un fort qu'on
devroit leur épargner, il faut que je profite
comme les autres de leur malheur, auffi bien
]es fftuvages n'en tueroient pas moins ici et
ailleurs, quand je m'épuiferois à déclamer contre
leur cruauté.
Je leur abandonne avec moins de peine le
refte du gros gibier dont la chafie eft leur oc*
cup^tion chérie et prefque urûque. Les ours
fbnt de même qu'en Europe il y en a quel-
qu'uns tfont le poil eft bhnc. Leur gniiTé
Aourelle qut eft plutôt f^ut huile eft bonne à
manger et la chair dçs ourfonséft fort délicate.
L'orignal, eft gros comme un fort mulet, fon
poil qui eft fort épais, tire fur un brup gris en
été et devient prefque blanc en hyver. Bien
des gens çroyeht que cet animal eft le même
que l'on appelle élan ailleurs.
Le Caribou eft une efpecé de daim. 11 a
ainft que Torignal la tête garnie d'un bois i
peu près comme celui, du cerf, peut-être plus
long et dont les branches font prefque plattes.
L'on maiYge la chair du Caribou, mais celle de
l'orignal' lui eft préférée ; on en fait de la
foupe auffi boilne qu'avec la chair de bœuf.
Comme il n'eft aucune efpece d'animal qui
nait, outre l'homme, ion ennemi nature),
E 6 l'orignal
(84)
Torignal trouve le fien dans le Quincajoa. Ce .
dernier animal reflemble à un gros chat. Son
poil eft d'un roux brun. Sa queue eft fi longue
qu'en la relevant il en fait deux ou trois tours
fur fon dos. Au refte cette longue queue eft Ton
arme d*attaque. Il en entoure l'orignal après
ravoir accolé avec fes grifFes, il le mort enfuite
au col au deflbus des joreiUes et le ronge ainfi
à fon aiiê jufqu'à ce qu'il tombe fans vie.
Mab ne croyés pas que le Quincajou ait tout
feul l'honneur d'un combat qui paroît fi inégal»
il s'aflTocie et fe concerte avec le renard qui,
facilite l'attaque en furpren^nt ou amorçant
Tennenii. Ainfi, Kionfieur, vous y'oyés que
ce n'eft p^s parmi nous uniquement que l'arti-
fice et la méchanceté l'emportent fur la force.
La marche de la nature eft uniforme, et c'eft
fans doute pour, mieux nous faire fentir fa K-
beralité dans les biens, qu'elle difpenfe avec la
même égalité les maux. Les fauvages recon-
noiflènt avec un inftin£l furprenant la pifte de
l'orignal. Ils diftinguent même s'il eft mâle
ou femelle, jeune ou vieux, à quelle diftance
il eft d'eux, et ne le laiiT^nt point cchaper,quand
ils devroîent le pourfuivre plufieurs jours.
Les fauvages après avoir réduit en poudre .les
os d'un orignal, les font enfuite bouillii:. • Ils
amaflènt la graifie qui vient fur l'eau, et en
tirent.
( 85 >
tirent^ ainC que de la moele, jcinq à fix livres ic
graillé blanche comme neige et ferme comme
de la cire. Ils fe refervent cette provifion pour
vivre pendant leur chafie* Ils la nommeot Ca-
çamo et nous heure d'orignal.
Il y a encore ici beaucoup die loups cerviers
^nt la chair a le goût de celle du veau. Les.
porcs-cpics, les loutres, les martres» les vifops^
les pichouxy les chevreuils et les rats mufgué»
font bons auiS, tant pour la nourriture que pQur
tenir leur rang parmi les bonnes pelleteries.
je ne vous ferai point la defcripûon de ces
animaux; .tant.d'autres en ont parlé avant moi,
que ce ne feroit qu'une répétition. don^ vous
pouvés vous paflèr.
Quant au petit/gibier, nous avons quantité
de tourterelles qui font bonnes et abondantes
en Juillet et Aouft, des merles, pieds rouges
et allouettes, des corbejeaux gros ^ peu près
oomme la beccaffe avec le même bec, des per*
drix de trois efpeces \ les unes reflemblent aux
nôtres, d'autres font aulS grofFes que le phaifan
et les dernières tiennentde la gelinotte. Les
ortolans font ici auiH bons qu'en provence»
Les lièvres font plus petits qu'en France, gris
en été et- blancs en hyver. Pour des.beccafTes'
et beccafiines je vous ai déjà dit que nc^s n'tn
man(iuions pas*
Les
( 86 )
Les côtes de ces ifles fourmillent auili une
partie de l'année, fur tout pendant le primtems
et i^automne, de toutes fortes de gibier de mer,
comme outardes, crevàns, coftnorans, canards
d*eau, canards bmncbus, très bel oifcati, ûr*
telles, iiîDjraques, becfies, câcaoui$, marchaux,
rtc^os, binnes de roches, goelans, efîerlets ou*
cttetlofs, mttrgôts, godes, pigeons dt mer; pe-
rtngouins et beaucoup d'autres efpeces dont
j*t)biAets les nomi pouf abréger, me tiefervafct
à vous les h\rt connoîtrè quand je pourrai
ytïus th feire rïtàtt^tt; 'Je fotrs tlirttî pourtant
etitôrt quelques tndt^ -de quèlqu'itns det tMi^î-
rfiaux qttt jé-T0U8 ai nomhtë.
L'outarde ne pond que de ^deiDr eh deux iifii
et change de plumage peâdaiît fon amrii^e de
itpos; mats commis outre cela elle fie côm*
mence a pondre -qu'a la quatrfétlle,'pour re«
parer h tem» perdu, elle a qtiînafie o« feiae
çeufs à la fois. Elle fait malheureresnenc te
nîd dans des marécages k platte terre et les re^
nards en dëtruifent beaucoup. Da refte die
s'apprimfe comme Vayc jst devient m^iUeure
que loriqu'eile éloit fauvage*
I^tT^vant plus petit que routarde eft tadl*-
leur que votre macreufe, c^eft un oUfeau de paf»>
Age. ht goyiand çft piui g^oi qu'un pigeon
et vit de poiflbn. Les ceufa de tous ces oifeatts
font
ih)
Ibfit hùtA k fiaanger excepté ceun du cor-
iBorAitf
Ces éivcti oifeaUJlc paflcnt par tourbillond
pour aller faire leur ponte au primtems fur les
Iflès «tin oilêaux qui appartiennent aux Anglois.
lit rangent ordinairement la pointe blanche
fituée k un quart de lieue de Louifbourg. Il
$y fait alorft tin carnage fi prodigieux que Ton
y tire par jour jafqu'à mille coups du fufil.
.Cette efpece de chaflè foulage beaucoup les
hibitftns qui manquent ordinairement de viande
ftliche dalMi ce tems^ quoique la plus part de ces
ëilbux aquAtîqtiel ajrent un goût d*huile que
leur dohné te poiflbn et le goiiilond dont ils fe
toitrrinènt. Ce goimond eft une efj^e de
grande herbe gluante et d*un jaune brun que
ta mer depofe ie long de fes bords;
La pêche étant tfoe des meilleures preduc-
ttons de ce^ ifles, mérite bien un article plus
étendûi particulièrement la pêche de la morue
qui en fait la richeilb.
Dans les rivières et le^ lacs qui font dan«
l^nterieur de ces iiles on pèche de très bons
£iumons, des truites, des anguilles, des 2pe-
lans ; dans la mer, deis rayes, dès tanches, des
alozes en abondance, des eturgeons, des plyc5,
des maquereaux, di^s gafparaux efpecé de ma-
iiuereauy mais plus petits^ des bars qui- ont la
forme
(88 )
fgrme du brocher, auffi grands et dont la chair
eft blanche et ferme, des harangs et du côté de
labrador des baleines, des huites, des hou-
mards, des moules, des palourdes, &c.
On prend le long des côtes de la mer des
loups marins, des marfouins, des vaches ma-
rines et quelquefois au£S des baleines. L'on
tire de ces poifibns de Thuile et autre chofe
dont vous connoilfés Tutilité auffi bien que
moi.
On a fait de la colle de poiflbn avec des re-
quins et on préfume qu'on pourroit en faire
avec toutes tories de poiiibns cutanés tels que
le font ceux là, ainfi qu'avec des marfouins,
des feches, des monftres et autres poifTons ians
écailles. Comme la manière d'y reuffir eft
peu connue. Je vais vous la dire, oar vous
pouvés être fur que fi vous vous en fervés qu^d
vous ferés ici, vous ferés très fatisfait du fuccès.
£n effet fi on s'appliquoit ici à cette efpece de
colle, la France pourroit fe paffer de celle
qu'elle eft obligée de tirer du levant et de la
Hollande. Quoique l'objet paroiffe au pre-
mier coup d'oeil de peu d'importance, il cef-
féra de paroître tel à ceux qui favent combîea
il importe à un royaume de ne pas tirer de
l'étranger ce qui lui eft neceflaire dans quelque
genre que ce foit.
On
(89)
On prend d'abord les . peaux ou cuin 469^
pcûflons qae je vous ai^nommés ci-deflus, leurs '
nageoires, queues, têtes, arrêtes t ou cartilages, >
en un mot tout le corps du poiflbn, excepté la
chair et la graiflè 6u huile. On met cuire
toutcis ces'pàrties avec de l'eau, on les preferve
avec, loin deila fuinée et^eitout ce qui pourrdit
rouffir le bouillon. Quand l'eau a pris toute
la fubftance qii'elle peut tirer * du poiflbn et
qu'on voit qu'il eft bien cuit, on laifie tiédir
et repofer le boiiillon. pour le tirer au clair»
(eut «n le pailàçttjii travers d'un tamis ou d?un:
Ikige. . IÇn&EÎiciih iaitriencone cuire :ce bouillon
avec les mêmes précautions jufqu'à ce que les
goûtes qu^on latfie ^tambér ;fafièiit corps en te
refroidiiËint. : Quand on: juge- par là que la
colle efl faite, on -k îaiflè un peu. refroidir»
mab pas affés pour- empêcher qu'elle ne puifle
couler fur des tabjeç -de pierre, de cailloux Ojn
d'ardoife où l'on, la jette. On pourroit même au
défaut de ces. commodités, la jettcr fur d'autres
cbofcs, en obfervant d'y mettre deflus des
feiiilles de papier dont on releveroit les bords,
parce qu'il faut bien obferver que cette colle
puiflê s'étendre et fe lever fans s'attacher.
Quand elle a fait corps, on la tortille en gaufFre
et on l'eniîlle pour en faire des cordées qu'on
Iaiflè (echer à l'ombre 3 et lors qu'on a été ob-
ligé
lige dt.bfaiie fvi du ptfiet^ m né kihBttclé
p#ini; an littt de cdjkott littootiUe le ffipin om:
deriansy Ott OD ne k tcntillr fAsu
Lei colle faite de. cette façon tft plus onimmat
ptr&ke b^on là plus on moki» de ibin qs'oiÉ &-
pm kbr cliiriiMr tt à 1» CQDfarver<ki|&eoulnii#'
ËUe fediiSMC «otakmtiitdmrFdan;fiiiis)i kiftcr
aHBim isaoc*- ::i.-;f'
Maiiipair<ydK ssusvnilàiesi train do vous t^
vdkr nos ftêcctSy il hwt que je vpas ifiprcoiir
la fifOB dont nous fschom la morve qtâom,
pfaHeiendnlotipe pcndaatl^ ttiortSTenitii
pnÉiqiiri die eft: hBapwpiHfeaieqiceftplus efli»
nAc f«» edlc de M» «oifinti. '
V Les dudoopfli tmcnwit ocflinalnamHfc k
mrrt! choqvr jàiir et jeftMl leur mont» ht
VédMÀat. Vu de» fëchtm% à^^ on doww
k^iMm de II>iÉo0leâr, «iroe iM cosicait fui elk
^nltf te à d^xr eriKtdnJihsg Vuidt ta mofwrtt
lut ititfipt h teie qu^l fepared^ €orp2>. Vn nmm
fiCcheiir'pouSil oetfe. mérM au tnmcbour tpt
oft vîipI^tîs de kfi contre une taUe dvefG^o (ot
r^diflfaot. Co dernier avec «n couteau i un
feufl trandianrt mais qui a en longueur &k
p«niifiB8t^ £x bittt lignes en largeur, et qoi oft
fort épais du côté du dos pour en augcbeocer itf
poids, tiré l^rète depuis les deux tiers du côté
de la tête^ et laifiê «tomber la morue dans un
ton-
(90
MItaém; Le faleur la tnnfportë mSitAt )
l'écart dîna ce toftncau et Ty arrange, là peau
en baa. Il 1* cbwvire enAiite de frl^ mais très*
legeremenr, en arrangeant lits par Ut» ce» mo«'
niafeles une» (ur les autres.
Après avoir laifle la morue dans ce iêî peu»
da«r iroi» ou q«itve joMs^ ^uetquefoi» pendant
h«i et OMine au de \k feioA lé tems^ on lar aiet
dans ce qn'on appelle le lavdi^ ec on far
Inve bien. Enfinte on ca fait de» pilles qn'ois
appelle pâte ou arime. Lorfqu'il fait be«a
tentf eo Vimné d'nbctfd la- pcaw êtfV^ flir dbs
clj^etnt de àafê ^tâ'ém «pptflJis vigflaM, ^lé*^
Tée*d« tene d'envirdn dèii» pMh, otf firt d«â<
pianes afpcUéis graves^ O* ki tourne ««ttht
1» Mh In fMa eif hnut ef ôii en irie airtfi (oùlee
Ini fab qiifU Rnobn de bi pte^e. Qifand dte n
«B pnn fêclé, «n la aiet par paquets de cinq Sb
fin, t u ayi u fi In pctu cw haot pendnnt la nuîe
et dans les «autais ieR0r On eoftfiniie h
rânodro pllis on moins de jours félon que le mus
faTorffis et juiqu'à ce qu'elle foit à demi (iehée.
Alors on en fait des pilles en rond ou en forme
de tolombîefs. £Ue refte dans cette pofiliofi
pendant quelques joucrs, après quoi on la re-
met à Tair en la retournant ièlon le befoin
avant que d'en faire de groitcs pilles dans la
même forfne et dans leiquellcs on la laifle
quelque*
(90
quelquefois quinze jours (ans la changer ni
retendre. On la remet encore à l'air et quand
elle etl presque féche, on la raflemble et onf I»
laiflè fuer. .On la change enfuite une feule
fois de place. On appelle cette dernieie ope- .
ration récapiler»
Enfin» cette morue fabriquée ainfi» eft ordi*.
naircment auffi belle que bonne, plus ou moin»
cependant félon le tems qu'on a eu et félon que
le maître de grave a de rbabilité et de la dili*»
gjcnce.
La. flBonie que Ton prépare au printems et
avant )ei grandes chaleurs eft ordinairement la
plus belle, d'une meilleure qualité et la plut
bromee» fur tout quand elle n'a ni trop ni trop
peu de (U. Le trop de fel la rend plus blanche»
mais fujette à fe rompre et à paroître humide
dans les . mauvais tems. Au refte le Lingard .
qui,, dit-on, eft le mâle de la morue, eft
meilleur et plus délicat que l'efpece en général.
, La morue qu'on pêche pendant l'automne»
en Oâobre, Novembre et Décembre et quelque-
fois en Janvier, refte dans le fel jufqu'à la fin
de Mars ou au commencement d'Avril. On
la lave alors et l'on y fait les opérations décrites
ci-defllis. Elle ne fe trouve pourtant pas plu»
falée que l'autre, quoiqu'elle foit moins eftimée ^
car il eft certain que la perfection de Tapprêt
de
( 93 )
Jic cette forte de poiilbn, dépend de la fabrique
faite à propos, dans des tems favoirables et par
«des gens entendus.
Les batteaux et goélettes qui reftent à la
mer depuis vingt jufqu'à quarante jours à la
pêche de la morue, la décolent et la tranchent
k bord, et de retour à terre les pêcheurs fuivent
la recette que je vous ai détaillée non fans
railbn, car il eft effentiel à ceux qui veulent
£ûre quelque commerce ici, de fe mettre biqn
au fait du principal commerce qu'on y fait.
La morue que les Anglois . fabriquent eft
fort différente dé celle-ci, et n'efl pas à beau-
coup près d'une auffi bonne qualité; d'abord
4>arceque le fel dont ils fe fervent étant minerai
efl plus corrofif et lui . donne un goût acre,
enfuite parcequ*ils fe donnent moins de foins,
n eft vrai qu'ils font auffî moins de frais, et que
leur pêche eft plus abondante, C'eft ce qui
fait auffi qu'ils en fourniftènt TEfpagne, l'Italie
et même les colonies méridionales de l'Amé-
rique. Ils en tranfportent dans ces lieux en
quantité d'autant plus qu'ils la vendent à m\
prix beaucoup au defTous de celui des Fràpçojs
qui n*y en portent que tjçs peu. Jufqu'à
Louifbourg les Anglois font ce commerce,
et quoique ce foit une contrebande très ex-
prei&ment défendue, foit parcequ'on ferme
les
( 94 )
iof -jnens, bit fagotqa'tm ne prend pis iflcs
àt puammis, cette contrebande va toojouis
ion train. D eft vrai qu'en revanche noCre
morue étant |lius efinnec des Anglois, il» s'en
fouraiflent chcx nous pour ceux d'cntr^cnx
:qiii ont k goût plus dâicat. Ne vandfoit 3
4lonc pii mieux que les ^ieux nations, en par-
t^eaat ^galcoient 4es iimis, Pbabileté et la
fenite, ptrtageaflênt aufilet «vannées. Vous
«vés Pe^t trop jufte pour n'en pas c on v eri t ^
et en«itme tems le cœur trapbon pour ne pas
a pp wcsfr gHw tsoâitude» quelque peu propre
qè^le fok ) ^eus amufer»
L E T T R E Vn.
ï)is Jàmfagiif ébJntri nmurs^ fgc. DeswÊayens
que liS Frofifm mrtUnt iU ujagé^ur la «r*
tirfr dans lêur fartû
'Moir»iBiH(,
SI je ftthrois'ridé? que la plus part des £ur6.
peans ft font formée des fauvages, je ne
vous donnerolr ces derniers qu'à peu près comme
des fiasples pvoduâions des ifles que Je vous 4i
décrites } mais je fuis trop éloigné de cet amour
propre abfurde qui prétend avoir le droit ex-
^ufif de la raifen. Je l'ai prcfque accordée auK
caflors.
■ ( 95 )
<«iAom»\ctiàMNi.dc8 iffoêi jce^ Mnixoaux aoiit
JufpsJSsnt. 'J'ok donc vous dire jque les iîm-
Itn^s aou6 égflkiit. <2e:ne'fin!a:pourtsaitipoiiit
uniquement pottr iproiiwer cette alEaxian» et
|x>«r «contenter iVQtce ourioTit^'^e jkntrerai
lésim le iplos 'gland J^ait fiir oe qui ies/con-
■eeme* . La icomiofflance dçs hommev: qui- dif-
fiiirent Ue noi principes et de fios ^ifaget «ft
trop necéflaire quand on ve«iC tnîter avec ^euK,
pour ne 'pas devenir «n dl^t eflentid. Nos
voifins le9 Anglois qâi^ |iar leur caradére-moins
liant qtfc 'le nôtre, ont -négligé ce pdnt iauper*
tant, ne fc lotit pas afies ^bien trouvés de cette
négligence, pour nou$ donner entie de les
imiter. On ne feroit pas fi ftirpris de les voir
moins aim^que nousde eesfieiiples aux* quels
ils peuvent fiîre iutant de bien tjqe -nous, '%
" Pon confideroit que ce que l*on felt en faveur
de cewc'<dont on veut gagner 'la bienveillance»
doit être guide par le goût qu'on reconnaît en
pux. Je n'accorde pas même aux François
favbir làifi entièrement. cet art i'Pégaïd des
iauvages. La plus grande partie des voyageurs
nous en ont donné une idée trop aviliflânte ou
trop haute. L'habitude et la fréquentation ac-
jcompagnées d'une attention exadb, peuvent
feides éviter deux éceuils également à craindre.
On doit accufer de ces deux éceUlls la pâreflè
des
( 9^1
d» efprits fuperficiels qui trouvient plu9 com-
mode de regarder avec une admiration outrée»
ou avec un mépris encore plus outré, ce qu'ils
ne veulent ni ne fçavent approfondir.
U n'eft donc point vrai, Monfieur, que les
iauvages, avec un extérieur et des u&ges qui
nous paroiflènt barbares, âyent les fentimeas
aux quels nous appliquons ce mot. Leur £>-
ciété n'eft pas non plus exempte de tous les
défauts qui altèrent il ibuvent la douceur de la
notre. Ce n'eft que fur le nombre de ces ; dé-
fauts qu'ils gagnent, car ils en ont beauçoMp
moins que nous. . Cependant comme ils fofic
de fang froid et quelque fois par principes, les
aâions aux quelles les pailions les plus violentes
nous 'entraînent, la pierre de touche pour.di-
ftinguer ce qui n'eft qu'un égarçment de l'^rprit
en èux^ ou un penchant de .çoeur,^ e;^ afies
difficile à trouver,. On ne lauroît y parvenir
qu'en faiiknt une fouftraâion très exaâe de
tous les fentimens qui font inutiles aux^befoins
et à la confervation de jChpmme. -Mais démé-
kr ainfi les dons de la nature d'avec les prefens
trompeurs du préjugé, eft peut-être la t&he
la plus difficile pour celui qui a refpiré ces pré-
jugés avec l'air qui l'a environné en nàiflant.
De là vient l'efpece de pitié que nous croyons
due à nos femblables, lorfqu'ils font privés des
agreniens
(97)
agremens de la vie, que nous ne pouvons nous
refoudre a cohfiderer comme des biens étran-
gers au bonheur pour ceux qui ne les con*
npifiènt pas.
Les (auvages étolent peut-être les feuls heu-
reux fur la terre avant que la connoiflànce des
objets qui ne dépendent pas abfolument de Pin-
dividu qu'Os feduifent, eut changé la fîmplicité
de leur goût et de leurs defu-s. Quoique nos
erreurs à cet égard n'aient point fait encore dé
grands progrès parmi eux, s'ils pouvoient en-
tieretiient dépouiller leur ame de celles qu'ils
ont reçues, ils ne fe croiroient pas obligés de
nous remercier de ce bienfait que nous leur
faifons tant valoir.
Le mélange des mœurs les plus oppofées»
des défauts des bêtes les plus féroces, avec les
qualités du cœur et de l'efprit qui font le plus
d'honneur à l'humanité, nous a d'abord paru
en eux un aflemblage monftnieux. Nous au-
rions pu remarquer fi nous Teuflions voulu^
qu'il étoit une fuite de ce même principe, ou
inftinâ fi vous voulés, de confervation et de
défenie; principe que les circonftances nous
font regarder comme variable, quoiqu'il ne le
foit ni ne puifTe l'être que par l'art. Ceux qui
voudront contefter cette vérité n'ont qu'à prou-
Ter que nous avons corrigé ces peuples de leurs
F mau-
( 98 ) . •
Riauvaifês qualités, ou que nous avons perfec-
tionné en eux les bonnes. Nous n*avons faiit
qu'en changer rufage, et ils n'ont certainement
pas gagné à ce changement. Quoiqu'il ta
foit, il faut vou» leâ décrire tels qu'ils font.
La haine pour le pouvoir defpotique eft fi
forte en eux et fl générale qu'on ne fauroit la
regarder que comme une de ces pai&ons qui
tiennent de la nature; et fi nous confultons
notre propre cœur, nous le croirons facile*
ment ; ainfi ce ferôit donc la pailion qu'il fau-
droit le plus ménager en eux. L'adrefTe et
non la force, peut feule y fubftituer le préjugé.
On rifque peu à prendre ces voyes de douceur^
puifqu'on a toujours avec les fauvages la ref-
fource de les faire valoir par le fecours de la
raifon. Cette lumière naturelle opère beau-
coup plus fur eux que fur nous. De là vient
que, quoiqu'ils ne connoiflent ni préceptes ni
fubordination, ils joùiflent de prefque tous les '
avantages qu'une autorité bien réglée nous pro-
cure. Leurs loix et leurs ufages font dans leur
coeur, et un fens droit les à'iâç toujours, à
ttioins qu'un extrême befoin n'étouffe cette voix
intérieure. Alors loin d'employer une con-
trainte qui ne ferpit qu'augmenter la fougue
que ces befoins leur donnent, ce feroit les
ar<per du raifonnement dont il faudroit fe fervir»
ou
<99)
cm pour les contenter, ou phxtôt pour prévenir
xes momens. Cette manière de fe 'les afin-
jettîr n'en fcroît que plus fûre pour être volon-
taire. Mais pour acquérir cette forte' d'empire
fur eux, il faut auparavant fubjuguer leur
eflime ; ils ne voudront jamais s*en fier à celui
'qu'ils mepriferont. La moindre contradiâion
entre la conduite et les préceptes qu'on leur
donneroit, feroit à Tinftant faifie par eux, et
leur paroîtroit un defièîn formé de les tromper ;
defièin qu'ils ne pardonnent jamais. . Cepen-
dant s'il eft démontré qu'un homme qui poflê-
deroit parfaitement leur eftime, les gouverne-
roit fans peine, il ne l'eft par moins que cette
eftime eft très difficile à obtenir. Vous vous
moquerés de moi, Monfieur, quand 'e vous
dirai que les fauvages font au moins auiii bons
juges du mérite que ceux qui parmi nous fe
piquent le plus de l'être, rien n'eft pourtant
plus vrai. Ils ont un moyen de juger qui nous
paroit auffi défeâueux que ridicule, parce que ^
l'art chés nous en a détruit la bonté. Oui,
on ne fauroit dire chez eux la phyfionomie
trompe, car ils ne fe méprennent prefque jamais
au jugement qu'elle leur fait porter. Ils ont
fur cela le taâ de l'entendement excellent) et
je crois qu'en voici la raifon. Il n'eft point
parmi eux de ces dehors étrangers qui feduifent,
¥ ^ de
( 100 )
de cette ambition qui foumet et rend e(claves
ceux qui envient aux autres la chaîne d'or dont
la vue les éblouit. L'intérêt même n'étant en
eux qu'un intérêt immédiat à leurs befoins peu
multipliés, eft plutôt l'inilinâ du moment
qu'une paffion dangereufe. Il n'eft donc pa^i
furprenant que dégagés de ces paffions faâices'
qui ont affbiblî en nous le fentiment qui, peut*
être devoit nous tenir lieu de la reflexion, ils
en ayent confervé toute la fQrce; que n'étudiant
que la nature, ils en voyent mieux les reSort^
que nous qui divifons à l'infini notre attentioi^
et que fe laifTant guider par elle, ils en con*
noiflent parfaitement la marche.
Nous n'avons pas gagné à leur ôter une
partie de ces connoiflances et de cette fimpli-
dté. Etonnés de l'inégalité des conditions dont
ils n'avoient pas d'idée, du pouvoir feparé du
mérite, ceux d'entre eux que nous avons éblouis •
par cette oflentation, ne demeurent gagnés par
elle, que jufqu'au moment qu'un nouveau fujet
d'étonnement change leur admiration, Ainfi,
que le Anglois . imaginent quelque chofè de
plus frapant que ces efpeces de fpeflacles que
nous croyons (i propres à les captiver, nous
perdrons auflitôt tous ceux que nous n'jaurons
pas fubjugué par des moyens plus fûrs, par des
moyens
• Çîàt )
ibôyens qtfi n'auront pas' opéré fut les coears
plus qiie fur rerprit*
Dans le nombre de oes moyens qui feuls
pburroient avoir un fuccès permanent, lareli*
gion eft fans contredit le plus efficace ; encore
faut il une attention exaâe fur la façon . de
]!empIoyer. On ne fauroit plier des dogmes
inaltérables félon les inclinations de ceux à qui
on veut les faire recevoir, cela n'eft pas dou-
teux ; mais o;i peut y adapter les ufages. Les
fiiuvagés égaux entr'eux et par confequent
(ans ambition, fans jaloude de rangs et d'hon-
neurs, uniquement hommes, et bornant tous
kurs defirs à ce qui eft neceflaire à l'homme,
ont befoin d'un culte qui remplifle la durée des
n;iomehs qu'ils ne donnent pas à leurs befoins*
Ib en avoient déjà trouvé l'emploi de ces mo-
mens avant que nous les connuilions, et en chan-
geant le genre de leurs occupations à cet égard,
-nous ne devons pas prétendre changer entière-
ment les goûts qui les leur avoient fait choifir.
Ces peuples avoient déjà la connoifTancc de
Dieu^ foit qu'ils la tinfcnt de la feuie raifon,
foit qu'ils euflent anciennement été éclairés des
mêmes lumières que nous. On pourroit fonder
ce dernier fentiment fur plufieurs traditions qui,
quoique défigurées par des fables, reffemblent
^ pour le fond à notre croiance. On y démêle
F 3 l'hiftoire
( loa )
rUftoire du déloge» celle de U création, du,
péché du premier homme, de l'immortalité de
l'ame et même celle de la rédemption. D'auties
arant mm fe font afles étendus fur le cahos de*
leurs pi indpes et la bissnrerie de leurs AiperfU-.
tiens; et je ne tous apprendrois rien de nouveau
à cet égard, quand je vous fatiguerois d'une''
cnnuieufe répétition. Je vous ferai donc feule-r.
ment remarquer Tufage que nous pouvons faire*
de toutes ces chofes.
D'abord elles peuvent être une confolation,
pour nous et un affermiflTement dans la foi $:
car foit que nous fuppofions que naturellement:
ils ont eu les mêmes idées que nous, foit qu'ili.
les ayent tenues, ainfi que nous, par le moy^i,
de la révélation; ou il faut convenir que ce que
la r^ifon porte naturellement à croire eft in*
conteftable, ou il faut avouer que ce qui s'eft.
univerfellement répandu, a des fondemens £>».
lides. Vous jugérés bien que ce que je dis ici
doit s'entendre plus particulièrement de la con-. .
noilTance de Dieu et de la nature de notre,
ame, que des autres points que le caprice des
hommes a fouvent réglé.
En fécond lieu nous pouvons en confequence-
des veftiges que nous trouvons de ces mêmes,
caprices ou penchans, déterminer le culte qui
convient le mieux aux fauvages s et préjugé à
part.
( 103 )
part, c'eft fans cootredit le c^Ite de la commu-
nion Romaine. Que deviendroient ces pauvres
créaturei dont Tefprit aâif ne peut s'occuper
des difièrentçs intrigues çt intérêts qui nous
agitent ou occupent, dans. les momens qui. ne
font pas dçflinés* à fatisfaire ou à pourvoir à,
leurs befoins. Des prières, des cereo»onies rq-
ligieufes qui les frapent et les attachent, leur
peuTent feules .tenir lieu des détails de ces fu*
perditions que nous avons b^nni d'en^r'eMX»
et qu'ils regreteroient il on ne fubftituoit rien
à leur place. Le feul article de la confeâion.
leur oft ahfolument neceflaire. Cet empire
qu'on acquiert par cette voye fur eux, leur-
paroifiknt la forte d'empire volontaire qu'ils
peuvent feule (oufFrir, devient une chaîne d'au-
tant plus forte qu'ils en prennent le poid comme
un bien utile, et en même tems comme un
fujet d'occupation neceflaire. Et voilà encore
une des raifons de l'inclination des fauvages
pour les François. Jl êft vrai que nos ad-
vcrfaires peuvent la mettre à profit; non feule-
ment en laiflant à ces peuples le libre ex-
ercice du culte qu'ils aiment le mieux, mais
même en les confirmant dans leur goût pour
ce culte, comme ce goût leur étant utile à
eux mêmes.
F 4 C'eft
( 104 )
C'eft feulement ' en politique que je leur
donne ce confeil, et je ne doute pas qu'en le
fuîvant, ils ne s'en trouvent très bien. L'at-
tention de choifu* aux fauvages qui feront fous
leur domination, des miffionnaires incapables** de
ftparer rintérêt de la religion de ceux du
prince, leur fuffiroit ; et ils ôteroient par là
le moyen de feduéKon le plus fur à leurs
ennemis. " Vous fêrés, Monfieur, encore mieux
convaincu de la neceffité de cette politique,
quand je vous aurai fait quelque détail fur
'les ufages et les moeurs des fauvages, et je
vous promets de vous entretenir fur cet ar-
ticle dans ma première lettre. U ne me refte
plus dans celle ci que de vous renouyellér
les affurances ordinaires avec lefguelles je fuis^
LETTRE
( 105 )
LETTRE VIIL
Suittj des mœurs^ caraâïeres et aremonies de»
fauvagesy de leur façon de s^ exprimer. . Dif-
cours £un Sauvage Mickmac*
Monsieur,
APRE' S vous avoir dans ma dernière lettre
donné mon jugement (ur les fauvages, il
me refte à vous prouver fur quoi je l'ai fondé.
Leurs coutumes et leurs efpeces de cérémonies
peuvent feules fervir a cette preuve ^ mais on
en a tant parlé qu^I me fuffira de m'arrêter aux
principales dont peut-être je vous ferai des dé-
tails plus vrais, puifque je les ai vues moF-
même pour la plus part ; et cependant celles
que je vous raconterai et celles que j'pbmettraî,
font toutes relatives à ces pafHons Amples et na-
turelles que je vous ai dites être les uniques
paffions des fauvages.
C^eft ordinairement par le choix des plaifirs
et des amuiêmens qu'on juge des inclinations
des hommes, et c'eft dans l'ardeur de ces mo-
mens deftinés à la joïe, qu'on fcrute leur cœur»
Commençons donc par la defcription d'une fête
que les fauvages fe donnent mutuellement lorf-
qu'ils fe rendent des vifites de cérémonie, foit
F 5 comme
( 106 )
eomitfe amis^ parens ou alliés, fc!t en qualité
d'envoyés d'an peuple à l'autre. Il eft certain
que dans ces fêtes on découvre dans leur ame
fine efpece de défir d'eftentation qui fuppoferoit
en eux de Porgueil ; mai» comme les objets de
ieur fafte f(Xit d'après l'eAime qu'ifs attachent
aux chofes nmmediates aux fens, et non aux
chofes à qui refprit donne une valeur arbitraire,
ils 'ne s'écartent pas pour cela du principe quq
j'ai établi.
Celui d'enCr'eux qui reçoit ces fortins de vl-
fites et qui veut y faire honneur, ne fe contente
point de faire de fes trefors un étalagé tôû-*
^ jours mortifiant pour le fpeâateur. Ce ' ne
font point les yeux feuls de (es convives
qu'il veut amufer, c'eft leurs defirs qu'il veut
fatisfaire. Enfin ce n'eft point par ce qu'Us
ont acquis, que les fauvages prétendent â'at
"tirer l'efiime des autres, c'eft par leur libe
ralité à leur en faire part. Souvent tout le pro
duit d'une chafTe qui aura duré' un an, et qui
leur aura coûté des fatigues fans nombre, eft
diftribué dans un jour, et ces diftributions fé
font de la part de celui qui donne avec plus dé
joye encore que de ceux qui reçoivent.
Après que ces largeffes font faites avec ce ton
qui en augmente le prix, vient le feftin d'ap-
parat. Tous les chiens qu'ils ont pu tuer en
font
'( 107 )
font ordkiaircmcht le fond, car cette forte «k
viande eft parmi eux la viande de cérémonie*
Vous voyés bien, monfieur, qu'il ne faut pa9
difputer des goûts ; au furplus celui-ci vaut peut«*
être autant que tant d'autres aux quels noua
Ibmnies accoutumés. Qui fçait d'ailleurs fi
les fauvages qui naiflent to^s naturaliftes^
n'ont pas trouvé que la chair de chien faifoit .
ftSkx dans le fang cet inftinâ de fidélité que
nous attribuons à cet animal ? Qui fçait s'iU
ne les defiinent pas en confequence de cette
fidélité à leur fervir de nourriture dans les oc-
calions où ils ont un befoin réciproque de ce
fentiment ? pn vérité comme ils ne font ja-
mais aucune aâion fans un motif, je crois plus
raifonnable de leur fuppofer celui ci, que de
leur donner des ridicules fur un objet qui iTeii
eft pas plus fufceptible qu'une partie des chofes
aux quelles nous les épargnons ces ridicules^
parmi nous.
Une grande chaudière pofée au milieu de la
Cabanne de celui qui regale, eft le vafe où le
nïêtsxiu'on doit fervir fe prépare. Cependant
chaque fauvage a apporté avec foi un grand
baffin d'ecorce, qu'ils appellent ouragan. En-
fin on découpe, et les portions étant diftribuées
également, on y ajoute un autre plus petit ou-
ragan rempli d'huile de loup marin. Tous les
F 6 con-
( 108 )
convives ainfi fervis, chacun d'eux hiange fon
morceau de chien en le trempant dans cette
tiuile. Mais n'allés pas croire qu'ils mangent
à la Françoife, c'eft à dire, en s'entre étour-
diflant d'un verbiage intariflable. Non, ils
font précéder le filence au babil, et je crois
qu'ils ont encore raifon, dans la manière qu'ils
placent l'un et l'autre. Après avoir ailes
mangé, bû l'huile qui leur eft refiée, et $'être
efTuyé leurs mains à leur ferviette qui n'eft
autre chofe que leur^ cheveux, on fait un fig«
nal, et les femnies entrent. Elles defervent
•sufEtôt, et chacune d'elles emportant le pkt
de (on mari^ elles vont manger enfemble à
Pécart les reliefs dti repas.
Cepièndant le pliis ancien de la compagnie
tombe on fait féniblant de tomber dans une
iprofonde rêverie qui dure environ un quart
d'heure, et qu ort fe gai*de bien d'interromjpre.
Il fait enfuite prefenter les Calumets avec du
tabac. Il allume d'abord le fien, le pohe un
moment à la bouche, et TofFre à celui dont le
rang vient après. Ils font tous la même céré-
monie qu'ils terminent par fumer tranquiJe-
ment.
Les Calumets font à peine à moitié vuides
que celui qui a commencé de donner le ton
aux autres," feléve pour faire fon remerciement.
Mm
( lop )
Mais comme ce remerciement (èul peut voud
prouver que les fauvages n'ont que des idées
analogues aux penchans que je leur attribue» je
veux vous en donner un abrégé.
Il faut cependant vous prévenir fur une façon
de s'exprimer qui vous cauferoit de Tetonnc-
ment. La langue des fauvages et particulière-
ment des fauvages Mickmaques, Malechites et
Abenakis qui font ceux que je connois, a beau-
coup de reflemblance avec les langues orien-
tales. Même richefle dans l'expreffion, mêmes
tours de phrafes, même enflure de ftile, et en-
fin même goût pour la métaphore et Tallegorie.
' Qn en a voulu induire que les peuples de ce
nouveau continent dévoient leur origine aux
Tartares, et la chofe n'eft pas fans vraifem-
blance. Quoiqu'il en foit, voici le difcours de
mon fauvage reconnoiflaht.
** O toi, qui nous comble de biens, toi qui
** excites les tranfports de notre gratitude,' tu
«* rclTembles à un arbre qui, par fes longues et
** fortes racines, foutient mille petits arbrif-
•* féaux. Tu es comme un fimple bienfaifant
•* trouvé fur les bords d'un lac; tu reflemble
•* au therebînthe qui dans toutes les faifons fait
** part de fa fève gommeufe. On peut te com-
•* parer à ces jours doux et tempérés que Ton
'«< voit par intervalle au milieu des plus rudea
" byverst
( iio )
" hy vers et dont on éprouve Theureufc înflùi
•' cnce. Tu es grand par toi-même, et d'au-
•* tant plus que le fouvenir que tes ancêtres
** nous ont laifle d'eux, ne t'abailTe pas. Ef-
*' feSivcment la mémoire de ton trifayeul re-
*' cente parmi nous, nous retrace le nom du
*^ plus adroit de nos chaflèurs. Quels prodiges
•* ne lui voyoit on pas opérer quand il fe pre-
*^ fentoit devant des Battis d'orignaux et de
*' cariboux ? Son adreflTe pour prendre ces
^' anihiaux n'étoit pas au deflus de la notre ;
^^ mais il avoit un talent particulier pour les
** faillr en fautant d'emblée à leur tête. Il les
'^ dardoit en même tems fl vigoureufement que
*^ quoique trois fois plus forts et plus agiles,
*< quoique plus capables avec leurs funples
.** jambes de franchir des montagnes de nieges
** que nous -avec nos raquetes, il les atteignoit,
^* les fatiguoit et les abbatoit^ Il vouloit en-
'^ fuite les faignér lui feul, et il nous regàloit
*' de leur fang ; il les écorchoit, et nous livroit
** enfuite la bête entière à décbiqueter.
*' Mais fl ton trifayeul s'eft fignalé dans
** cette chafTe, que n'a pas fait ton Ipifayeul
** dans celle des caftors. Il furpaflbit Tin-
*^ duftrie de ces animaux prefque hommes.
•*^ Il fçavoît par fes fréquentes veilles au tour
<* de leurs cabannes, par fes allarmes réitérées
*< plu-
(III.)
M plufieun fois en une feulé nuit, les obliger i
^ le retirer dans leurs gîtes, et calculoit par
** ce moyen le nombre de ces animaux qu'il^
•* avoit vu difperfés pendant le jour. Rien
•* n'égaloit la prévoyance qui lui fuifoit con«
•* noitre qu*en tel lieu ils viendroient charger
*• leur queue de terre, couper avec leurs dents
** tranchantes tels et tels arbrifleaux pour (s
•* former des digues. Rien n'eft plus mervcil-
•* leux que le don qu'il avoit d'annoncer qu'en
^ tel endroit il y avoit de ces animaux Ca-
** bannes. Quant à ton ayeul^ quel faifeur d'at-
•• trapes pour les loups cerviers, les martres
** et ks vifons. Il avoit des fecrets particulier»
^ et abfolument inconnus pour obliger ces
*^ fortes d'animaux à aller plutôt dans fes pièges
*^ que dans ceux des autres. Âufli il avoit tou-
^ jouis une fi grande quantité de pelleteries
^ qu'il n'étoit jamais erabarrafle pour obliger
^ &s amis« Parlons cependant de ton grand
^* père qui mille et mille fois a régalé la jeu-»
*< neSk de fon tems de loups marins. Combien
*^ fouvent dans ces momens heureux ne nous
<* fbmmes nous par graiiTés les cheveux d'huile
*< dans fa Cabanne ? Combien de fois ne nous
«* a-t-il pas invité et même forcé d'aller chez
♦* lui, lorfque nous revenions avec nos canots
*< vuides, pour reparer le malheur que nous
*' avions'
( 112 )
•* avioas eu ? Maïs ton père ne s'eft-tt pas
'* fignalé en tout genre ? Ne poflcdoit il pas
*^ l'art de tirer fur le gibier foie à la volée, foit
*^ à la pofée, fes coups portoient ils jamais à
** faux? 11 étoit par tout admirable dans fa
'^ manière d'atiirer les outardes vers fes ftatues»
** Nous fommes tous afles verfés dans l'art de
^^ contrefaire le cri de ces animaux, mais il
** nous furpaflbit par certaines inflexions de
** voix où Ton ne diftingùoit point le cri d'une
'* outarde du fien, et par d'autres tours d'adreflès
'* qui lui afTuroient le fuccès. Il nous couvroit
<^ tous de honte lorfqu'il revenoit de foo abri.
** Il eft vrai que par l'ufage qu'il faifoit de fon
^^ abondante chafle, il eteignoit l'envie dans
** nos coeurs pour y fubftituer la reconnoif*
'* fance.
" Quant à réloge que je pourrois foire dé
** toi-même, j'avoue qu'étant auffi comblé
•* que je le fuis du bien que tu viens de me faire^
** les expreflîons me manqueroient. Lia donc
** Oies fentimens dans mes regards et contentes
** toi du remerciement que je te fais en te pre-
** nant et te ferrant la main."
Ce difcours fini un autre fauvage fe lève et
fait un abrégé de ce que le premier vient de
dire. Il loue l'éloquence avec laquelle il a cé-
lébré le Qierite des ancêtres de leur hôte géné-
reux»
( "3 )
reux. n dît qu'il n'a rien à ajouter à fes lou-
anges ; mais il confidere en même tems qu'on
lui a laifTé la plus grande tâche à remplir, et
que cette tache eft de chanter la fête qu'on
vient de leur donner à tous. Alors il prie le
maître du fedin de prendre tous les pas qu'il va
&ire en cadence pour des tranfports de fa gra-
titude, et il fe met enfuite à dancer de toute fa
force. Après cette dance dont tous les fpèâa-
teurs battent la mefure, il commence fon éloge
et fur la fête et fur celui qui Ta donnée. Ce
difcou'rs eft appuyé fur les mêmes points de
mérite célébrés dans le premier difcours, et une
féconde dance le termine. Chaque convive
tient à ion tour la place des deux premiers^ et
leur reconnoiifance dans tous la même, k
varie feulement, félon le génie de celui qui la
témoigne.
Ne vous femble t'il pas, Monfieur, que ceci
reflèmble afies aux féances de nos maîtres en
Part de fçavoîr et de parler. Ce fauvage qui
harangue le premier et les autres qui l'approu-
vent, en encherifiant fur ce qu'il a dit, ne fi-
gure-t'-il pas avec nos Académiciens qui s'en-
cenfent mutuellement. Je n'y trouve qu'une
différence, c'eft que ks fàuvages ne font porter
leurs éloges que fur un mérite neceifaire et que
nous prodiguons les nôtres aux chofes les plus
i)itiles;
( 114 )
futiles ; c'^ qu'ils égayent ce langage de la
flatterie ordinairement fl ennuyeux pour ceux
qu'il n'intereilè pas, et que che% nous on ea.
eiTuye toute rafTommante fadeur.
De plus, Monfieur, ne feroit-il pas à de*
firer que nos parafites viniTent ici prendre
d'utiles leçons. A leur retour vous ne les ver-
nés plus fe livrer à l'ingrat plaifir de déchirer
celui qui les nourrit, ou à cette baile adulatioa
qui eft un mal pire encore, puifqu'au lieu
d'exciter leur bienfaiteur à ce qui lui peut être
avantageux, elle ne l'excite qu'à ce qui lui eft
nuifible.
Mais conGderés encore, je vous prie, quel
« parti on peut tirer dé ce penchant à la libéralité
et à la reconnoifTance de mes fauvages. Riea
n'eft en général plus facile que de s'acquérir un
coeur généreux et fendble ; et cependant cette
facilité eft augmentée ici par la. modicité du prix
neceflàire pour en faire ufage. Forcés fouvçnt
à des dépenfes immenfes pour nous faire dév-
alués dont nous n'obtenons qu'une diffimul^
- tion chancellante au lieu d'un attachement for
lide, devrioxis nous épargner Iç peu qu'il faut
pour acquérir des amit qui, pour être de melï-^
leure compo&tion et en même tçms plus fmcèresi
n'en font pas moins utiles. C'eft affurcment à
quoi on ne fût pas afies d'attention. Oa veut
Jîien
( "5 )
bien çxercer une de leurs inclinadûns dominan-
tes» mais on néglige Tautre neceflàirement liée
à la première. On cherche à ruiner ou à.
écnfu ceux qu'il feroit fi aifé de gagner en
gênant foi-mêipe par cette voye. J'efpere
qu'enfin on prendra ce chemin^ et fi les re-
Sexlons qui ont interrompu ma lettre et par
leiqucllea je vais la terminer, y contribuent,
je n'aurois aucun regret d'avoir devante les
vôtres*
J'ai l'honneur d'être, &c.
L E T T R E IX.
Suite dis moeurs des famagis^ dt leurs fitesy dt
liurs ^nfeils. Difcours £une femme fauvage^
di Uwrs guerre^ des rufes qtiils y emploient.
Monsieur,
NE vous croyés pas quitte de ma fête fhu-
vage. En vérité je n'en obmettrai pas
une circonftance très intereflante, puis qu'elle
ftgarde un fexe qui a reçu de la nature le droit
d'interefler pour lui. Les fàuvages ne font
point auffi barbares à cet égard que des nations
qui fe croiroient en droit de leur donner des
leçons de focieté. Us admettent les femmes
dans leurs divertifTemens, et ce font elles mêmes
qui les terminent. Il eft vrai que par Tufage
que
que leurs femmes font de ce privilège; ils
n'ont pas lieu de le regarder comme un abus ;
car n*allés pas croire qu'elles leur infpîrent une
certaine molefTe qui afFoiblit leur courage*
Non, les leçons qu'elles leur donnent ne font
point dans ce genre, et vous çn allés oon- -
venir.
LfCS remerciemens des hommes étant finals,
les femmes et les filles entrent. La plus âgée
d'entr'elles les conduit. Elle tient dans fes
mains un lar^ morceau d'écorjTe de Bouleau»
de l'efpece la plus dure qu'on ait pu trouver»
et s'en fervant comme d'un tambour de bafque»
elle invite par fes touches (qui dans le vrai
(ont un peu dures à l'oreille) la jeuneflè i
daofer. Enfuite elle harangue à fon tour ea
ces termes, en s'adreflànt aux honmies.
^< Vous qui me regardés comn^e un (èxe in«-
^* .firme et fpible et par confequent fubordonn^
V ,à vous dans tous fes befpTns ; fipachés que
^^ dans ce que je fuis, le Créateur m'a dépard .
\^ des talens et des qualités qui valent bien les.
** vôtres. J'ai eu l'art de mettre au monde
*< de grands guerriers, .de bons chaflèurs et
*^ des voyageurs en canot auffi adroits qu'in«
** fatigables. Cette main que vous voyés,
<^ toute deflechée qu'elle eft, a plus d'une fois
<( porté le poignard dans le fein des prifonniera
*«; que
Ci»7)
<< que Pon me livtoit pour mon divertiflement
^^ Que les rivages et les bois atteftent qu'ils
^^ m'ont vu arracher le coeur, les entrailles et
^* la langue des ennemis que l'on confioit à ma
^* vengeance ; qu'ils difent il j'ai changé de
*< couleur et fi mon courage s'eft étonné»
^< ^orfqu'il a fallu ainfi (èrvir ma patrie ? De
<< combien de chevelures enlevées à ces traîtres,
*' n'ai-je pas orné ma tête et celles de mes
«* filles ! Quelles fortes et piquantes exhorta-
** tîons- n'ai-je par faites à nos jeunes gens
*« pour les exciter à m'apporter de ces marques
«* de leur valeur, dont le prix devoit être pour
•* eux la gloire et l'honneur ?
*• J'ai plus fait encore, j'ai fçû lever tous les
<* obfiacles qui s'oppofoient aux alliances que
*' l'amour faifoit defirer, et le ciel a béni mes
^* foins. Tous les mariages que j'ai conclu^
•• ont été féconds. Us ont fourni à notre
•* nation des foutîens et des fujets capables
" d'éternifer notre race et de nous mettre à
^^ l'abri des infultes de nos ennemis. Je fuis
*^ (èmblables à ces vieux fapins, ou à ces vieux
<< pruches pleins de noeuds depuis la cime
*' jufqu'à la racine, dont l'écorfe tombe de
*' vetufté, qui néanmoins couvre toujours
" leur gomme et leur fève au dedans. Je ne
^< fuis plus ce que j'ai été. Toute ma peau
*« efl;
( "8 )
<* eft fîdce et fillonnée, mes os la pbrtcnt
<< prefque <ie toute part. Je parois quant âù
«' dehors propre à être «rife au rang des êtres
*' inutiles, mais le coeur qui m'anime encore,
*«' eft aui& digne qu'il l'a jamais éc^, de l'eftinAfe
^* de ceux qui fc connoiffent."
Après cet âoge d'elle même, qu'ordifiaii'6-
inent la vérité rend refpeftable, la vteHIe ajèirtte
un mot de remerciement à celui qui donne h,
icte. Mais en tems de guerre et dans les
fcftins qui y fervent de préparation, c'eft bien
autre chofc. Alors les femmes employent toute
l'éloquence de leur çfprit et de leurs charmes
à exciter les guerriers qui fe préparent au corn-
bat. Chacune d'elles, félon qu'elle eft plus bu
moins animée, exige de fon amant un certain
nombre de chevelures des ennemis. Elles af-
fiirent les hommes qu'elles fe refuferont aux
plaifirs de ceux d'entr'eux qui ne leur auront
pas apporté ces marques de courage.
Je ne vous rapporterai point, Monfieur,
toutes les folles cérémonies que mes fauvages
faifoient pour préludes de leurs guerres dans le
tems de leur idolâtrie, vous trouvères à ce fujet
•d'affé^ longs détails dans les, auteurs qui ont
parlé d'eux. D'ailleurs n'imaginerés vous. pas'
facilement leur déraifon par la connoifFance de
celle de tous les autres peuples î £ft ce pour
( "9 )
eux fculs qu'on a dit, que la crainte et rcfpoîr
avoient enfonte des dieux, avoient décidé des
. -différents cultes et confacré la fuperftitiôn ?
Mais ce que je veux vous faire remarquer c'eft
la manière dont leurs guerres commençoient et
commencent encore.
La nation qui fe porte pour agreflèurs, va
d*abord dans les terres de la nation qu'elle veut
attaquer. Elle y fait tout le ravage poflîble ;
ruine la chaffe prefente et celle qu'on peut faire
dans la fuite, détruit à cet effet toutes les ca-
bannes de caftor, et embarraiTe les chemins
d'ailleurs très difficiles. Après ces opérations
on tient confeil de guerre. Les hommes y
penfent, réflechiflent, projettent, décident et les
femmes y encouragent et haranguent.
Le refulîat de ce confeil eft d'envoyer dé-
clarer la guerre au peuple à qui on a déjà tant
fait de mal, et qui par confequent doit fe la
tenir pour bien et décemment déclarée.
On fait partir deux efpeces de heraults
d'armes. Ils portent avec eux leur arc et leur
carquois, leurs flèches et leurs haches de pierre.
Dans cet équipage, ils fe rendent à la vue de
la plus confiderable habitation de l'ennemi, et
fe gardent bien en chemin d'apprendre à qui
que ce foit leur intention, ni même d'ouvrir la
bouche pour prononcer un mot. S'étant ar-
retes
( Ï20 )
retés enfuite à une certaine diftance du village»
ils donnent en terre plufieurs coups de leurs
haches. A ce fignal les ennemis connoiflènjt
qu'on a déjà ravagé leurs terres et fçavent
qu'ils doivent déformais fe tenir fur leurs gardes
pour la deffSnce de leurs perfonnes. Cependaitt
les heraults d'armes, après avoir tiré deux de
leurs meilleurs flech^ fur le village, fe retirent
promptement et reviennent rendre compte de
leur expédition, mais pour prouver qu'ils ont
été au lieu prefcrit, ils apportent avec eux des
marques non équivoques de l'endroit même.
Je demandois un jour à un fauvage pourquoi
ils ne faifoient pas précéder leur déclaration de
guerre aux premières aâes d'hoftilités, et pour-
quoi ils s'embarraflbient après d'une cérémonie
inutile ? Quoi, me repondit il, tu voudroià
que nous fuffions aiTés foux pour avertir nos
ennemis de faire leurs provifions, et de nous'
ôter les moyens de faire les nôtres fur leurs
terres ? N'eft ce pas afles que nous les aver-
tiffions de deffendre leurs perfonnes ? La dé-
claration de guerre necefiaire pour la fureté
mutuelle, ne doit pas être une politellè impn^
dente et préjudiciable, comme elle le feroit en
la faifant à-la-mode ?
Je vous laiflè juger, Monfleur, fi le bon fenj •
de ce raifonnement doit l'emporter fur les droite
( «I )
établis de la foclété, ou s'il doit y céder ? Jo
prévois cependant que de plus grands maîtres
que nous en l'art de décider, pourront un jour
refoudre la quefîion.
Cependant les fauvages certains par les faits
et par la déclaration, de l'intention de leurs
ennemis, fongent des deux côtés, ou à tenir
bon fur leur terrain, ou à déloger fur le champ
pour fe mieux placer, ou enfin à aller à la ren-
contre les uns des autres. Pour prendre fur
ces différents partis une refolution convenable,
ils tiennent des confeils auili longs que fre-
quens.
Au refte ces confeils font très intereflans tant
pour la curiofité que pour l'utilité. Comme
on n'y écoute que la raifon, qu'on n'y a en
rue que le bien public j que l'ambition et l'in-
térêt perfonnel n'y opinent pas, c'eft ordinaire-
ment l'homme le plus habile dans l'art de la
guerre, le plus capable d'un bon projet, qui y
préfide. Si celui qui jufqu'alors a pofTedé à
cet égard, la confiance de la nation, s'apperçoit
qu'un autre la mérite mieux que lui, il la lui
cède fans répugnance. Mais comment l'ap-
perçoit il, dires vous ? Eh quoi ! Eft il donc
plus difficile d'avouer qi^e nous manquons
d'une qualité qu'un autre pofTede, que de nous
rendre fur cela intérieurement juftice; et quand
G l'amour
( 12*. )
ramoor de la patrie va* ju(qtt'à iiods infpifet^
une franchife fi peu onPnaire k Famour pttipiti^
a t'il tant de peine àrdiiSper les ténèbres q^e ctf
même amour propre répand, ténèbres afiufenâ^f '
moins épaiflès qàe Fon ne veut en coinrremr.'
Mais les Êinva^ fans toutes ces ahaliftsi
paroiflêht faire par infHnét ce qui lious côtt*
teroit de graiids eilbrts de mifbn. Aiiffi h*éti
voit on point qui ayent à ffe ref^ôcber d'a^é^'
employé la fiaveur qu'ils avoient obtèfhié, ou
Tillufion qu'ils avotént fçû faire à lit perte de
leur patrie. On eft qudque fois fvitprïa dt
trouver tant de flegme pour les intérêts coih^
muns dans ces meniez faùvagM <]fui fbnt pirtiiire
fouvent une férocité aveugle pôiit lètir intérêt
immédiat. Mais ces diverfes difpo^ion^ foifl
produites par le même prifiéipë. Si le Ùtttfa^
cfl capable d'àflTommer téluî qui eW Veut à f*
fagamité * dans l'inilant qu'il va la' Ranger, il"
eft auiE capabk de raifôfiftèf dé fafig frcrfd p^tir
ôtcr le pouvoir d'én approch'er.
Qyand à leurs rufes de guerre, dlesf font ft
fimples qu'il femble qu'elles ne devrofent pas
avoir grand fuccès; mais par le foin qâ'il^ ont
de les adapter aux circoÂftaftces et aUx pef-
fonnes, elles leur rcuffiflTent. Quelquefois ils
font femWant de renoncer à toute atttfqttfe,^ ti
• Sàgàmitêy mets Jauifà^e;
ils
( ii3 j
m ft feSt&A ëfi fe drrper'rahf Aahs les bois.
Bar goéttéht efffûlté les endroits où font ïes
jeunes gens &ns expérience, et la ils contrefont
le cRk âèi ahlmaux, et profitent de l'étourderie
de ceuîc qui fe laîflëriè pf'eharé a cette amorce
p^ lés iccàhlét eiîfih, fbft à force ouverte»
ibit par àdrëlle. Leurs gûeires ne iinifîbient
iùtrefbis qtie par là déftruâion totale du parti
qiif (becûmbolt.
fi eft Vf ai que nous avons changé quelque
cHôfe à cet art qu'ils pôfTedbient à leur manière^
qui n*étoît peut-être pas la plus mauvaife; mais
U s'en faut encore de beaucoup que nous letf
ayons réduits a la notre. Le vrai fervice que
lious leur avons rendu a été de leur infpircr
quelque horreur pour la barbarie avec laquelle
ils traitôient l'ennemi vaincu, barbaries qiii^
4uoiqu'inventées pour faire craindre les mau«
Vaifes querelles, éternifoient les haines et U
vengeance.
Nous les avons aufli prefque defacoatmhés de
la folie de la dévination, et délivrés des ter-
ribles fuites qu'avoient pour eux la méchanceté^
la malice et l'autorité de leurs jongleurs. Je
lie fçais s'ils auroient le même remerciement k
lioùs faire fur les changemefis que nous tvatsi
hits dans la manière dont ils arraxigeoient leurr
mariages. Je crois que leur ufage en ce point
G 2 valoit
( "4)
▼aloit autant que celui que nous fiiiroiit, et fc
rapportoit mieux à leur penchant et à kuia
Les fiunrag^ naturellement très enclins à
Tamour, mettoient cependant dans cet engage»
ment tout ce qui étoit convenable pour con-
cilier leur intérêt dominant avec le plaifir.
Ix)Hque les parens avoient déterminé qu'un
jeune homme approchoit de Tage où il devoit
rontra<£^cr cet engagement, d'accord entr'eux
3s lui difoient : Tu peux déformais aller quand
tu voudras allumer ton calumet de jour et de
nuit dans la cabanne de celui qui doit être ton
beau père ; tu obferveras d'en faire aller la fu*
mée du côte de l'époufe qui t'eft dedinée, et tu
feras en forte qu'elle prenne tant de goût à
cette vapeur» qu'elle te demande à l'exciter
elle même. Montres toi d'ailleurs digne de ta
nation; fais honneur à ton fexe et à ta jeuneflè^
en ne permettant pas qu'aucun de la cabanne
où tu vas, manque de la moindre des chofès
neceflaires ou utiles ; employé fur tout, pour
celle qui doit être un jour à toi, toute ton in*
duilrie ; que ton arc et tes flèches foient em*
ployécs à leur fournir la viande, l'huile et les
pelleteries dont ils auront befoin. Quatre hy-
irers te font donnés pour faire la preuve de tes
Attentions et de ta confiance.
Après
( 125 )
• Après ce difcours le jeune homme alloît fans
répliquer à la cabanne defignée* Son accordée,
qui étoit inftruite de Tes intentions, récouColt
fkvorablement ; d'abord par obeiffance, enfuite
s'il parvenoit a lui plaire, elle le lui faifoit con-
noître en lui demandant Ton calumet, dont elle
ne fc fervoit que pour poufTer la fumée qui en
ibrtoit dans les narines de Ton amant. Cette
jolie déclaration faifoit quelquefois tomber par
terre tout étourdi celui à qui elle s'adreflbit ;
mais enfin c'étoit toujours une déclaration ; et
de quelque façon qu'un amant apprenne qu'il
eft aimé, les peines que lui a coûté cet aveu,^
lui paroiflent agréables. L'époufe future n'en
demeuroit pas là, elle trefToit les cheveux de
celui à qui elle devoit être unie, lui peignoit
le vifage des couleurs qu'elle aimoit le plus.
Elle employoit l'art qu'ont toutes les femmes
ikuvages pour piquer des dcfîeins a imprimer
fiir fa peau quelques marques relatives à leurs
amours, et elle choifiGbit félon fon caprice, la
partie du corps de fon amant qui lui paroifTott
la plus propre à faire honneur à fon travail.
Si tous ces petits foins avoieut fait réci-
proquement dans le coeur des progrés rapide»,
fi les parens de la fille en étoient conte'ns, ils
abregeoient le noviciat de leur gendre et lui
difoicnt : Tu peux quand tu voudras prendre
G 3 ta
( "6 )
ti part de ce qui couvre la nuit ta hien*a;inée.
Ces paroles que Tamant entendoit k demi mot,
ce qu'il laifToit à peine le tems d'achever, étoiei;^
le fignal de fon bonheur. Il fortoit auifitôt àp
la cabanne avec fon arc et fes Qeches, et fe renr
doit en hâte à la maifon paternelle : Ne m'atr
tendes plus, difoit il à fes parens, je vais dans
les bois et je n'en reviendrai que lorfqu'il plaira
à celle que j'aime, de dqc rappeller. Cet avi3
donné il partoit efFeâivement pour s'enfoncer
dans quelque foreft, et là il n'oublioit ni force
ni adreilb pour faire la meilleure et la plus
ample chaiTe. Trois jours après tous les jeunes
gens du village alloient le chercher en triomphe^
et chacun d'eux fè chargeoit des viandes et des
pelleteries deftinëes au feftin nuptial, fruits dea
fatigues qu'avoit efTuyé le futur époux* Lui
feul pour fe delaflèr de fes travaux, n'avoit au*
cune charge. Conduit enfuite par le jongleur
ou par un des plus vieux parens, il allbit à la
cabanne de fa maîtrcffe et fe couvroit un în-
ftant de la couverture de fon Ht. Cette cercr
monie qui n'empêchoît pas les deux époux
d'écouter un long difcours qu'on leur faifoit
fur les devoirs du mariage, étoit terminée par
le feftin qui étoit pour ainfî dire, le fceau de
Tunion. L'époux affis au milieu des garçons,
et réppttfe parmi les filles, attendoient qu'on
leur
•( W'7 i)
leur prépara les mets qui leur étoient deftinW.
<>ette préparation fe faUbit dans deux ouragans
/ie forme égale qu^on pofoit au milieu de la
eabanne. C'étoit alors que le prefident à Ik
fèffi tidnîfibit les ipots fuivants à la mariée.
-*»' O toi, qui viens de t'engager à des devoirs
-^ refpeâables, fçaches que la nourriture que
*^ tu vas prendre vas te préfager les plus grands
^* malheurs, fi ton coeur eft capable de quelque
^* noir deflein contre ton mari ou contre ta na»
-^ tion. Si tJU dois un jour te laifler feduire
^* aux careflè^ des étrangers, fi tu trahis ton
^* mari et ta patrie, Iç mets que contient cet
f^ ouragan^ aura PéiFet d'un poiibn lent dont
f ' tu fentiras dès à prefent l'atteinte ; que fi au
ff^ cpntrajris tu dois .demeurer fidelle à too
ff^ époux et à ton pays, fi tu n^infiilte jamais
f'^ au)c défauts de l'un, et ne donne jamais la
f^ farte de l'autre à l'ennemi, ce fera une
^* jDourrjjt^ure auifi agréable que falutaire que tu
5* prendras/'
Ce difcours fini l'amie de l'epoufe, comme
par diftraftion, prenoit l'ouragan deftiné à
J'epoux, et l'ami de Tepoux celui de l'cpoufe, et
s'appercevant un moment après de cette diftrac-
rion méditée, ils s'ecrioient : Voilà dans notre
meprife un figne non équivoque de l'étroite al-
liance que les deux . époux contraâeat aujour
,.. f G 4 d'bui*
( «28 )
Vhai. Ils font unis c'en eft fait, qu'ils multi-
plient. A ces mots répétés à grands cris par
tous les affiftants, fuivoient les embrafTemcns^
le feftin et la dance.
Ne faites point» je vous prie, Monfleur, une
attention trop fcrupuleufe aux efpeces de mo-
mcrie qu'il y a dans le fujet de cette defcrip^
tion ; mais confiderés plutôt l'objet en lui même.
N'y voyés vous pas des marques certaines de
cette fimplicité de fentimens dont il nous feroit
fi aire de profiter; et n'eft ce pas une entre-
prife plus digne d'un homme raifonnable de
faire fervir à l'utilité commune, les penchans
qui lui paroiflent différer des fiens que de s'en
moquer ? Voulez vous fur cela des modèles ?
Je puis vous en donner ; en prenant le chemin
du coeur on eft fur de fubjuguer l'efprit. H
n'eft pas ju(qu'aux génies les plus bornés qui
ne foient fûrs du fuccès avec cette marche» et
la preuve, c'eft qu'elle a fouvent rcuffi à notre
commandant. Je vous promets à ma lettre
fuivante un de ks difcours, qui fit un effet
merveilleux. Il eft vrai qu'il ne fit que le
prononcer et qu'un autre l'avoit diâé, et tant
mieux pour vous : Ainfi ne baillés pas d'avance
au nom du perfonnage ; c'eft bien affés de
vous avoir fait bailler par la longueur de ma
lettre ; en ce cas recevés en mes excufes, çt
laiiTéi
C 1^9 )
lalfles moî feulement vous réitérer les affurances
qui • doivent toujours trouver place fur mon
papier.
LETTRE X.
Suite des moeurs des fauvages^ difcours qui leur
fut fait par le Comte de Raymond pûur Jes
empêcher défaire leur paix avec les Anglais.
Monsieur,
IL ne vous eft pas difficile d'après tout ce que
je vous ai dit des fauvages, de penfer quq
ce n'eft que par TafFabilité et par la douceur
qu'on peut les gagner; encore faut il mettre
Tair le plus naturel aux fèntimens qu'on leur
témoigne. Si Ton paroiflbit feulement tolérer
leurs moeurs et leurs ufages, ils chercheroient
auffitôt les motifs de cette tolérance qui les
flatteroit peu, et ils en fuppoferoient qui feroient
contre nous. Notre diflimuîation leur paroî*
troît diâée par la crainte et par la foihleffe, et
certainement ils s'en prévaudroient. Si au con-
traire il leur femble qu'on les approuve par con-»
formité de goût, on eft fur de les attacher par
le lien le plus fort, puifqu'il eft formé par l'a»
mour propre. C'eft à cette étude de leurs pen-t
chans et à l'art de s'y plier fans afFedation»
G 5 que^
( tiô)
quç le Françoif doit le magnifique élogfe qup If
Ravage croit faife de lui, quand il dit di»
François, C*i^ un homme comme moi.
Vous allés juger fi nous ne fçavons pas mieux
que qui que pe foit, toucher les reiïbrts qui
remuent ces peuples ; et le difcours que je vous-
^ proipis me fervir^ (j'exeoqple. Vous peqr
|firq peut-êtrç que le but de ce difcours ^oit
pu é^re ii|ei)leur \ vous dires qu'il n'eft ni ^nr
ni jufte d'exciter des fentimens qui renouvellent
ou éternifent des querelles; mais quand ovk
dopne un exeiqple, on k donne tel qu'il eft.
Çcu?ç qiu fiiiffifl^t le vrai motif qui porte à le
donnieri peuv^i^t ppfuite s'eg feryir pour d'autrçt
objets. Voici donc ce que M. le Comte de
Raymond juge^ à propos de dirç au^c f^v^ge^
qu'il avoit rafTemblés.
*' Ecoutés, mes enfans, yous p'^vés nomm^
** votre père, j'en ai accepté le titre avec plaii*
** fir. Je fuis l'organe du roi mon maître^
** votre proteâeur, votre bienfaiteiir et votre
.<< appui. Ç'eft donc non feulement en qua-
•* lité de père que je vous convoque aujourd'-
•* hui, mais auffi en qualité d'interprpte du '
** plus grand monarque de la terre ; d'un roi
*^ qui n'a au deflus de lui que le vrai Dieu
*• dont il vous a donné 1^ connoiflance pour le
** falut de vos aipcs.
« II
( ïgl }
M O Te tfipuxi im briii( que 70$ confrères les
«< Albenakis, les M^rc^kes, et peitt-jêtxe les
♦« Mikmak3 de la Heve, ont fai^ leur paix avec
** les Anglois ou qu'ils Ijeyr ont du naoins ac-
«< cordé une trêve de quatre ans.
*' Je ne vous dirai point ici combien il eft
^ odieux à ces (aux frères d'avoir fait cette
>' paix fans ma participatkm, après la parole que
*' vous m'avics récemment et volonjtairement
^ donnée. Je ne vous retracerai point les fer-
^ mens que chaque chef me faifoit à cette
^' occafion au nom de toutes vos nations, dans
^ le tems qu'au milieu de vous, je vous donnoia
5^ de nouvelles preuves de la bonté, de la libéra-
^^ lité, de l'amitié et des bonnes intentions
f< qu'un monarque qui n'a point d'égal^ a pour
f* vous.
^f J'abandonne à leurs reflexions fur cet ob*
f * jet, ceux qui ont n^anqué à ces nouveaux en-
f^ gagemens -, jaizk en bon père, je dois vous
** ouvrir les yeux et fur vos véritables et propres
^ intérêts, et fur tout ce qui a rapport à votre
** confervation. Il ne me fera pas diflficile de
^* vous démontrer qiue la route que vos frères
<< viennent de prendre eft totalement oppofée à
** l'un et à l'autre.
*' A mon arrivée dans les colonies dont le
^^ roi a bieo voulu me confier le gouvernement,
G 6 " mon
*** Twzc zroMSker .tua s. :s^ .i£ ysaoBt Sa voBi fisr
"* «3 isccii rie Ji. xsfsfe ame *r j i m e g e.
•* J'ai mu.* i icprirbnilr aiuc es oui jb zcgranfc*
*• ^ par Tfcrêrsrîc^ xs nntife ji'ales sraîenK
** Tcur :^re la picrre lux Ançloia -^rt^^rr ^k
^ !a rrsDCs <?rr:if sa six zrec cas. Vakz ce
"^ <rxs les irt. a rrtri r» les pins cijtin m*aiit
^ aupra. par qncit^'jii ds toos et pn* ces pcx^
M ÛTHXTcs oui ne xavoit. crce luioeocs.
^ n eîb caroche zux Ançtcis qu^ca 1744.
*^ Tes la an iiL mois de Deceaùxce, ils cooi-
** surent la craataésy les crahifons hiivancesL
*^ M. Gonoa '■— "■*— ^^^^ «a é rr a rhniicm db
^ tiiAL^ti Aa^bîfis avaof At chiotc pour 6b^
^ fcncr bk nxrûsc qœ les Frazsçoâ et les 6a*
^ «âges basaient i2e ^eram Port Roîal ea Acs-
^^ die, croava a Vian dcax cabanncs de Sbê-
^ vages MUonaks. Dans ces cabannes 2 r
^* avoft cinq femmes et trois enCins, donc
^ deux de ces femmes étoieDC enceintes; maïs
*^ malgré ces oljets fi propres à exciter l'hu-
^' manité, les Anglois non feoYement pillèrent
*' et bruîerent ces deux cabannes, ils mafia-
'' crercnt encore les cinq femmes et les trois
** en fans. On trouva même que les femmes
*' qui étoîent groflos, a voient été éventrées,
*^ ce trait d'autant plus barbare qu'il fc faifoit
** alors une bonne guerre, glaçoit d'horreur,
♦« par
C 133 )
** par ce fetil fouvenir» ceux qui mç le racoa-
** toicnt.
*^ Cinq mois avant cette cruelle aâion ui^
" nommé David corfaire Anglois ayant artifi-
'^ cieufement arboré pavillon François, dans
** le paflàge de Fronfac, fit par le moyen d'un
** renégat qui lui fervoit d'interpête, venir à
** (on bord le chef des fauvages de l'Ifle Roïale
" avec toute fa famille. Ce chef nommé
*• Jacques Padenuque, fut d'abord mis au ca-
** chot, enfuite emmené à Bafton et puis
*^ étoufFé fur un bâtiment où les Anglois di-
** foient ne Pavoir fait embarquer que pour le
*' ramener à Tlfle RoTale. Ils gardèrent cepen-
** dant fon fils âgé de huit ans et ne voulurent
*^ point le rendre, quoique les fauvages euilênt
*' rendu, pour le ravoir, plufieurs prifonniers
'^ fans rançon, et que cette condition eut été
" acceptée.
** Au mois de Juillet 1745. le même David
** prit par une pareille rufe une famille fauvage
" qui n'a pu fe retirer de leurs mains qu'en
** s'échapant la nuit de leur prife.
*« Dans le même tems un nommé Barthe-
" lemi Petitpas interpête appointé des favages,
" fut emmené prifonnier à Bafton j mais en
*^ vain vous le reclamâtes plufieurs fois en
^^ échange de quelques prifonniers Anglois qui
*' ctoient
( «34 )
^ 6oient alors entre vos roaini . En Tain tous
*^ donnâtes à deux d'entr'eux qui étoienC offi*
^^ ciers, la liberté à condition que Barthelemt
** Petitpas vous feroit renvoyé. On fut (burd
^' ^ vos ofFres autant qu'infenfible à votre gêné*
** rofité, et enfuite on fit mourir votre frère»
^< En la même année 1745. votre miffion-
*' naire ayant été invité à un pourparler à votre
^^ fujet par plufieurs kttres d'un des principaux
^^ chefs Anglois, et ayant reçu par écrft U pro-
^f meflè formelle de l'entière liberté de retour-
M ner chez vous, il fe rendit à Louifboitrg ;
!^ mais iorfqu'il eut fatisfait à tout ce qu'oo de*
h firoit de lui, au lieu de tenir reUgieufibment
f^ leur promeilè, lea Anglois le retinrent, lui
^^ firent plufieurs mauvais traitemens^ le firent^
^* quoique très malade, embarquer pour l'An-
*< gkterre d'où ils ne le tranfporterent ei>
** France que quelque tems après.
■ *' Ce fut encore en 1745. que plufieurs ca*
*f davres de fauvages furent exhumés au port
** Touloufe et jettes au feu par les habitans de
«* Bafton, qui de plus ravagèrent le cimetière
*• de votre nation, et mirent en pièces toutes
♦• les croix pofées fiir chaque tombeau.
'• Le fait énorme de 1746. eft une autre
•* époque qui ne devroit jamais fortir de votre
*' mémoire. Les étoffes que les fauvages.
" achct-
ff ^cljctterçfft fies njarcbîincjç Aflglqîs quff c<Hnw
f* qferjfoient ^lors dam IV baflin de Kfeja^
*^ gffugf bp ?i bpi^u ba^o, fe trQi^verent empoi-
.«* foniiçe% fie forte cj^e plijs de deux cenç Iku-
" yages jep périrent.
<> Ce Qifi ^mY4 •?) î74Q. n'eu: pasmoîn»
f^ dans Jp même fcns une éppque fcfp^rquable.
•• Ver» la fin.dti mqh de Juiîjet, tcmç où Ton
^* ne fçavok pqint encore d^ns la NouvcUe
*« France la fu^enfion d'aripes entre 1^3 deux
^' couronf^e^, les fauvages avoient fait d^s pri-
♦* fonniefs Anglois fur Tifle de Terre ISfeuye ;•
^ lirais pes prifonniers leur ayapt s^ppris cette
5^ fufpenfioii lignée l'année d'auparavant k Aix-
J* la-ChapjelJe, iU Je$ crurent fur leur fimple
^^ p^ole. D'après cette noble facilité ik mar^
^^ qi^erjsnf à leurs ennemis la joye que leur cau-^
•* foit une prochaine reconcilIatiQn. Ils les
•* traitèrent en frères» les dégagèrent de leurs
^< liens et les mexierent dans leurs cabannes
f* pour leur donner l'hofpitalité ; mais malgré
^f tant de bons traitemens, ces perfides hjotes
M m^flacrerent pendant la nuit vingt cinq
f^ d^entre vous^ tanjt hommes que femmes.
*' Deux fauvages feulement qui s'étoient éloig-
f^ nés par hazard demeurèrent pour aller vous
^« apporter la nouvelle d'un mafTacrc fi odieux.
« Vers
. ( 136 ) .
" Vers la fin de la même année les An-
" gloîs 8*ctant rendus à Chibouflou pour y
<* faire, à notre préjudice des établifibmens teb
•* qu'on les voit aujourd'hui, firent répandre
" le bruit qu'ils alloient détruire tous les fau-
•* vagcs ; et depuis ils n'ont que trop agi en
•* confequence de cette menace. Ils envoy»
*< erent même des lors differens détachemens
*^ de leurs troupes pour aller de toutes parts ^
*• votre pourfuite.
•* Voilà les récits que l'on m'a fait ; mais a
" tous ces faits qui doivent être parvenus i
•* votre connoiilànce, j'ajouterai ce que je viens
*' tout récemment d'apprendre ; que des nego^
^^ ciants Ânglois ont ici tenu entr'eux des
^* difcours odieux devant des gens dont ils
** croyoient n'être pas entendus, et que ces
** pcrfonncs m'ont rapporté. Dans ces dif.
** cours ils s'cxpliquoient clairenncnt fur le but
^* qu'ils avoient dans la paix ftmulée qu'itt
** voudroicnt faire avec vous. Ils difoient
** qu'ils trouveroient, fous ce prétexte fpecieuxi
** le moyen d'aflembler tout ce qu'ils pour^
^' roient de vos nations, et qu'alors ils vous
** maflacreroient tous.
** Je ne vous rappelle point, mes enfan.^
** tant de faits atroces pour vous exciter à faire
** une guerre cruelle et barbare. Un vrai
** chre-
( Ï37 )
** chrétien n'eft point capable d'une pareille
•* infiigation.
** Vous êtes d'ailleurs libres de faire la
•* guerre ou la paix. Le roi ne vous contraint
*• en rien fur cet objet ; mais vous ne pouvés
" faire la paix dans les occurrences prefentcs
«' fans la participation du proteâeur qui n'a
** jamais cefle de vous accorder les differens
'* fecours qui vous ont été necefTaires, et qui
** vous a donné tant de marques de fon afFec-
** tion. De plus les fermens réitérés que vous
*' m'avés faits il y a peu de tems pour m'aflurer
*' que vous ne concluriés rien fans m'en donner
*< avis, ne font ils pas d'autant plus inviolables
<^ que vous voulûtes les faire fans qu'on vous les
•* demandât ? Vous pûtes votre patriarche à
** témoin de cet engagement, et par les dé-
<< monftratipns de joie dont vous l'accompag-
«' nâtes, il n'y avoit pas lieu de croire qu*il
*• feroit violé.
*< N'avés vous pas d'ailleurs à craindre que
*< dans ces circonftances le roi juftement in-
*^ digne de ce procédé, ne retire fa main bien*
•* faifante, qu'il ne vous prive de fes fecours
^* et ne vous abandonne à vos cruels ennemis ;
** malheur que ces mêmes ennemis vous de-
*^ firent et au quel ils tâchent de vous réduire.
<^ Coniiderés donc qu'il eft de la plus grande
** con*
( 13» )
'* confequcnce pour vous de ne pat tomber
*^ dans Tablme qu'on vous creufc, et voilà vos
'* vrais intcrcts.
'* Quant à ce qui regarde votre coniêrvation
^^ tant en général qu'en particulier, tous les
*^ fauvages qui font fous la proteâion de mon
^^ roi, ne doivent ils pas femir par les faits que
*^ j'ai raconté à quelle affîreufe extrémité ib
^< feroient réduits fans les fecours de la France;
^^ mais fi aM contraire, vous ne faites votre
'^ paix iqu^ du confentement de celui qui eft
^< votre appui et votre refiburce, vous le trou*
^^ verés toujours conune une muraille de dé-
•^^ fencç entre vous et vos ennemis.
*^ Confiâtes votre patriarche, homme éclairé»
^< fit qui a pour vous, ainfi que moi, des en*
5< traiUes de père, qu; fans celTe occupé du
^^ (bin de vos âmes, ne laifie pas de cherdier
M à vous procurer toutes les douceurs 'de la
«< vie.
*^ Si les cendres de vos pères, de vos mères,
f* de vos femmes, de vos enfans, de vos parens
^^ et amis qui ont été maflacrés pouvoient fe
^* ranimer et fe faife entendre, elles vous di-
*^ roient : Ne faites jamais votre paix fans le
*^ confentement de votre foutien ; défiés vous
^^ d'un ennemi qui ne refpire que votre ruine»
f.* iqui ne yeut vous voir ifolés que pour voua
' ^ entourer
( 139 )
< entourer plus facilement et vous immoler.
" Gardés vous de recevoir leurs prefens. Ils
<* cacherpient fous des fleurs des ferpens qui
*^ déchireroient.vos entr^lles. Elles ajoute-
<^ rpient : Députés deux de vous vers vos frères,
'^ qu'ils partent, qu'ils ne perdent point de
<< tems, qu'il$ leur faiTent connoître le pas dan-
<' gereux qu'il? ont fait; qu'ils leur ouvrent
(c les yeux fur tout ce que je viens de vous dire»
** et que par ce moyen ils les empêchent de
<f confommer une pai^ qui les conduiroit in*
<' dubitablement à une ri^ine totale.
'< Voilà, mes enfans, ce que ma tendrefle
*' m'a fuggeré de vous dire en vous faifant ve-
*« nir ici. C'eft à vou§ \ prefent à voir le parti
.•' que vous avé§ à pr.end^e.*'
lî^gfré la longueur de ce diicours, j'^i
yoiilu,.Mon(leur, vous le rendre prelque mot
. i pip^ pa|: )e^ mpl^ifs que je vous ai expliqué..
Np prpneç point M* }e Comte de Raymond à
partie fur l'entouflafme du language, ce ton eft
PjBpefiàire av,ec les fauvages, et je fuis fur qu'avec
.plus d'exajger^tioi> et quelques métaphores, ils
en j|urpiept été encore plus toucfaéç. Tout ce
. gue je fpuhaite, c'eft que la confcience de l'ora-
teur foit d'accord avec fon éloquence ; que la
çertitud.^ ^^^ ^^ qu'il a fait valoir foit afles
établie
( HO )
ccablie pour ne pas lui laifler le reproche intcf-^
rieur de n'avoir orné que des calomnies*
Ai{ refte, Monileur, vous imaginés bien qtït
fi on avoit dit à noa fauvages : Ne faites point
de paix, continués une guerre fanglante, par de
que votre ennemi veut qu'une banderole at-
tachée à vos canots foit baiflee devant lui, ils
auroient été peu touchés de cette importante
raifon de s'égorger, ainfi que de toute autre
dans ce genre. Mais la confervation de leur
individu leur en paroît une bonne, autant qu'à .
nous et plus qu'à nous, auffi eft-elle la feule
qu'ils ayent. Si d'autre part on leur avoit dit :
Comment le roi de France vous ordonne de
ne point faire la paix, il ne veut pas que vous
la faffiés ; Et nous U vùùhnSf auroient ils ré-
pliqué, Ls fauvage rla p$int de fnaitre. Âinfi
l'attachement à la vie, les befoins de la vie, la
liberté, l'amour de la liberté font les feuls fen-
timens, les feuls biens des fauvages. C'eft \
nous à faire ufage de cette connoif&nce; mais
il me refte à vous faire voir quel a été jufqu*à
prefent l'ufage qu'on en a fait dans ces colb-
tîies et les, progrès que le gouvernement qui y
eft établi y comportent. Je vous ferai ce dé-
tail comme le doit faire un ami et non comnîe
le feroit un courtifan, et ma fincerité ne doit
pas
( Hi )
{as peu fervir à vous prouver l'attachement que
jf TOUS ai voué.
J'ai, &c.
LETTRE XI.
Dm gouvemment de TIfle Reutle^ du militaire ^ (fc*
Monsieur,
LES Ifles Roïale et de Saint Jean obeiflênt
au même commandant qui refide à Louif-
beurg ; mais ce commandant, comme celui de
la Louifîane, eft fubordonné au gouverneur-
général de la Nouvelle France qui refide à
Québec II eft vrai que l'éloignement de ces
deux villes empêche que la fujettion ne foit bien
pénible pour le commandant de Louifbourg*
Je crois même qu'il confentiroit à Faugmenter
de quelques dégrés de plus, à la condition de
n'avoir pas un rival d'autorité dans Louîfbourg
même. Ce rival eft le commiiTaîre ordonna-
teur de la colonie, et voici les différentes fonc-
tions de ces deux chefs. Par les avantages et
les prérogatives qui en refultent, vous jugerés
aifement de la dçfunion qui doit être çntr'eux,
lorfiqu'ils préfèrent, comme cela n'arrive que
trop fouvent, leurs intérêts particuliers au bien
public. Tout ce qui a rapport au militaire et
à la
( uO
a la dignité du commandêmcht, appartient Éii
commandant feul. C'eft à lui \l donner dEetf
ordres aux troupes, et à avoir attention qu'eUes
foient bien difciplin^s et en eut de fervir dans
les occafions* C'eft à lui à fe faire rendre
compte par les ofiiciers de Tétat major de leurs
compagnies et a entrer avec eux dans des dé-
tails qui leur fafibnt connoître leurs devoirs*
Il doit tenir la main en ce qu'ils ne fafièift au-
cune injuftice à leurs foldat^ en leur retehaiif
leurs vivres ou leur folde, et s'il y en a qui
tombent dans ce cas il doit les punir ; mais le
commiilàire ordonnateur doit faire la rcÉRituâoA
aux dépens des coupables.
Le conunandant et l'ordonnateiir peuv e n t
conjointement donner des coligés abfolùs attx
férgènts et aux foldats invalides, en fe con-
formant a cet égard aux ordonnances éit roh
Le gouvernement des (auvàges regarde par*
ticulierement le commandant, ainfi que la fû*
rèté de la colonie. L'adminiflration des fonds
de la caiiTe, des vivres et des munitions^ et gé-'
néràlement tout ce qui a rapport aux miplUxà
et à la caifTe appartient uniquement au conï-
iniflkire ordonnateur, et il ne doit être fait au*
cUn payement, aucune vente ni cônfomniatioil'
que fur fes ordres. Il doit cependant d(Àinisr
au coimmandant Idrfqu'il le lui desdànde,* de^
états
( I4J y
ébrtt des vmes et munitions des ma^afinisr, afin-
^'il pui:f& être totijoilr? informé de l'état de
l plttce. Le détail et radifiiniftratioh des hô-
létaux rejgarde auffi l'ordonnateur, quoique le
co&miandûit ait lé droit de vrïller k ce que
tàatti cHofts ô'y paffent en re^e. L'adriirrfif-
tration de la juttitc eft abfolameht du reflbrt
dSéPordonnateur et le côfnmandânt n^a rieh à y
O&rt que pour ptêtcr main forte au premier,
lôrfque le fecours devièftdrôit néteflaire ; notés
qir'iî ne doit jamais s'y refufer. Cefl au com-
iniflàire ordonnateur, comrfié prèniier conftillér
à faire,' eh l'abfetrcé de rirîlehdânt du Canada,
M fbttôiorts dé pfeffdent au confdl fupefieur,
comme de donner les audiences, de faife ap-
peTIer les càufes, rêcéWllir lés voix, prononcer
les juger^ehs, &c. Et lorfqu'il jugé à propoé
dé faire convoquer quelque confeil extraordi-
naire, il doK en faire avertir le commandant
par VhtAiSéi atfdîèricîér.
Le commandant et l'ordonnateur rendent
càinfit cofïjôîhtément de la conduite des offi-
ciers dé jûfticé et prôpôft'nt dés figéts pour les
places^ vacaYîtes piaf tH6tt ou par demiffioA i
nftSs ce' qui regardé en pifticuTièr le comAian-
dinrrt:, c'eft de veiller à te que les otf tiers ma-
jdifsr et ceujt des trOùpfes ayént p'our ceux de
juÉcë Itâ égardfâ dffs au càrââéré dont ils font
revêtus
( 144 )
netêtus et de maintenir le peuple dans le refpeâ
<]4i'il doit avoir pour ce même caraâére, et fur
tout de laiiTer a ce confeil Aiperieur une entière
liberté dans les fuiFrages. L'ordonnateur dé.
fon côté doit empêcher le confeil de fe mêler
direâement ni indireâement de ce qui regarde
le gouvernement et l'adminifiration générale de
la colonies l'autorité ne lui étant confiée que
pour rendre la juflice aux particuliers dans les ,
affaires contentieufes. Le foin d'empêcher les
gens de pratique qui font ou qui peuvent s'éta-
blir dans la colonie, de fe mêler en quelque
façon que ce foit . des procès, doit être pris
également par le commandant et par l'ordon-
nateur.
Les conceffiôns des terres, des graves, &c
regardent le commandant et l'ordonnateur en-
commun, et ils doivent avoir attention de
placer celles qu'ils font, de la manière la plus
avantageufe pour l'accroiiFement de la co«
lonie.
Les officiers de la juftice ordinaire, ayant la
charge de la police particulière, doivent avoir
pour fufveillant le commiilàire ordonnateur. A
regard de la police générale elle appartient au
conunandant et à l'ordonnateur et elle embrailè
trois objets : l'augmentation des habitans, celle
des cultivateurs et celle du commerce et de la
pêche.
(145)
pêche. Le commandant doit parvenir au pre*
nuier objet en traitant les faabitans avec douceur
et humanité et ea empêchant qu'il leur foit fait
aucune vexation par les officiers. L'ordonna*
téur doit auffi y contribuer de fon côté, en en-
trant dans. les befoins des habitans, en ne per-^
mettant pas que le petit foit écrafé par le puif-
iânt, et que les officiers de juftice abufent de
leur autorité*
• Quant aux fortifications à pourfuivre ou k
fiûre à Louifbourgy et dans quelques autres en-
droits des Ifles Roïale et de St. Jean, le com-
mandant et l'ordonnateur doivent fe concerter»
ainfi que pour le maintien de la religion et du
bon ordre.
Voil^ Monfieur, un abrégé des inflruâiont
générales et particulières que le roi donne aux
deux chefs du gouvernement de ces ifles. Elles
font aflTurement très bonnes et très bien digé-
rées ; mais, félon moi, telles feulement pour
des pays qui font de plus près éclairés de l'œil
du maître. Car dans un conflit de jurldiâion
dans ces diflFerentes fondions, dans celles qui
(bnt en partage, quelle fource de divifion, d'al-
tération, de querelle entre deux hommes fi l'un
des deux feulement manque d'une probité ex-
aâe, à plus forte raifon s'ils n'ont ni l'un ni
l'autre ce fentimjsnt qui porte au bien général,
H et
( «4«)
et qui détermine à dioifir ce bien. y a pluf,
Monfieur, en feppofimt deux aufi honnêlai
hommes qu'il ibit poflible d'en imaginer ; eer
fuppofant qu'ih fimnt exemta de jaloufie, d^ea^
vie, qu'ils pwllfcnt reTpefler cette légère bar-
rière qui fepare leur juridiâion, ne itflerë
C^il pas toujours un inconvénient dahgeréntf
dans le gouvernement partagé avec trop d'cga^
lité ? Comment rencontrer deux hommes c^
voyent les chofbs fous le même point de vue ;
comment évittr qaVvec les meilleures mîctt^
tions du monda, ils ne puifiènt chacun s^opi^
niatrer à leur propre jugement, lorfqU'ils le
croiront tel que Pamour du bien public doit ï»
diâer? En vain on leur prefcrira l'union. H»
fe croiront autorilés à la defobérfBmce. < Si vous
m'objeftés que cet arrangement de gouverne^
ment eft tel dans toutes les villes de la France,^
je vous repondrai qu'il eft très bon là, parce
qu'il eft facile dans le^ cas contcftcs de rece^'
voir une décifion ; mais dans l'cloignement oû^
nous fommes ici que de defordres et de mal*»'
heurs ne peut il pas arrrver avant que Foi-^
dre émané de l'autorité fupréme feifr pra^-*
nonce ? Je crois que vous ne nous * allés par' •
alléguer la foible reflburee de fe fbumettre aux
déciûons du gouvernement du Çahada ;' voua'
fx'ignorés pas que dans, \î plus grande partie de*
l'année
VttïOêe if ftrok tuS hék ffx^ 4élt ii&thélék
êe Fârîs que ée Qné>ec. lï ttt vrai que" Pin*
Urudioû du roi porte que dans leâ affaires qui
reqttererôient celerifié, et fur lefquelles le corn-
miïfiiire et le tommàhdànt rie féroieht pas d^ac«
tôrdy le feotiment dé ce' dernier féroit préfère.
Mais alors il faut du moins que l'ordonnateuf
convienne de la nécéffite de cette célérité, afiri
■de fé déterminer à délivrer Targcnt neceflàîrc
k tout. Comme cet aVeu le foumet à une vo-
lonté qu'il n'approuve pas, on (ent bien qu^l
ne peut le faire qu'à la dernière extrémité, et
par confisquent rorfqu'apparemnicnt>les moyens
(ont devenus inutiles.
Les de(agreablcs preuves de ce que j'avance
(ont encore ailes récentes pour jufiifier mon
(êntiment j et malheureufement ce n'eft pa«
de la contradiâion réciproque d'un zélé lou-
able, quoiqu'aveugle, que nous avons à noue
plaindre.
En mille fept cens cinquante un, il nous ar^
riva ici un nouveau commandant et fix fe-
naaines après il fut mortel ennemi du commif-
Éûrc ordonnateur. Le premier vouloit humi-
lier fon collègue qui, de fon côté, accoutumé
dès longtems aux habitans et aux ufages de ce
pays, trouvoit mille moyens dç le mortifier.
Hz Cxoyés
.( 14^ )
Crojéêvous^ Monfieur» que pendant ces Ac*
bats TeUt fût bien fervi ; l'attention à b fureté
de la colonie bien exaâe? Ce que le com-
mandant projettoit, l'ordonnateur le contredt*
fbit. Celui-ci nioit toujours que le cas fut afles
urgent pour exiger fa docilité; il ne vouloit,^
point ouvrir, fans un ordre exprès, la caii& du"'
trefor qu'il a ordinairement en fa garde. Il fal-»
loit cependant continuer des fortifications, en
faire de nouvelles; l'ennemi toujours à craindre,
étoit peut-être prêt dès lors à juftifier les terreurs
jqu'il infpire; mais en attendant que la querelle
entre les deux rivaux d'ambition, d'autorité et
peut-être d'intérêt, dût être terminée, les jiiftes
précautions pour être trop tardives, font en
dangcir de devenir inutiles. Mais ce ne font
point ici des exemples, dirés-vous l Ces deux
hommes là avoient fans doute des défauts in-
compatibles avec l'amour de la patrie ? Et qui
nous aflurera, Monfieur, que d'autres qu'on à
envoyé aient été mieux choîfis ? Ce choix n'ejl
il pas de lui-même fujet à de grandes erreurs,
fans compter les erreurs volontaires qu'occa*
fionne la faveur : ainfi puifqu'il eft impoifible de
connoître ailes le cœur de l'homme pour ne
pas s'y tromper; puifqu'il feroit trop pénible*
au maître de porter cet examen fur tous ceux
qui l'entourent, ne vaudroit il pas mieux ne
bazarder
( 149 )
hasarder Pauforité qu'entre les mains cTun fcvH
dans un pays où il eft fi difficile de remédier
aux aBiis d'une indéciiion toujours dangereufe ?
La honte et la crainte d'être fans excufe, de no
pouvoir faire tomber fur un ennemi le poidd
des fautes, le contiendroit du moins. Un plan,
qudqaè défeôuéux qu'il puiflè être, eft meilleur
avec une fuite confiante que les plus excellent
projets fujets à des contrariétés, à des tergiver-
iâtions et des remifes perpétuelles.
D'ailleurs n'allés point imaginer que les deux
cfaefis dont je vous parle fufTent de ces honunes
dont pcrfonne ne vante le mérite. Jugés en
{dutôt d'après le Uen et le mal qu'on en a dit.
L'ordonnateur qui refte encore dans la co«
kmie a pour ainfi dire, blanchi fous le harnois*
n eft venu très jeune dans le pays. Il y a lui
moEoe élevé la créole qu'il a pris pour femme#
Bien des gens difent qu'il entend parfaitement
les avants^es et les intérêts de cette colonie ;•
quelqu'uns, et fur tout fon adverfatre, ont pré-
tendu qu'il entend encore plus les fiens; qu'il
ne favorife que fes proches et fes alliés; que
par des préférences injuftes, il décourage lea
habitans et empêche par là les ' progrès de
l'établifièment. Ce commandant lui' repro*
choit de plus une bafle extraâion,. fon premier
emploi d'écrivain de la marine et la médiocrité
- H3 de
C ^60)
4c fet tvlaift popr tout ce qui ne te itgpvdt
fift perfennellement
' Mais oehit qui faifoit ces reproches n'en eft
pas lui-même exerot. Il a beau fe parer dt
Fhonneur cPappantenir ^ un de nos plus fameux
miniftres d'état, on lui nioit cette prétention
et on foutenoit que Tintérêt la lui a inrpir<6i
et que Tadrefie la faifoit valoir. ' Vous jugés
bien que d'après ces préjugés on lui cherdsok
noife fur tout. Sa figure même, dirgrace fi
peu reprochable, n'étoit pas épargnée. Il eft
yrm qu'il en a uae de l'eTpece qu'il £iut pour
exciter plutôt k la raiUerie qu^au refpeâ dea
gens qui font d'autant plus portés i Itu m|
manquer, que dans le vrai il en exigoit trop.
L'âsr impérieux, le ton du defpotifme ne peu-^
tent guère être fputeaus heureufement avec ua
vifiige et une taille ignobles et defagretbisa,
aree des jomhas 4fâi ràppetiflênt fiàcheu£ntteoi
çehtt qui vondfoit «'âever au dâSiis de tout oa
qui Pentoure. Ua génk vafie, une feniiat^^
Âckurée repareroieftt ces défauts, les effacenoîent
nbn«s ; et précifement on afiiire preiqu'iinani*
mmept que oes deux qualité ne peuvent pnN
duire oç bc|n effet en ^veur de ce commaa^
daine. On vsut^u'il eut feulement la déman^
geài&m de fis mêler de tout, de tout âiire^
àm lakaa peur JHftsfier cette inquiétude et c»
%éle.
( »5« )
mile. En effet, quoique les fondions des deux
chefs foient très formellement diftlnguees, à
foroe de vouloir empiéter fur celles de fon
collègue, il iit ici un fchifme très préjudiciable
à la colonie. Il forma projets fur projets et en
barafla la cour; en vain, on lui prefcrivoit de
fe concerter iivec Tordionnateur qu'on a tou^
jours prefumé plus inftruit pur l'expérience, il
secommençoit toujours. L'entêtement eft un
attribut trop attaché aux efprîts bornés pour
pouvoir en être feparé, et comme il ne peut
l^pandre fon preftige que fur les autres, il
tâche d'autant plus d'en trouver les moyens
qu'il e^ plus éloigné de fe faire illufion à lui-»
même. Exiger à titre de décoration du ca«
laâére, des honneurs qui ne font dûs qu'à U
personne, e(t un aveu tacjte dont on a grand
foin de fe cacher la valeur; et d'aillçurs les
airs de hauteur et de fierté ne rehaufiènt ils
pas les qualités perfonnelles aux yeux des fots,
^ les fots. ne font ils par le plus grand nombre,
peut-être même le feul que s'avife de compter
celui qui leur refTemble. Ces reflexions font
générales, comme vous le voyés; quoique l'ob-
jet qui les a amenées puifle décider de l'appli-
cation ; ce qu'on peut dire de particulier c'eft
que ce commandant a paru ici comme l'être
qu'on devoit le moins y attendre. Aucune
H 4 occa*
( i5« )
occtfion n'avoit encore montré ce qu*il étoit
capable de faire dans un art qui nous eft £
neceflaire. Employé jufqu^alors dans le fer-
▼ice de terre où l'on ne prend gueres de nodont
de celui de mer, il n'avoit pas même dans le
premier, été dans le cas d'obtenir des diftinc-
tions« On prétend qu'il excelloit dans les avit
et dans les projets i mais je ne fçab fi cette,
forte de mérite peut être compté pour quelque
chofe dans un pays où il eft ordinairement de
trop.
Cependant on ne s'en tenoit pas à pefer la
Yaleur de fon efprit, l'ordonnateur trouvant '
trop peu de contradiâion fur ce point, l'atr
taquoit de plus près; quand je dis de plu»
près, c'eft que je penfe fans doute ainfi que
vous, Monfieur, que le coeur et les fentimena,
qui en dépendent, tiennent plus à un honune
que les qualités dont le défaut doit plutôt être
mis fur le compte de fon proteâeur que fur le
fien. On lui reprochoit d'avoir acheté un ter-
rain d'une étendue considérable et qui avoit
été défriché à grands frais, de ne l'avoir pas
même payé; d'avoir de plus obligé plufieura
habitans à lui vendre leurs pofTeffions attenant
ce terrain. On lui reprochoit encore que .fa
cuifiniere dont il avoit fait fa gouvernante
vendoit tout ce qu'on devoit obtenir à titre de
grâce.
C ^53 )
grice, et que par là elle s'eft enrichie aux d^
pens de ceux qui Ie$ avoient méritées; tout cela
ibnt des accufations qu'appuyé une dépenfe
au defilis des facultés de celui qui Ta faite, que
balance le témoignage de quelques perfonnesw
qui» quôiqu'obligées à la reconnoiilànce, peu- .
▼entn^être qu'éclairées, et que décident lea.
gratifications de la cour. Car enfin à ce même
homme dont quelqu'uns ont conièrvé ici une
mémoire fi peu honorable et fi peu avanta-^
geufe, on lui a accordé une remife de Tes dettes
qui étoient confiderables, par forme de gratifica-
tion et une peiifion de Quatre mille livres.
- Vous voyés pourtant, Monfieur, combien
peu le doute ou la certitude fur un pareil fujet^
lôsporte à des citoyens qui fouiFrent de l'un et
de l'autre. Les habitans, dans la vue d'amafièr
quelqueliien, font prêts à fe donner mille foin»
qui feroient le plus grand avantage de la co-
lom'e ; l'înjuftice arrête les uns, la divifion £ût
craindre aux autres d'en perdre bientôt le la*
beur. De quelque côté que viennent ces fléaux^
ils font tout languir, tout dépérir. C'eft en-
core une fois Toeil du maître qu'il nous fau-
droit pour y fuppléer, ia repréfêntation non
divifée et digne de lui. Mais je ne m'apper-
çois pas avec mes plaintes et mes fouhaits que
ma lettre eft longue, que je ne trouverons pas:
H 5 de
( 154 )
délace pour les «vitres d^ils d'un goiivenie-
ntoitSJont en bon citoyen je dois déplorer les
abus ; dont en bon ami je dob en avertir un
ami qui viendra dans peu les iubir. Relèr<-'
vons donc le refte |>our une nouvelle lettre et
iiniflbns cdle^ct avec tés lentimens qui teraw*
lient toutes les autre».
Je fuis, tiCm
LETTRE Xn. ..
Du cmfiil fupiriiur^ d^sémtrêêjuriféOimsiii
' f agitai, dn frîÀris^ d$$ nmn^Sy et As mfflm*
nairti dit fûfiivages.
Monsieur,
APRFS vous av(nr afliSs entretenu d^
deux cheft de la colonie, de leurs di#fe*
rentes fQnâîons, de leurs dtvifions et des incon-
veniens qui en refultent, il &ut vous parler deè
torps fubalternes qui ont le détail du gouverne*'
ment. Le cpnfeil Tuperiei^r eft compofé du
commandant, de Tordonnateur, du lieutenant
de roi, d*un procureur général, de quatre \
cinq confeiUers, d'un greffier et d'un huiffier^
et quand il fe trouve quelque confeiller malade
ou abfent, l'on adjoint quelqu'un de lu colonie
pour
( ^55 )
pour tenir la place lorrqu'il y a dejs caufea i
jugpc. Mais» Monfieur, . puifque j'ai pris ]«
parti de vous ouvrir mon coeur fur le chagrin
que me donnent les divers abus qui font ici
prefque d'ufage, je vous dirai ce qu'il feroit à
fot4iaiter qu'on obfervât pour y remédier»
D'abord il faudroit pour procureur général un
hoomie reconnu au moins du plu» grand nombre
pour un homme de probité. Il faudroit que^et
homme eût fuivi le barreau» qu'il eût étudié les
loix et qu'il eût avec cela un bon difcernement.
)1 ne feroit pas moins neceflaire que chaque
copfeilier eût également fait une étude des prin-»
cipicks loiac. On les prend ordinairement par-
WH les négociants, et trop fouvent fans bien ex«
miner s'ils ont les qualités requtfes, ce qui
pevt être très préjuAciable, Et comme il n'ar-
rive que trop fouvrnt qu^ib ont quelque intérêt
dEans les..caufes qui fe plaident contre d^autreu
négociants, il feroit à (ouhmtt que le major de
k. place fût adjoint au confeil,^ Iqu'il ne le fût
cependant que ihc mqis après avoir été nonnné
k la majorité, pendant le quel tems il s'appli-
queroit à l'étude des loix ; il affifteroit à tous lea^
confeils fans cependant avoir de voix délibéra-
tive pendant cette efpece de noviciat. Il feroit
encore bon de faire entrer ég^dement au confeil
un des principaux capitaines, non en le pre^
H 6 lumt
( '56 )
nant par rang*d'anciaineté, mais en le choi»
fiflant fur tout le corps après lui avoir trouvé
les qualités convenables à cette fonâion et en
avoir été convaincu pendant la même durée Je
tems fixée pour le major.
Il faudroit en ufer de même pour le lieute«
nant de roi, et pour tous ceux que Ton deftine-
roit à être confeillers. On auroit par ce moyen
toujours un confeil édairé ; il eft du moins mo-
ralement fur qu'il le feroit d^avantage que lorC»
qu'on prend des confeillers au hazard. DWU
leurs ce mélange d'officiers militaires avec ceux
de robe ne pourroit que faire un très bon efiet
et éviter bien de ces abus que vous devinés
fans doute, Monfieur, par mes arrangement
pour s'en preferver. Un bien confîderable que
ce même mélange produiront, feroit d'amener Si
une focieté d'opinions deux états qu'on ne
fauroit trop raprocber pour empêcher le mépris
d'un côté et la haine de l'autre ; mépris et haine
qui ne font que ridicules dans les pays âorif-
fans, mais qui font très dommageables dans
un nouvel établiflèment. Et quand il arrive-
roit que ces fentimens ne feroient pas anéantis
ils feroient encore utiles; car enfin il Tunion
eft bonne dans lés confejls, la divifion^ lorf-
qu'elle eft modérée, ne Teft quelquefois pas
moins; elle rend la corruption plus difficile^
- . Elle
Elle excite des jaloufies qui finiflènt fbuvex^
par une émulation avantageufc. Je fuis du
vaoim bieo fur que dans ce confeil^ tel que je
viens de le régler, on ne verroit point les con-
fcillers s'aflbir pour jugçr une caufe fans en être
inftruits i ils voudroient fans doute en apprendre;
du moins quelque chofe par un mémoire, ne fût-
ce que pour fe difputer réciproquement, de dif-
cernement; car quel eft l'homme de loi oa
d'arithmétique qui ne (e croye et ne veuille fe
donner pour plus fçavant qu'un militaire l
Quel eft parmi les militaires celui qui veuille
pafler pour ignorant i ^
Apres le confeil fuperiei|r vient le baillage
qui mérite malgré fon infériorité i Tégard du
premier, les mêmes attentions et les mêmes
précautions. Cette forte de juridiâbn qui
s'étend particulièrement fur le civil et fur la
police particulière de la colonie, eft compofée
d'un juge, d'an procureur du roi^ d'un greffier
et <l'un huiffier. Elle eft exercée aâuellement
par les officieirs de l'amirauté, ce qui paroît tout
à £iit incompatible. Il conviendroit donc qu'if
7 eut un bailli honnête homme, qui eût au
moins quelque teinture des loîx et içût la cou-
tume de Paris qui eft celle qu'on fuit dans le»
colonies Françoifes ; qu'on afiurât à ce juge et
à fcs adjoints fubalternes du paiiii fans leur
laiflbjt
(' IS8 )•
Iftiflèr le foin d'en chercher aux dépens de foi
il appartient. En effet les gages attachés* .à
cette juridiâion ne font rien moins que firfi«
fiins. Ils ont été réglés fur une taxe qui .ne
peut plus s'accorder avec Taugmentation de la
colonie.
Mais comme fi ce n'étoit point afliés qu^ii
nous manquât de? moyens pour entretenir hon*
nctemcnt nos juges, et pour les forcer par ce
bien être, à juger fans vues d'intérêt, il nous a
manqué aufi les moyens d'exécuter leurs fen-
tences. Nous n'avons ni exécuteur de la haute
jufttce, ni queftionnaire, ni prifons. Vous n'en
avéb peut-être pas bcfoin, dires vous ? Pardon*
ncs mcAj Monfieur, car nous ne femmes pa|
des hommes uniques ; et plut à Dieu puiffion»
nous nous paflèr de tout cela, je ne fefors pas
fi inquiet pour la fubfiftance dt nos juges.
L'amirauté cft cotnpofije d'un lieutenanf,
d'un procureur du roî-, d^uff grcffkv et d'un
huiffer. Je ne puis m'empêchcr dte fouhafiter
encore pour cette juridiâion, que Tonfaôc chois
d'officiers deixntéreffés, qui ne fbâènt amam
commerce et qui foient df une granife aâivicé et
attention., pour empêclier tout commerce iK
licite ; pour faire la vifite de tous les vaifTeaux
et batimens qui entrent dans le port, ainli que
pour envoyer dans les autres ports- et havres, de
rifle.
( «59 )
fHh. CVft ramurattté qui reçoit la icclarst^
Hofi it$ n»archaiidifes et effets qui font ap^
portés dans ia cdonie tant par les navires na*
tionnaux que par les é'.rangers. Les émoliH
mens qu'elle reçoit à cet égard font très conil*
derables. Elle vifite les batimens et vérifie les
cargaifons Air ces déclarations feites à Ton
greffe. S*i\ s'y trouve des tSéts non déclarée
ou prohibés par les ordonnances, ils font con-<:
filqués et les capitaines condamnés à des amen-
des pécuniaires, à des faîfies de leurs cargaifons,
itc. Le juge de l'amirauté eft, comme je l'ai
dit, tout à la fois, juge du baillage. II étole
ti-deTant garçon perruquier, il devint commis
fl'un marchand de Louifbourg, greffier des deux
juridiâions, et depuis la paix le fecretaire de
Famiral ayant entrepris un commerce maritime
confiderable, fit cet homme juge de l'amirauté,
lui procura la place de bailli pour mieux s'en
fenrir dans fon commerce k Louifbourg. Ce
juge et ceux qui lui font fubordonnés dans fa
juridiâion font devenus fort riches. Ce qui
leur eft d'autant plus aifé qu'ils font intérefles
dans différentes parties du commerce, fur tout
dans celui qui fe fait en contrebande* «
U faut en venir à prelçnt an goiivernep[)ent
fpirituel dont l'adminiflration n'eft pas la moias
«ffentielle fur des efpùtft que Iql ïéiçl et la fim«
plicité
C i6o )
pYicité rendent fufceptibles de toutes impre(^
fions. On n'a donc pas moins de precmutioiift
à prendre pour choifir les membres de cette cf- '
pece de gouvernement que pour tout ce que je
vous ai fait obferver. Je dirai même qu*il y en
Euroit encore plus; car les fauvages font trèa.
Tufceptibles de fcandale, de préjugés et d'entêté-
ment dès qu'on met la religion en jeu. L'habi-
tant a pris avec eux quelque teinte de ce ca*
raâére. Jugez donc, Monfieur, du ravage
que feroient ici des efprits fedttieox, ou fi vous
voulés, de ces atrabilaires qui couvrent Taîgreur
et la fougue de leur caraâére du manteau de
la pieté. Jugés dans quels defordres plongjc-
roient des hommes dont l'exemple doit fervîs
de règle, s'ils étoient des models de difiblutioii
pour des gens déjà afles portés au dérèglement $
mais pourquoi mettre à un tems incertain ces
malheurs qui ne font que trop certains : par-
lons plus franchement, nous les éprouvons déjà,
et qui pis eft dans les deux genres à redouter.
Nous avons fix miffionnaires dont l'occupa-
tion perpétuelle eft de porter les efprits au fana^
tifme et à la vengeance ; j'avoue que ce font
des armes qu'ils tournent contre l'ennemi natu-
rel, mais cet ennemi n'a point encore rompu
la paix qui eft entre nous et lui, et je doute que
le Chriftianifmc permette d'excker d'avance à
des
l
( i6i )
des fcntimens, à des démarches dont les confe-
qucnces vont à ]a haine, à la deftruâion de nos
femblablet et qui peuvent en hâter la trifte ne-'
ceffité» Je ne puis fupporter dans nos prêtres
oes odieufes déclamations qu'ils font tous les
jours aux fauvages : <* les Anglois font les en-
^^ nemis de Dieu, les compagnons du Diable,
^* puifqu'ils ne veulent point penfer comme
" nous, faites leur le plus de mal que vou$
*• pourrés. Notre roi n'a pu éviter de faire avec
" eux une paix qui ne doit pas être de durée,
•• mais- cette paix ne vous regarde points conti-
** nùés les hoftilités jufqu'à ce que nous jugi-
<« ons à propos de vous féconder j ce font là
« vos devoirs envers Dieu, envers vos proches
" dont le fang crie vengeance ; envers vous
^ mêmes, puifqu'ils ne cherchent que votre
« perte, &c."
Paflè encore, Monfieur, que le commandant
qui peut avoir de ces raifons politiques qui s'ac*
cordent rarement avec P£vangile, puiile leur
parler ainfi ; mais que des minières de ce même
Evangile, faiTent pareils fermons, je ne puis
croire que malgré Fintérêt que notre miniftére
peut avoir d'en defirer l'effet, il puiffe en ap-«
prouver la forme. £h qu'oferions nous ire«
pondre aux Anglois il, dans la fuite pour parer
le reproche d'une guerre où nous chercherions
( l62 )
à les regarder comme agrefièurs, ik nout fid-
Coient voir la copie d'un de ces édifiant <lif»
cours? Ceft bien ici qu'il faudroic fe recrier $
non le Dieu que j'adore n'infpire point de p«^
reilles fureurs ! Oui, Monfieur, fi fes minUfacs
ne parloient que d'après fes faints précepteat
voici ce qu'ils diroient à ces âmes fimpks et
droites qu'ils feduiiènt : . <* nous Tommes tout
^/ les enCans de Dieu^ les Ânglois le font
** cooune vous, c'eft au Père feul à juger s'ilt
^^ lui font defobeifiàns; il ne nous a point com«
^* mis le foin de (a cauiè, il fe l'eft même re*
** fervé. Us font vos frères, et 2^ ce titre vout
M devés i>ublier les œomens où ils ont été vot
** ennemis; vous devés même craindre que cet
*< tems aialheureux ne reviennent et au lieu
^< de chercher à les hâter, déplorer la fachcuiii
« neceffité d'une jufte défcnfe/'
Sijnotaii£o|iaires portoicnt et s'exprimqîent
atnfi» nous n'en aurioni certainement pat oflei
de fix i mais de la manière dcmt ils penfeot et
parlent, nous en avons aiTurement trop de ce
nombre» J'en excepto pourtant un qui en eft
eomme le fuperieur. Celui-ci eft un hommo
de bien, il a de l'efprit et du bon efprit» de If
douceur dans le caraâére et de la probité. Ce
n'eft cependant Ik qu'un contre cinq, et quelque
iicok fens qu'il ait, il n'eft pas poâible qu'il
fafle
( H53 )
^tSA entendre rsdfon aux autres, fur tout n'ayant
^xifiO à reprendre en eux du côté des moeurs;
C|ir il n'eft que trop prouve que les perfonnei
4t cet état à qui on ne peut rien reprocher fur
cet article k croyent tous les autres permis. Il
p'eft pourtant guéres problématique quel eft le
plus dangereux du prêtre débauché ou du prêtre
enthoufi^e, feditieux; l'expérience n^a que
trop décidé. Mais, comme je vous l'ai dit»
BOUS femmes affligés des deux inconveniens»
Si nos miffionaires excitent des troubles par
leurs déclamations^ les moines recollets qui
partagent avec ^ eux le foin de Teglife, portent
au defseglement par leur exemple Car tout leut
yvrognerie, leur ignorance, &c.
L'bâpital eft deilèrvi par fix frères de la cha«
rite. En vérité il n'y a pas de foldats choifis
aa hasard, ^ui ne mènent une vie plus bbnnêt«
que oei gen9 1^ ainfi que Jes necollets. Ils pa«
roUTent ne pas même ibupçonner que fa charités
Ibit une vertu rccommandable, car fans l^atten-^
tion que le commandant a quelquefois à leur
conduite, les pauvres malades qui vont à cet
hôpital, feroient aiTurés d'aller à leur tombeau.
Cependant le roi les paye autant que ^'ils me»
ntoient fes bienfaits. Il donne pour chaque
finere cinq cens livres par an, mille livres pour
leur tenir lieu da vivres, troia mille iivrea pour
l'entretica
( i64)
Tentretien des meubles et utenfils de l^hôpiCBl»
fix cens livres pour l'entretien et le remplace-^
ment des remèdes et medicamens qui fe con-
fomment chaque année. La journée de chaque
foldat malade leur eft payée feize fols et ils ont
en outre fa ration, ce qui s'évalue plus de vingt
cinq fols. Pour les autres perfonnes de la. co-
lonie qui y entrent au compte du roi, on leur
paye auffi vingt cinq fols, et ils en exigent
d'avantage des bourgeois ou autres habitani
qui s'y mettent à leurs frais. Ils ont la maifixi
la plus vafte, la plus folide et la plus commode
de la colonie. Us ont auffi trois difièrentcf
habitations dans les meilleurs endroits de Tifte
où ils élèvent dçs volailles et du bétail ; toutes
chofes qui les mettroient bien en état de iâire
leur devoir auprès des malades, s'ils le vouloidit.
Je répons cependant qu'ils ne le voudront
jamais et qu'il n'y a d'autre moyen pour la.
fureté des malades que de mettre dans l'hÔpU
tal un chirurgien. qui vifite les remèdes fur kà
quels ces frères de la charité font encore la
fraude infâme de choifur les drogues fdon leur
intérêt, et non félon la bonté qu'elles doiveùC
avoir. Ils n'çn font pas moins fur la façon de
régler la nourriture des malades; ainfi le jdua
court feroît de ne s^en point fier à eux et cft
les renvoyer en France faire pénitence. Ut
en
( «65 )
co auraient bien befoin ; car outre tout ce que
je viens de vous dire, il refte encore affés
d'autres matières à leur repentir. Comme ils
fent chirurgiens, médecins et apotecaires pour
toute h.colonie, ils font perpétuellement à errer
dans les maifons, et Dieu fçait c& qu'ils y
Cuit ; je crois du moins que s'il y a des femmes
qui ne s'en plaignent pas, il y auroit bien des
maris qui aùroient à s'en plaindre. EfFeâive-
ment l'emploi de leur mintftére de chirurgien
qui leur plait le plus, paroît être celui d'ac*
coucheur ; et il y a apparence qu'ils ont plus
d'un intérêt à l'exercer. Enfin, Monfieur, ces
chofes toutes malhonnêtes qu'elles font au ré-
cit, le font encore plus dans la pratique, et
ceux qui doivent nous édifier par des em-
plois tout différents, font encore pis que ce
que je puis vous dire, je m'en tiens à leur
entière expulfion. Je voudrois qu'on leur fub-
fUtuàt des foeurs grifes, le foin de l'hôpital
feroit mieux entre les mains de ces femmes
qui font en général plus capables de ces at-
tentions neceffaires aux malades, et les femmes
tertueufes font propres à tout.
Nous avons ici des foeurs appcllées de la
congrégation d'un infiitut établi à Québec,
deftinées pour l'éducation des jeunes filles et
qui font réellement vertueufesj mm à peine
f«nt
( 1«)
font etlci higéei et nourries tmdia qur b i
ImpiideAt cieve de IVoibonpoiiit le {dm- mal.
eœpbyck £a vcficé j'en fiiit eo colère et tnok
ftigreuf m'empêche de m'a pcicc fo i r que je ynmt
ennuie peut^tit, ea voua arrêtant fi long temt
far les mêmes objets^r Venons en donc rai
farces qui d^endeat tout tant bon que man^
▼ab.
Avant la guerre il y avoit un état mafop h
Louiflxnirg oompole d'un lieutenant de loî^
d'un major et d'un aide-major et un- lieutenant
de roi i Hie- Saint Jean. Les troupes enim«*
tenues écoient au nombce de huit oompagaièt
Françoifes de foizantedix hommes chacune^
commandées par un capitaine» un lieutenanly
un enfeigne en pié et un eo<èigne en feeond
avec un détachement de cent cinquante futflis^
du régiment de Kamcr. Ges troupes étôient
en garnifon à Louiibourg d'où Pon en- dé«t
tachoit une compagnie pour l'ifle Saint Jea«
et une autre pour la batterie'roïale, lefquellea
changeoient tous les ans pour y rouler toun
à tour. .Qn. faifoit auffi un détachement puy^
ticulier pour le port Touloufe, un autre pow
le port Dauphin et un autre pour la batterie
de l'iflot. Depuis que l'Iûe Roïale a été refti-»
tuée à la France, on a porté ]a garniibli à
vuigt quatre compagdÎQsi' Franiçoisfes de. ckif>
quaots
( i67 )
puante bosNnet chacune» L'ctat major a écé
Mablî for Fax^cicA pîé et Van a fatt une fXRH
wUe diftrîbiilkm de b gamifon relatire à fou
aagineit|atieii. Oùbe ces vingt quatre compas
gnies de troupes re^ëe% on a encore fak repafiepr
dans la colonie une compagnie de canonniert
bombardiers qui y avoit été établie quelques
années avant h guerre, et elle eft de la plus
grande utilité pour le fervice de l'artillerie. Je
ne vous dirai pas^. Moniteur, qu'il n'y à point
d'abus parmi ces troupes, car je ne veux .pas
plus mentir en ceci que dans le refte. Ce que
je puis certifier dantf cette occafion, c^cft que
ce n'eft point la faute ni des reglemcns, ni
des înftruâions de la cour pour les eomman<*
dants; mais (1 l'on continue de ne pas mîeu^
les obferver fur ce point qu'on ne les obferve
for ceîuî des fortifications expreflemcnt recom-
mandées, nous courons rifqae iftalgré tant de
braves gens qui nous défendent et îe non/ibre
des habitans qui dans la feule ville de Loui(^
bourg monte à 4000. perfomies dont environ
h«it cène en état de porter tes armes, âé re^
tonAtP fous la puiilknce ds Fennemi terfiju'it
lui prendra envie d<s nous" reprendre,
N'eft ii'donc pas digne d'Un- bon citoyen de
^liplorer la peftt-diss hc^mmes, des feins et des
ëéptafet que nooi' WoMfr ainft peiiodiquenseiit
par
( i68 )
par la malverlktion de ceux qui abufeht de la
confiance du prince ; auifî n'ai-je point encore
fini mes lamentations, et je vous coimois trop
-bien, Monfieur, pour n'être pas.fur que yom
partagerés le fentiment qui les diâe.
LETTRE XIII.
Du comnurci qui fe fait dam les deuxlJU5\ dk
celui qui y ejl prohibé j des abus à cet égard.
Monsieur,
LE commerce fait aujourd'hui dans tous les
états de TEurope un des principaux ob^
jets du gouvernement s outre les richeflès dont
il eft la fource, il fert à unir les différents
peuples par des intérêts et des commodités re«
clproques que l'habitude et la corxefpondance
fortifient, et dont elles forment enfin les noeuds
les plus durables dont les hommes font capables
d'êtres liés.
Cette maxime fi bien connue des Ânglois et
des Hollandois, femble être devenue la bafe de
toute leur politique, il n'eft prefque point de
nation avec laquelle ils n'ayent des traités de
commerce et un. négoce bien établi. ÂuiS
Bi'eft il pas douteux que l'influence prodigieuiê
4e ces deux états dans toutes les afiàires de
l'Europe
( i69)
l'Europe et la facilité qu'ils trouvent dans toutes
ISurs négociations, ne foient dues à ces anci-
ennes liaifons que le conimerce a produit, et
gu'il a rendu neceflaires. Il eft furprenant que
la France n'ait fenti qu'après toutes h$ autres
nations, l'importance d'un article fl eflèntiel;
qu'elle ait, pour ainfi dire, renoncé pendant fi
)ong tems à tous les avantages qu'elle, en pour-
roit retirer en vendant à perte aux HoUandoisi
k droit qu'elle avoit d'en donner des leçons.
£n effet les François poiTcdent le fond de corn*»
fnerce le plus riche qui foit en Europe. Prefque
toutes leurs terres font fertiles et bien cultivées.
Ils ont un nombre infini de manufiiâures s leurs
colonies feules fourniflent chaque année pour prc&
decentmillions de denrées qui entretiennent une^
oavigatiçn confiderable. Tout cela leur donne
1^1 fuperflus immenfc qui devient à charge, fi l'é-
ûranger ne l'enlevé pas; mais qui doit neceiTaire-.
ment porter l'état au plus haut degré d'opulence,
6 Ton en étend de plus en plus la confomn^ationk.
. Une telle conftitution .de commerce auroit
dû naturellement lier les François av^c tous
les autres peuples. Il en eft peu qui ne faflent;
ufage de nos marchandifes, qui ne les recher-'
chentméme, et. ne leur donnent la préférence. .
Il ne faloit donc que leur faciliter l'entiée de
nos por(s et recevoir d'eux, tout €6. qu'ils
.1 peuvent
( 170 )
peuvent ficus apporter fans nous nuire. Par
là on auroit augmenté le nombre et la concttr-"
rence des acheteurs; il fe feroit fait un plus
grand nombre d'enlevemens, ils euflfent été phié
rapides; ce qui ne peut arriver fans que le
prix des denrées augmente, ou du moins ikni
qu'il fe foutienne fur un pied fort avantageux.
Mais loin de s'appliquer à cet ob^et, on^a
pris et iuivi trop conftamment une route toute
oppoiéb. Sans s'embarraflèr des autres peuple^,
on s'eft repofé fur les feuls Hollandois du fein
de notre commerce, et c'eft fur ce plan qu'ont
été faits les traités que nous avons eu fl long
tem&avec eux, et dans lefquels on leur a accordé
des {)rîvileges exorbitans et incompatibles avec
le négoce de tous les autres états.
Quand la raifon ne s'oppoferoit pas à des*
préférences fi dangereufes, l-évenement nous a
zSés fait connoîtrc ce qu'il en coûte à la France
pour les avoir accordées. Nos mers ava^t ces^
traités, étoient couvertes de navires du Nord
et^e la mer Baltique ; depuis pour un vaiilêau
Danois, Suédois, &c. qui paroiilbit dans nea-
ports on y en voyoit cent Hollandois. La na^
vigation étant donc tout enfembie le moyen et
rjOCcafioQ du commerce, tout paflbit en Hol^
lande, ou plutôt tout «dloit s'y perdre ; car den
ne contribue tant à la diminution du prix dea
mar-
( I7X )
nurcfaandifes que de les reunir en trop grande
abondance dans le même lieu. Et d'ailleurs
pomsie il ne fi» confommoit en Hollande qu'une
tfis petite partie de nos denrées, et qu'elles
dévoient pafTer dans le Nord et dans la mer
«Baltique où elles étoient revendues, il étoit de'
rintérêt des Hollandois de les tenir toujours à un
prÎY fi b93. qu'ils pufTeht y gagner dans la revente,
et que les étrangers n'euflent aucun avantage à
le^ veojr chercher en France, ce que ces étran-
gers fe gardoient efFeâiyement bien de faire,
va les droits qu'ils payoient plus qu'eux^
Ce {y&èr^ de commerce avoit prefque ru-
içé li|' Finnoe. Les Hollandois difpofoient à
leur gré de ce que nous avions de plus précieux.
I^eiirs vaiAe^ux 1^ leur portoient à nos dépens
et à nos riiques; et ils fe fervoient contre
npu&'-memes de cette abondance que nous leur
proauipns, en fixant à nos marchaDdifes un
pri^ a(bii^^aitçe, et toujours relatif à leurs reventes
diAsle nofl^d. P'ua autre côté cette diminu-
tion 4c prix à Atpfterdam, fe faifoit fentir par-
contre coup daB3 tout le r^e de l'Europe ;
ciu^ ç'étojlt la HoUande qui regloi^ le prix cou-
rait de toMtes le$ m^rchanciifes, et la France
éteÂt obligée de le fuivre; ce qui aviliflbit
c|uelquçfois nos denrée^ . à un tel points qu'elle^
i\(QiUS coutpient le dovble de:ce<}u'oa en oSroit.
I2 U
C i7« )
U étoit donc de la dernière importance éê
renoncer à des traités qui détruifoient les fdiis
precieufes reflburccs de l'état, nous férmoieiit
rentrée de la mer Baltique, éloignoient necef-
fairement de nos ports tous les navigateurs de
ces contrées; rompoient prefqu'entiérement
toute relation de notre part avec les états du
Nord, qu'ils nous auroient peut-être aliénés fans
retour.
Car enfin c*eft le commerce, c*eft la richefiè
dt l'abondance qu'il procure qui, chez tout les
peuples, deviennent à la longue l'intérêt le plus
cher et le plus conftant. Toutes les autres rat-
fons d*état cèdent à celle là, ou du moins
elles s'y ploient.
Combien donc notre politique ne doit die pas
avoir foufFert par l'interruption tiniverfelle du
commerce où nous avoient réduits les traités avec
la Hollande ? Car voici ce qui étoit arrivé et ce
qui arrivera toujours, quand nous voudrons faire
avec quelque nation que c^ foit, de pareils
traités qui donnent l'exclufion aux autres na-
tions. Les Hollandois ont fait par tout des
traités de commerce dont le plan conftant et
uniforme, fe réduit toujours à des ftipulations
formellement exclufives de tout autre trafic
que le leur, ou à des avantages pour eux fi
exceffifs et fi finguliers qu'ils équivalent à l'ex*
dufion
( 173 )
clufion même. Par là ils ont achevé de d^-
tourner la correfpondance direâe du Nord avec
nous. Ils ont fait leurs établifièmens et s'en
font fervis pour nous nuire. Car on peut bien
dire que des traités de cette efpece qui n'ont
pour bafe que Terreur de ceux avec qui ils font
faits, et où il eft vifible que toutes les conven-
tions tendent à borner le commerce de ces
peuples à celui de la republique d'Hollande»
ne peuvent ni fe conclure iit fubfiAer fans mettre
en oeuvre toutes les refTources de la politique
pour infpirer la défiance, la jaloufie, Téloigne-
Bient, la haine même s'il le faut, contre les
nations qu'on a intérêt d'écarter.
L'Anglois à fon tour, quoique quelquefois
dupé par les artifices de la republique d'Hol-
lande, n'a pas manqué de l'éclairer de près
dans Tes démarches au fujet des traita qu'elle
z fait, et de vouloir y participer ; et cette ne-
ceffité où l'ont mis notre préférence infenfée,
a peut-être encore plus contribué que l'anci-
enne jaloufie nationale, à leur averfion pour
nous. Aufli voit on que le but des deux na-
tions eft toujours d'exclure la France comme
la feule rivale redoutable. On tâche de la
rendre odieufe ou inconnue, d'empêcher qu'on
ne fréquente diredement fes ports, et que l'on
ne forme avec elle de3 habitudes qui diffipe-
1 3 roient
1 174 )
foient infenfiblanent les préjagéa populiires et
kt femencet de diviiions, pour conièrver oà
leurs alliances, ou leurs influences dans touték
les négociations»
Si c'eft là r^tat des chofes, comme on rt'eh
peut pas douter, il faut que nos miniftres ttOQ-
vent des difficultés infinies à s'întroduiïe danà
la plus part des cours étrangères. Tous Itt
dprits y doivent être difpofés à la défiance ou à
la crainte, fuivailt le degré d'impreffioft qu'ils
auront reçus des rivaux de ndtre commerce';
1^ Von tie nous connoit point ou l'on ne ntmk
y aime point. Le gouvetnfement y eft pfst'
qu'auffi prévenu tjue le peuplie. L'întérêt aduè)
ne parte qu'en faveur des Aïiglois et dts Mol-
landois avec qui l'on sVttftmiliâïifé patt-ïes aîi-
rîenrïcfs liaifons du flegoœ 5 t(n ne crbît (fchtùX^
un he connbît qu'tux fur le pîé ffanfîs. Odk
avec eûx que lé peuple vit et qu'il irà^que;
c'eft à eux enfin que Ton croit devôîf fes rî*
chèiTes. Quand ces états ouvrant les yeux fur
leurs vrais intérêts, anroient même voulu éta-
blir avec la France âes liaifons plus intimes, ils
en étoient détournés par les traités de la HoU
lande avec nous, qui ruinoient entièrement leur
commerce, leur navigation, leurs pêches 5 leurs
denrées étoient ou prohibées ou affujettifes II des
impôts dtfnt la Hollande écoit affranchie \ ainA
l'on
( «75 )
Poo devoit neceflairement nous regarder avec
indiSèrcncc, tandis que TAnglois et leHollan-
éms étoient precieufement ménagés, et que
toutes les raifons d'état obligeoient à cofiferver
leur alliance. L'abolition de ces traités perni^
tieùx ne peut que très difficilement, et à la
longue, reparer le dommage. . Les ceeurs font
aliènes, les habitudes font prifes ailleurs, et
l'intérêt ne l'emporte par toujours fur ces deux
•bfiacles.
Cette digrcffion fur le commerce en général
qui peut-être, Monfieur, vou^ paroîtrà inutile
Ici, ne reft cependant point par l'influence que
le fejét que j'y ai traité, a flir lê conmierce de
l'Iflc Roîafe.
8î WMiS avions regagné entîcmcnt Ict Angloîs,
IWs iqu'àprès la paix d'Utrccht les deux courà
fè trôuvoiênt dans des difpofitions favt)r2bleâ
l'une à l'autre, fi nous leur avions donné la pré-
Terence fur une nation dont nous avions bien plus
H ttous plaindre que d'eux, et qui tôt ou' tard
t^ye toujours nos bienfaits d'ingratitude, nos
Iflfkires auroient pris une face bien différente ;
mails en vain on fe promit alors de travailler à
un plan de commerce utile aux deux nations ;
en vain on renouvella ces promeffes dans le
-traité de 17 18. On n'a rien exécuté de ce
qu'on avoit projette. Il eft arrivé de là que les
I 4 deux
(176)
deux ^ts font demeurés auffi defunis que ja>^
maiB) que les guerres ont été renouvellées» et
qu'ayant, par une fuite de reflcntiment, défendu*
de part et d'autre Tçntrée et l'exportation de»
marchandifes, il t& reilé dans les coeurs un
levain d'aigreur toujours prêr II éclater. On
s'obferve, on eft prêt, à déconcerter les projets
les uns des autres. Tout ce qui tend au bieiv
d'un des deux états devient Tobjet de la ton* '
tradition de l'autre ; et ces démarches à demi*
cachées, mènent fouvenc plus vite qu^on ne
aoit à une rupture ouverte.
Cependant la France connoit à preftnt le
befoin qu'elle aurott d'ouvrir kê ports i toutet
les nations, d^établir un commerce général. Il
eft -à prefumer que l'expérience et la neeeffit^
lui auront enfeigné le moyen d'aflurer et de
faire fleurir ainfi fon commerce; mais tssctinp»
mis y confentiront ils f Les Anglois ne 8*y op«
poferont-ils pas par haine, et les Hollandois par
intérêt. La fermentation des efprits s'échauffe
ici ; nous cherchons nous mêmes à avoir tort
avec des gens dont nous favons être haïs, et je
crains bien que nous ne le cherchions pas long
tems. «Quelle différence pourtant pour ces co-
lonies toujours renaiffantcs, vu les malheurs
qui les détruifent périodiquement, fi elles pou-
voient être un tems fuffifant en paix avec leurs
voifins^
( m )
▼oîfim; fi cDcs pouvoienC par un commerce
réglé et convenable, prendre les dégrés d'ac-
croiflement-qui leur font fi neceflàires. J'ofe
dire qu'alors les liens étant dffus, il (èroit dif-
ficile de les rompre ; que la volonté de fe nuire
ièroit émouflee et que nous ne ferions pas en-
fin toujours à recommencer. Puiflènt mes fou-
haits détourner l'orage que je vois fe former !
En vérité, Monfieur, le bien public et le bien
particulier doivent diâer ces vœux, et il eft
d'un bon cofmopolite autant que d'un bon ci-
toyen d'en faire connoître le moyen comme je
l'ai fait. Il me refte d'en détailler auffi les avan-
tageS) ce qui me fera facite dans ma première
lettre. Je n'aurai pour cela qu'à vous mettre
au fait du commerce intrinfeque de Tifle, de
celui qu'on peut et qu'on doit faire avec
Pétranger, ainfi que de celui qu'on doit éviter.
J'ai l'honneur d'être, &c.
I S LETTRE
( î7» )
. LETTRE SaV.
Suite iu commirce^ ie ulut ji^tl convient iejfiiirt a
tJjli Reiali î ^ Ci. qui fi pajfi a cet égard auec
les marchands de h Nouvelk Jlngletern^ btc.
MONStEUÏty
LE commerce le plus efièntlel de cette co-
lonie et le feul jurqu'à prefent, e!l celui
de la morue fédhe ou brumée. Ceft ce qui
fait vivre les babi^ans i c'eft auâi leur iprincipàle
occupation, et ç*^ft par confequent l'objet quç
le gouvernement doit le plus encourager pour
Je bieo du pays.
Le débouchement Cde cette morue fechç
s'qpére par celui que font ici les navires qui vi*
cnnent de France et ceux dés ifles de l'Ame-
xique Méridionale. Les batimens de France
apportent généralement tout ce qui eft necef*
faire à Tufage des différents batimens et cha-
loupes employés à la pêche. Ils apportent auf&
tout ce qui eft neceflaire « la vie de l'habitant.
La vente de toutes cee cbofes ne fe fait qu'au
cours du pays, fuivant qiie les denrées y font
plus ou moins rares, et cela en échange de mo-
rue (antôt en quintal, quintal et quart, quintal
et tiers, et jamais plus haut; autrement ce fe-
roit
(^î^9 )
rôit Uftfe pr^vft que ]es vivfcs felroiftnt «itrcme-
tA&st rares tdans la colonie.
Ces mêNitô itetïrt^ *pf»ottent ailffi tout ce qui
èft h^deffeitt ^t v^r ks habitans, et quel*^
Hms i^ùUeû et ufiencîls convenables à k^r
uftgte. Lés capitaines de ces mavires vendent
ces effets 4)a M^ent payable à Jefar départ qU
temptant^ et ie {noduit de cette veate kn i
achever leur cargaifon de anorue pour faire leur
retour en France. U amte quelquefois qu'un
bâtiment après fa vente fiaitle^ a des fonds plua
q«e fuffiians pour k chargeai dors il emporte
ces foads en lettres de change. Il arrive même
que la morue étant chère, il ne prend que
celle qui lui revient pour les fournitures qu'il
fout neceffaireflaent échanger et que par là il
enyorte plus de fonds eia Jetft^es de change.
'Les bacimens de TAmerique Méridionale ^p--
portent des fu'ops, guildives ou tafBat, du fucre,
du caffé et du tabac, mais en .moindre quantifié»
toujours en échange des morues, attendu la
communication qui s*en fait dans cette ^partie
de l'Amérique pour la nourriture des nègres
qu'on y employé.
La colonie étant trop peu confiderable pour
faire par elle même la confommation de ces
iirops, taffiats, fucrc, caffé, &c. qui y font ap-
|>ortés» :pour en faciliter la vente et le débouche-
I 6 ment
( i8o >
ment tant aux habitans du lieu qu'aux mar-
chands des Ifles Antilles, on permet aux An-
glois de venir commercer en cette colonie et d'en
enkvcr ces fortes de denrées dont ils ont grand
befoio. Ce commerce eft fort avantageux
polir nous, quand il eft bien réglé, et que lea
Anglois n'apportent aucune marchandife ca-
pable de préjudicitr au commerce de France et
fur tout à celui de la morue. Ce dernier ar-
ticle eft d'autant plus défendu qu'il cauferoit
vraiment un préjudice extrême à. la colonie;
puifque la vente de la morue eft notre unique
reflburce. Il eft certain qu'on doit faire à cet.
cg^d la plus vigilante attention, car les An-
glois ayant des colonies plus étendues que nous^.
et y faifant une pêche plus abondante, ils n'en
cherchent que le débouobement ; et que d'aiU
leurs de mauvais citoyens pourroient être tentés
par cet onéreux intérêt, puisque, comme je l'at
déjà dit, notre morue eft plus chère que la
leur,
Au refte il leur eft permis d'apporter des ra-
fraichiffemens, comme des légumes, des beftiaux^
de la volaille, bled d'inde ou mays, avoines,
planches, madriers, bardeau^ ^bois de charpente,
boucaux et briques. Comme ces efpeces de
marchandifes ne font pas toujours fuftifantes
pour faire leur retour» ils apportent auâTi de
l'argent^
( i8» )
Pargenty et ils vendent aux negocians dès gœ^
lettes, efpece de batimens qnî reviennent à
meilleur marche que fi on les faifoit faire dans*
le pays, et qui même font de plus de durée,, at*^
tendu que leurs bois valent mieux que ceux d&
rifle Roiale. Comme il eft extrêmement dé^^^
fendu de donner de l'argent aux Anglois, et
que nous devons plutôt en- recevoir d'eux,^ leur
commerce ne peut que nous être avantageux et
nous £ûre defirer la paix. Nous gagnerions ce*>
pendant infiniment plus, £ on tiroit du pays Ic
parti qu'on en peut tirer de la manière que je
TOUS le détaillerai dans une autre lettre. Alors*
nos ifles fournies de tout, feroient abfolument
indépendantes de tout commerce qui ne iètoit'
pas totalement à leur profit. Quant aux Ame^
ricains Méridionaux, il faut bien leur donner
quelque argent pour les amorcer, ils en font
mêmes fort avides, parce qu'il y a pour eux da
bénéfice fur l'argent d'ici aux rfles ; mais le peir
qu'on leur en donne ne fera, quand on le vou^
dra, qu'une très petite partie de la circulation
des efpeces Angloifes qui, comme vous le
voyés, feroient notre richefle, fi l'union et le
commerce étoient bien ménagés.
Les habitans pêcheurs font ordinairement la
pêche dans des chaloupes ; et pour la faire plus
à leur avantage^ ils tâchent d'avoir des trente
&x
( t84 )
fik tnbiâ pour lètA- iMer à ce travail^ tt qui
feut eft abfblumciit necc^ite, et pour le MtM
puUic on doit leur en proeutw. Ces tttntte &
mois font des hommes qu'on engage en Ftw^
itir les côtes de Normandie et de BtetagM po«rt
paflTer en Amérique et y fervir ce tettis» Lei
ettpitainès des navîre» qui Viennent dans ccttt
partie de l'Ametique, font obtigés par «rd«(ii<»
twnces dtt r»i «d'y en trati^orter un ontaio
«ombre k proportion <de la grandeur de iewi
kitimens^ La plus grande partie des habitUM^
t^eax qui iè Ibnt le aneux foutenus dans la oo»
loniti y font Venus for ce pi^ Ce font ce6 babi^
taasquî slttaob^s au ccnnneTtie du payis^ h fottt
pret^uc tous par commiâion. Ce font euK4|ui
ibftt faire la pêcbe et qui foùriiiflent auX autres
babitans du paysw Us voudroient tout effibrafièr»
tie tâchent d'apporter des obftecles à ceux qui y
viennent commercer d'ailleurs. Ils forcent
même fouvent les babitans aux quels ils foun-
miTent et fofnt quelques avances, à leur laificr
jeur tnorue à bas prix, tandis qu'ils :poarroieiit
là vendre bien plus avantagea feitient aux étnail»
jgers. Ils font encore pis, car loîfqti'en hyvwr
l'babitant a befoin de la morue qu'il a vefïd«Q^
ils la lui revendent i un prix exorbkant^ et
cette efpece -d^abus ne hiik pas que de portier
nnjgrand dommage am bien de la <}okMne $ ritais
pour
( i8'3 )
pmr Itereferm ci -, 9 fatidi<oit efi faite porter fft
punition à ceux qui ont les rênes du gôôveme^
iÈlttity pat ùie que î3tu»Jci tti fôhc ks fauteurs
Ift foûVteiit èM înftrumèm.
Jfe pbriTe^ Moufteuf) qïiô la tigitance fur de
l^eSii f«jtt8 ierOft âta moihft «âffi nec^iHiirè q^«
c^fc ^e ttiertte l'obfèrvalsofn des ordonnâtKes
dû tôî •contre te ttoftiftïeiiee prohibe 5 et xrepeh-
tàtit je VOUS dtett frârtÀcttieM qu'on tnanqo^
fireiqeie 'égatasient à c&s dieux égardsv Ce n'eft
pas que tes no^yen^ d'ieDcaâitudé foient itnpdf^
fibles, «t "«^eicrs en allés jâ'ger par ks obfërvations
i^ j'ai faites fur ce fujet.
H 'eft dérftôntré qûfe tant que nous ferons
dttft fa fittfttion d'avoir befoin de hos voifim,
B feût abfoltiftienlt commercer avec eux ; îl n'en
ieîl pas moins déttiontrc que lorttjùe nous pour*
rons nous en pafler, leur comtnercic deviendra
doublement avantageux pour nous, et qu'il cft
par confequent de notre plus grand intérêt et àt
Pentretenir et de nous mettre dans cette heu-
reufe pofîtîon j mais il n'eft pas moins certain
que toute fréquentation deviendroit nuifiblc à
ï'érat, et par confequent dans la fuite aux parti-
culiers, fi par un commerce préjudiciable au
bien commun» nous faifions tomber le notre.
Àînfi on ne peut trop empêcher ce malheurs et
voici
( i84 )
▼Kiîd ce que met obfervations m'ont fait ima«
gtner k ce fujet.
Le commerce prohiba avec l'étranger con*
fifte en farines, bifcuit, goudron» bray» en
toutes fortes de marchandifes fechea comme
étoffes, quincaillerie et autres provenant des
Anglois et plus particulièrement en morue»
Cependant ces différentes marcbandifes fe ven-
dent non feulement dans le port de Louîflx>urgt
mais le même commerce fe fait également dans
les autres ports- et havres des deux ides.
Voici ce qui fe paflè particulièrement à
Louifbourg. Les capitaines des batimens An^
gloîs qui y viennent, doivent faire leur décla-
ration de toutes les marcbandifes dont ils font
cbargés ; mais ils ne la font que de celles qui
font permifes et neceilkirement utiles à cette
colonie, en tant qu'on ne peut les tirer de
France et qu'on ne fauroit s'en paficr. Il cft
vrai que d'abord qu'ils font arrivés on y en-
voyé une garde afin d'empêcher que rien n'en
forte avant que les officiers de Tamirauté aient
fait leur vifite ; qu'ils ayent vérifié s'il y auroit
quelqu'autres marcbandifes que celles dont le
gouverneur et l'ordonnateur ont donné permif-
fion> et fi la déclaration faite eft exaâe et
vraye. Mais ces précautions ne font rien moins
que des fûretés. Ceux qui font prépofés à cet
■ *« égard
( ^95 )
^gard n*bnt nuHe exaâitude. 11$ font cet exa«
mcn avec négligence et il arrive fou vent qu'après
de telles vifitcs et la garde étant retirée, les ca-
pitaines Anglois, qui font toujours d'intelli*
gence avec queliques particuliers negocians de la
ville, introdutfent dans l'obfcurité les chofes les
plus portatives qui n'ont point été déclarées.
A l'égard des grofles marcbandifes, comme 1»
morue, les farines et bifcuits ils ont auffi des
négociions dans la ville, qui font trouver pen-
dant lantiit des batimens François à bord de»
.navires Anglois et reçoivent leurs marchandifes.
Iben font enfuite entrer ce qu'ils petrrenret
cnvoyent le refte dans les autres parties de 1»^
€obnie.
n y a exKore une a^tre manière de faire le
comoierce prohibé. Certains negocians d'ici»
feut prétexte d'eavoyer faire des emplettes de
morue à Gafpé, ou à Pavos qui font de la dé-
pendance du gouvernement de Québec, et oh
elle ëft à meilleur marché que dans nos ifles,
en font acheter à terre neuve et à Tifle St.
Pierre appartenans aux Anglois.
Depuis la reprife de poffefEon de Louifbourg
Ton y a fouvent vu des efpeces de negocians
des iiles St. Domingue, la Guadeloup, la Mar«
tinique, qui viennent comme paifagers à bord
des batimens Anglois. Ces batimens fejournent
^uelqu^
( 186)
quelque tems dans ce port fous prétexte de
vendre tous les effets permis et lorfqu'il en a
été vendu quelqu'uns, ces prétendus paflkgen
demandent alors la permiffion d'acheter ces
mêmes batimens atnfi que leur cargaifon., et
cette cargaifon confifle la plus part du tems eti
morue et autres effets qu'on s'eft bien donilé
de garde de déclarer; enfuite ils vont les vendra
dans les autres lieux de la colonie, en parta-
geant comme de TÛfon le profit avec les An-
gleis propriétaires de ces batimens aux q«idl
on fait feulement la cérémonie de chsmger de
pavillon. Si au contraire tovte h cargaitini M
été veadM^ le François fous le nom du ^uel il
paroit que le bâtiment a été acheté, prtnd Id
peur là fornse tDpidqiM lAoroê^ «t 4l'M pitad
çfà^Êke |ietite quantibi^ «près ^U6i il dit q^ ttt
durgaifeli cft ^e n. qà*iA va la teodvn i Ia
Marrinique. Les officieia de l^amirâtfté TM
erojrcnt Ii6nnetement fur fa parole^ et lut efty
regitrent^ fignent et ddivrent fa déclainâoil |
9iti& il ^'ea tttoume en toute fureté à BaftM
avec l'équipage Angbis. li arbore pavilloA
Franr^ ^ priant, et reinet pavillon Artglois
iof^^il «ft efi pleîlie Itier. Il fait le mêiMé
Tftantge aprèi avoiî chargé la mof ue qu'il vettt
il Bàfton <Hi ailleurs,' et arrive d^ cette façon
aux tdottiçiJ Françoifes meridîoffales où il vend
^ , . ' fa
( i87 )
fe czfgsnhtiy toujours pour le compte <îc ccu>c
qui lui font jouer ce rôle.
On ne prend pas tant de précautions dans les
autres ports et havres de Tlfle Roïale. Comme
on n'y a point encore prépofé d'officiers pour
viliter les batimens étrangers qui y abordent,
on y acheté fans crainte les morues dont ils
font chargés. Chaque perfonne les met cnfuite
dans fes batteaux et les apporte à Louifbourg
cù elles font vendues Comme provenant de la
pêche faite dans le pays. Plul^eCirs negoclans
. de Louifbourg ont d'ailleurs des commiflion-
naires qui achètent ces morues dans les havres
éloignés, les amènent dans celui-ci^ les char-
gent dan9 leurs batimens où ils en ont dçfa
d'autres et enfuite les envoyent vendre dans les
1ft« Antîftes.
'Pàl' touteè &es coiYtfebàndes et ces malvei^*
tîoTis Tatgerit fort dû pays, au lieu qu^il devrôit.
Vu la quantité et fur tout la qualité de nos
morues, y multiplier^ il Temble même qu'on
ferme les yeux à cet égard, tandis qu'on eÔ:
Vigilant fur le commerce des riegires qui nous
cft également défendu. Cependant ce dernier
tommerce eft trop dîflîcUe à Ciithtr pôxtt de-
marftdcfir une fi grande îtttention, tt f autre tti
^effiâti'de'rbit une cntkrc. Je co»ift?tïicérai d*en-
trcr dans le détail (k$ mbyextt pour parvenir i
reioedier
( i8« )
remédier à ces abus en ce qui regarde le Poft
de Louifbourg.
Des que les batlmens Anglois font arrivéi
dans ce port, il conviendroit d'envoyer à leur
bord, non feulement un caporal et quatre hom-
mes, ainfi qu'il eft d'ufage ; mais encore un
oâîcier qui refteroit pareillement jufqu'à ce que
la vifite y eut été faite, i*. Il y a apparence
que cet officier, fi on le choifît honnête homme»
empêcheroit que le capitaine du bâtiment ne
corrompît les foldats. 2°. Sa prefence engage*
roit les officiers de l'amirauté à faire leur vifite
plus ponâueîlement et plus exaâement, d'au-
tant qu'il feroit chargé de venir rendre compte
au gouverneur de la façon dont toutes chofe$
fe ferotent paflees.
Il iêroit neceflaire que de leur côté les gen»
de Tamirauté fouillaflênt par tout fans rien ex-
cepter, en prcfetKe de l'officier; tl feroit auffi
très à propos de le& faire refTouvenîr de tems e»
tems, de Tordre et de la précifion dans lefquels
ils doivent faire leur vifite. Il eft des cas où
il faudroit qu'ils en fiflènt une féconde lorfque
ces batimens veulent s'en retourner. Ces cas
là font lorfque les capitaines ont fait des décla-
rations de marchandifes que le gouverneur et
l'ordonnateur n'auroient pas permis de vendre ^
il eft prudent alors de fçavoir s'ils emportent
eflFedUve»
( »89 )
«ffeâivement ces marchandifes. Enfin, cette
vifitc cft.indifpenrablc pour les batimens étran-
gers dont on a permis la vente et le changement
de pavillon.
lies officiers de l'amirauté doivent auiE vîfiter
les batimens François, fur tout ceux qu'on dit
venir de Gafpé et de Paboze ou Pavos ; ce font
les plus fufpeâs. . Mais pour obvier totalement
à cette dernière contrebande, il faudroit que le
gouverneur de Québec eût quelqu'un de prépoie
à Gafpé et à Paboze, le quel feroit chargé de
donner des certificats à tous Les capitaines de
batimens qui feroient dans ces ports emplette
de morue^ en fpecifiant la quantité; lefquels cer-
tificats les capitaines feroient obligés de repre-
fenter à Louifbourg.
. Lorfqu'il y a quelque bâtiment foupçonné
d'avoir des marchandifes prohibées, on doit le
faire venir à la calle du port, parce qu'il eft
là plus en vue de tout le monde ; d'ailleurs on
lie doit jamais permettre la vente d'un bâti-
ment avec fa cargaifon fans l'avoir bien exa-
minée. La ronde que le capitaine de port doit
faire pendant la nuit dans fon efquif ou canot,
devroit fe faire avec la plus grande exaâitude.
Tous ces moyens bien exécutés empêche-
rolent indubitablement le commerce prohibé à
Louifbourg.
Quant
( 19Q ) .
QifaQt à celui qui fe fail damkâtauUca port»,
et Iuvce«, des deu« iOrQ» CQnm^ il n'y a per-
fQone ile commis j^uc âure 1a vifite <fe8 liati-
mens qui y viennent, on pourra y fupplficr au.
UMokn de;? FQ4mti9 qu'on a deflèin d'y con*
ftmire, l'officier qui en aura le commandement^
aiiroit ordre de tenir exaâement la main à ce
qt^'U ne fe fu aucun iqterlope. Il ne permet-
troit à aucun bâtiment étranger d'y raouiller,
eoforte qu'ils feroient contraints de venir en
dfioi^re au Port de Louilbourg. S'il arrivoi^
qu'un gros temsou quelque accident Imprévu
dbligeaflènt q^que batimens d'entrer dans
quelqu'un de ces ports ou havres^ le comman-
dât de la redoute la plus voifine le recevroit
jufqu'à ce qu'il fût en état de fe remettre en
t%^* Il y envojreioit cependant un fergent ou
caporal de con&uice pour empêcher qu'il n^en
f^rtît rien et qu'aucun batteau ne T'accoftâe.
Ce fergentrefteroit dans- le bâtiment jufqu'à fon
départ, et Foftcier ain& ans violer Fhofpitalité '
quant au fecours dont fes hâtes auroient befoin»
aflurercMt le bien publie,
. H ne laiâèroit d'ailleurs fortir du port ou
havre de fa dépendance, aucun batteau fans lui
en avoir donné par écrit fit pcrmiffiQn, et fans
avoir pris la déclaration du capitaine de l'en-
droit où il projetteroit d'aller, et à fon re-
tour
( 191 )
tour il examineroit s'il n'auroit rien apporté de
prohibé.
Il eft au refte à prefumer quelorfque les of-
ficieifs de romirauté verrcwt des redoute» éta-
blic;&da(is lç9 pQrt$ ^havres des deux iiles, ils
j commet;^roint 4ufli quelqu'un pour leurs inté-
rêts : ainfi de quelque façon que ce foit, le
commerce prohibé fe trouvera* bientôt égale-
ment et entièrement aboli.
Mais je ne m'apperçoia pas Monfîeur, que
W rôle de legiflateur qu'il me parok que je joue
afles bien, m'emporte plus loin que je ne l'ai
pe^fç». Cette lettre eft fi longue que je n'y ai
ff^ de place pour ajouter un petit mémoire de
C9 qu'un particulier et même un gouverneur
pourroient faire licitement pour s'enrichir ici.
Comme ces comhinaiibns pourroiont pourtant
V0U$ devenir utiles, je ne les obmettrai pas.
Je les rçfiyoyerai feulement à une lettre que je
vous écrirai après vous avoir parlé de chofes
glus intexQflantes pour le moment prefent, vous
Qe vous en. fervirés que pour un befoin qui n'efi:
pa$ fi prochain ; d'ailleurs la matière qui ne
fçra. qu'qn calcul, eft aiTés féche de foi pour de-
voir être regardée comme un hors d'œuvre.
£a Yoilà donc a^éa pour cette foiç.
Je fuis, &C.
LETTRE
( 192 )
LETTRE XV.
ItjJUxiùns ou conjectures fur Pljle Rûtale; projet
. di rendre Lomjbourg imprenable. Plans et
. moyens pr^fofis à la cour de France far h
Comte do Raymond.
Monsieur,
LE croiries vous, de Êicbeufes réflexions
(ont venues troubler le plaifir que j'avois
eu à imaginer ks arrangemens dont je vous
entretins dans ma dernière lettre ? N'allés pas
penfer qu'elles viennent de ce que mes projets
font defeâueux ou impoffibles, non, c'eft plu-
tôt parce qu'ils font trop fages et qu'ils ferûient
auiE utiles que faciles à exécuter. Si les avan-
tages de la règle et du bon ordre font frap-
pants pour nous mêmes, ils ne le font pas
moins pour ceux qui nous en voient jouir. Ils
fixent l'attention d'un ennemi qui bientôt par
la connoiflànce du bien dont nous nous fommes
procurés l'augmentation, fent croître l'envie de
nous en priver. D'ailleurs s'il eft onéreux
d'avoir un befoin journalier de fon.voifin, iî
eft bien dangereux de pouvoir entièrement s'en'
pafler, fur tout, lorfqu'il faut lui arracher la
poiTeffion d'un commerce où il trouve fon
' comptes
i
( 193 )
Comptes alors la haine fomentée par rîntérêt
éclate; on tâche de faire rencontrer obftaclc fur
obflacle à nos deïleins, et fouvent de les ar-
iter dans le commencement de leur exécu-
tion : Auffi voit on que ce que Ton foufFre le
lus impatiemment dans autrui, eft le defir de
;^affranchir d'une dépendance dont on a profité
longtems* Cette dépendance dans une égalité
réciproque eft apurement conforme aux vues
de la création ; mais celle que la malhabileté
î3e5 uns et la tyrannie des autres ont établie,
pour être infuportable, n'en devient fouvent
as moins d'une necciSté abfolue. Ces confi-
derations nvont amené infenftblement à cher-
cher des prefervatifs qui leur fuflent convena-
bles ; et voici ceux qui peuvent paroître les plus
fûrs. Je crois d*abord qu^il faudrait fur toutes
cbofes fe mettre à Tabri des forces étrangères
avant que d'exciter la volonté de les employer |'
qu^il faudroit s'aflurer de ce qu'on peut fe pro-
curer d'utilité dans fes plans, avant que de les
manifefter] et qu'il feroit même de la prudence
d*en abandonner que'qu*uns dans le nombre de
ux qui ne procureroient que de médiocres
ivantages, et dont par confeque^t la' démon^
firation feroit plus dangcreufe que proFiCablê/
D'après CCS idées fi le gouvernement étuit entre
mes mains, je fortifierois infenfiblemcnt et comme
K par
(194)
jMT muiiéft d'occiipAtioa oet deux ides. Loia
de négliger la fûrete de Louiflboui^ je tâche*
rois de le rendre imprenable, et tout cela fims
paroître (boger à rien déranger à la forme du
commerce aâud s enfaite voyant que Tentre*
tien du pays coûte plus d'un million trois ceoa
snille livres au roi, je calculerois ce qu'il eft
pofible avec les plus giands foins, de rabattra
de cette fomme. Je ne m'aviferois pas de pré-»
tendre faire un rabais entier et ne me tourmen*
terois pas k cet égard pour enfanter mille pro»
jets chimériques. L'exemple de l'habile com->
mandant dont je Vous ai parlé ne me tenteroît
pas. L'imagineriés vous^ Monfieur, cet homme
9voIt cru pouvoir totalement redreiler la na«
ture en ces lîeux ; il avoit trouvé que les
choux, les laitues et quelques autres légumes
qui y croiflent n'étant pas des richeiles aflçs
précieufes, dévoient faire place aux veritablea
fources d'abondance. En confequence de cette
noble apiibidon il prefenta à la cour un plan
pou^ le défrichement des terres, aux quelles il
faifoit enfuitjs produire toutes fortes de grains à
plaifir. Ce mémoire datte de Louifbourg au-
roit été datte à plus jufte titre du chateaii
d'Alcine, ou de la grotte aux vifions; et il
étoit au^ bien raifonné que raifonnable : Les
finies dç la multipliciktioa n'y étgient pas ou-
bli^esy
( 195 )
iXéeèf au pomt que nous qui Mrions de h
pône k fournir en Ued à la norrriture d'une
4iotteaifie -d'hommes» nous étions, par ion ait
«ndiftflftews en Àat de nounrir toute la NouveHe
Fi ICC , et fens doute avec le tems, Tancienne.
Mais Gomme apparemment il aumt trouvé le
lêcrct dé changer notre terre fterile et defTechee»
nos Tochen et nos tourbes en terres fertiles^
•fit que je n'ai ni cette adrefle ni ce pouvoir, je
m*en tiendrois à ce que je vous ai dit fur le
commerce de la morue qui en effet eft notre
unique nsflTource, et qui bien ménagé, peut de*
vcmx une rtdie mine d'or pour nous. Ce n'eft
|ias qu'on ne pût faire quelque chofe de bon de
fifle St. Jean ; outre fes produâions naturelles
«n diverfes fortes de bols dont je vous ai parlé,
on poerroit encore en tirer parti à bien des
égards.
D'abord la pêche fedentaire y produit beau*-
coup. Une compagnie qui s'en chargeront»
pourroit avec un peu d'œconomie proportion-
ner les frais au profit; le terrain étant d'ail ^
leurs plus propre à la culture, on en donneroit
des portions k ceux qu'il faut nourrir. La traite
des pelleteries avec les fauvages aide encore con«>
fidemblement au commerce de la morue ; ainfi
il n'y auroit plus qu'à augmenter le nombre
des iutbiuos. F^ là les prairies feroimt mifes
K 2 ca
( '96 ) ,
an fraleur, les beftiaux multiplieroient et l'on
mettroit à profit tous les endroits où Ton pour-
roit femer du bled, endroits bien moins rares
dans cette ifle que dans l'Iile Roïale. Ce pro-
jet fouvent propofé, n'a jamais été conftammenC
fuivi par l'extrême mifére où l'on laifle ceux
qui peuvent l'exécuter et par le partage injufte
et imprudent qu'on fait des concevions qu^on
accorde. On n'eft pas plus avancé dans le
plan de peupler Labrador. On avoit imaginé
que la fertilité de la terre dans ce dernier lieu,
la facilité d'y faire la pêche de la morue, y
attireroit tous les Acadiens mecontens de la
nouvelle domination à laquelle ils font fournis;
que la commodité de faire avec les~fauvages qui
l'habitent, la traite des pelleteries, feroit une
amorce de plus; on avoit arrangé, pour pré*
venir les inconveniens qui refultoient .de ces
commencemens d'établilTement, et du voifuiage
de ces mêmes fauvages, d'aider aux premiers
par des avances proportionnées à leurs befoins»
et de contenir les autres par un ordre exaâ: et
des troupes réglées pour les maintenir.
Il y avoit encore un projet qui, félon moi,
auroit pu, bien exécuté, être le meilleur. Vous
favés que quand on fit rétabliflement de cette
colonie, on avoit d'abord penfé à fortifier le
Port Dauphin» Je vous ai dit fur quels motife
on
( «97 )
ih it'' âittrmifiz pourCLouifbourg. 'On ne
turda guëre à fentir qu'on n'avoit pas fait le
choix le plûsf fur. Lfouifbourg qu'on vouloit
regarder comme imprenable, fut pris dans la
dernière guerre, et il y a toute apparence que
le Port Dauphin ne Tauroit pas été, ou que fa
perte aurott été fi chèrement payée qu'on au-
Tôit à peine eu lieu de la reflentir. Ces raifons
auroient dû faire fur le champs prendre un parti
qui, vu la caufe fubfiftante de la querelle, né
pouvoit manquer de devenir bientôt neceflaire.
Au lieu de cela le commandant dont je vous ai
tant parle et qui (fi j'ofe m'cxprimer ainfi) n*i
cefle d'endormir la cour, propofa d'autres expé-
dients de fureté. Il avoit la fantaifie des re-
doutes, et pour les placer il fit faire le chemin
de Myré. Il eft vrai que par là il facilita la
communication de Louifbourg avec le Port
Tôuloufe, mais en même tems il applanit la
voie aux ennemis. Ces derniers auroient bien
eu de la peine k pénétrer à travers des molieres,
des bourbes et des rochers, à prefent ce n*efl:
plus pour eux qu'une promenade. Et les re-
doutes, dires vous? £h, Monfieur, il n'y en a
point encore de conftruites, quoi qu'on eut dû
commencer par là. Je crains même, au train
que les chofes prennent, que l'ennemi ne profite
de la commodité, fans avoir à lutter contre
K 3 l'obftacle
( »98 )
Tobftade qui deroit y être iaieparablaneot.
uni. Dans cette crife quelques peribnnes bôea
intentionnées ont reveillé Pidéo de fortifier k
Port Dauphin. On a de nouveau fait valoic
ks avantages de la fituation ; Tinipoffihilité d'y
dire entier plus d'un vaiflèau k la fois en eft
certainement un ineftinuUe. Le voîfinagB.de
Labrador et autant de facilité pour la conmnii-
nication qu'en quelqu'autne endroit que ce.ibit
de rifle» augmentent l'importance de ce âe£>
iein* Je iouhaite qa'on ne s'en tienne pas à
la funple fpeculation, et qu'on le bâte de. jouir
des fruits d'une exécution fi utile,. A elle efi tro^
tardive, elle fera très dangereufe^puifqfi^eUeeft
annoncée ; car je vous l'avoue, Mon(ieut»,|e
prévois que dans tout ceci, nous n'aurons q^
la gloire de l'invention et que nous n'en (eFons
rccompenfés que par l'honneur que nous avpns
cru nous faire en la difant hautement» B j/t a
lieu de penfér qu'on nous épargnera bientôt là
peine de l'exécution. L'brage gronde die près,
et les préparatifs pour s'en gi^rantîr, nie fcnv-
blent fort éloignés. L'imprudence eft d'autant
plus grande qu'il eff impofEbre; fans uner Baflê
flatterie, de dire que noua n'y avons pas con-
tribué. Enfin, Mbnfîeur, au malheur d'être à
la veille d'une guerre, nous ajouterons peut-être
celui d'en être la viaîrte et d'être accufés de
l'avoir
( 199 )
Vïïvoit pfocuisje hors de faïbn pour noas» Lé
fermentation commence à fe manifefter che2>
les An^ois ; depuis longtems les gens attentifs
Tapperçoivent ici. Mais pour vous mettre au
fait de ces différents mouvemens, pour que
vous jugiés de ce qui en refultera pour l'hon*^
nour des deux nations, il faut entrer dans le»
motifs et le renouvelkment de leurs anciennes
querelles, dans les efpeces d'hoftilités commilés
de part et d'autres ; car pour leurs difpofitions
vous les fçavés déjà, et mes lettres vous les ont
ftiflifimimeht démontrées, n importe peu ^uel
fera des deux peuples celui qui fe déclarera
Ouvertement. Le véritable agreflbur eft tou-
jtnirsreputé celui qui a donné lieu à la querelle.
Heoreux fi nous n^avions à nous reprocher que
nmj^Kidence d'avoir fait éclater nos deffeins,
s'il y éri àvoit aucun dont Inexécution fût une
léelle tranfgreffion de la paix, ou du moins fi
nous étions en état dé fouténir finis nique, les
ftiites de ces différentes fsiutes. Vous jugés
bien, Mbnfieur, que dans cet épanchement
de confiance que j'ai et que j'aurai en vous
fur des objets plus importans, c'eft le cceur
d*un ami qui fe confie à vous, que je vous
montrerai à découvert. Il efi: trop pénible
de difilmuler ce qu'on defaprouve pour ne
pas faifu: avec joïe l'occafion de fe livrer en-
K 4 tierement
( 200 )
tierement à celui à qui l'on cft entièrement
dévoué.
Je fuis, &c.
LETTRE XVI.
De la guirn des fauvages centre les Jnglm.
BelUs rtjîexions du Comte de Raymond à cet
égard.
Monsieur,
GOMME la guerre des faurages MikmacSy
Marichites et Âbenakis va malheureuiè-
ment être la caufe apparente et le fignal de 1^
guerre générale, c'eft par celle-ci qu'il faut
commencer à vous entretenir. Quant au prin-
cipe, ou caufe fecrete de cette même guerre^
c'eft à Thonnête homme doué d'un efprit d'im-
partialité à eiî juger. II me paroit cependant
qu*on j^cut appuïèr ce fujet fur la connoiflknce
de Tintérét que chacune des deux nations pou-
voit avoir de rompre la paix. On doit encore
faire une autre confideration ^ui n'eft pas moins
importante pour faire naître au moins cette dif»
pofition au doute fi neceflàire pour bien juger.
Je vous entretiendrai dans la fuite de ces divers
intérêts que nos ennemis et nous pouvons avoir
à une rupture, et nous les peferons avec la
balance
( 2-01 )
balance'dt V&piïté: A prcfcnt 11 faut iexamînrt
fi les motifs de la ^erre que les fauvages nos
alliés ont fidte aux Angloîs, font réels ou s'ils
font feulement fpecieux. H n'eft pas douteux
que s'ils font folîdes et fondés, les Angloi^
n'aient eu tort de nous rendre refponfables de
Vcfftt Qu'ils ont produit ; mais que s'ils pa*
roiflènt plutôt fuggerés et inventés feulement^
pour fervir de prétexte, nous ne foyons les veri->
talries agreflèurs. Car enfin on ne pourroit
- pas dire que dans te cas que ies fauvages n'apuï»
aflëiit leur haine et fes fuites que fur des raiibiis
futiles, ce n'eft pas notre faute. On eft tou»
jours coupable de ce qu'on approuve, et fur
tout quand les perfonnês qui font le mal, dé-
pendent en quelque façon de nous. Mais il fe-
roit à fouhaîter qu'on ne put nous accufer que
lie cette approbation tacite ; et pouvons nous
l'efperer i Le difcours d'un de nos com-
numdans aux fauvages que je vous ai rendu
mot à mot dans une de mes lettres, peut il
être favorablement int^prêté pour nous laver
de cette tache. Les exhortations des prêtres
qui ont répété mille fois les mêmes choies en
ies âppuïant de toutes les difpenfes qu'ils don-
noienC au nom de la religion, dont ces pauvres
peuples les croient fouverains arbitres ; les
vues "qu'ils . fuppofoient qu'ordonnoit cette
K5 même
( 202 )
même rtUgioii; tout cela, eft trop, ^onti»
nous» fi le foxid de la querelle, n'cft pas fonde
fur r^uité et la juftice. U faut d'abord pour
décider cette impoitaote queftion fçavoir q^dB
deToirs iœpofe un traita iê paix» et quelles
difpofittcttu il doit au^aanter dani les pardte
cootraâantes. Premiereraent il eft conftant
qu'une réconciliation folemneliement jurées
doit être fuivie du pardon ablblu de toutes les
injures» violeoces et querelles paflSes; fi le
GCBur humain étoit aîSs gâo^ux pour on
oublier totalement le refientiment» il en ftfoit
plus eflimable^ mais ceux qui y joignent la
vengeance fans de nouveaux motift» fe nour-
riiTent d'une perfidie trop dangcffeufe pour
n'être pas abhorrée. Secondeaajsnt un UaiU de
paix fuppofe daniB ceux qui le fQnt^.0i^ l'itnpur
iflànce de continuer laguea% ou des oonv^
nanoes qui font defirer de la finif» ou des rai«-
fons très fortes qui y obligent* Dans ces trois
cas n'eft il pas vrai qu'on doit être ii^poSo i
iuivre un devoir qu'on ùntt intérieurement être
une neceffité ; n'eft il pas vraiièmUable auifi
que cette difpofition d'aboid un peu contrainte»
devient naturelle par le penchant que nous
avons à la fociété et au repos ? Eft il d'ailleurs
de moyens plus propres pour aftbiUir la force
des paffioos qui ont vivement frappé dans une
3 t certaine
I
I
( 203 )
certaine position, que les difïrrentes occupation»
que prefentent une pofition plus agréable i
Je ne parle point ici, M on fie ur, pour ces 1
ambitieux dont (pour ménager les termes) |
refpritn^eft rempli que des aftuces de la polt-i
tique, dont le cœur eft paîtri d'ambiguïté, qui '
combinent dans un traité de paix toutes les
rcfiburces qu'il eft poffibk de fc refervcr pour
recommencer la guerre. Souvenés vous, je
vous prie, qu'il eft queftion des fauvages tels
que je vous les aï peints, et qu'ils font en effet ;
qu'il s'agit par confeqticnt de gens fimples dont
les rufcs et la malice ont des bornes très
momentanées; dont les vues s'étendent peu
au de là du neceifaîre ; dont les paffions fub»
fiftent rarement après le premier aflbuvîflementj
d*aineurs enclins à la bonne foi et accoutumés
à une groffiere frandiifc qui, quoique rebutante,
n'a aucun des dangers d'une polie dillimula-
fion* Cependant ce font de tels hommes qui
ont rompu la paix à la quelle ils avoient con-
nivé avec nous, et qui ont allégué pour cette
rupture des motifs^ fur lefquels nous n'aurions
peut-être plus ofés nous mêmes, nous apoïcr-
Quoique vous ayés vu dans la recapitulation des
griefs dont il femble que nous avions craint
l'oubli, h plus grande partie de ce que les fau-
vages allèguent^ il eft bon et moins dangereux
K 6 affure*
C 204 )
aflurement de les retracer à votre fouvenir. Le
même commandant qui les favoic fi bien, s'en
eft expliqué à la cour de la manière fuivante.
^^ Les fauvages n'ont janiais pu oublier tout œ
« que les Anglois établis dans l'Amérique Sep-
^^ tentriona)e«ont mis en œuvre dan» les premiers
*^ tems de leur établiflement pour les détruir^e
^< de fond en comble ; .ce qui fait qu'ils ont
*^ (ans ceilè cherché les occafions de leur en
/* marquer tout le reflèntiment qui leur a été
*^ poflible. ils fe font toujours fouvenus des
** aâions que je vais détailler."
Au refte, Mon&eur, comme ce détail n'eft
autre chofe que ce que je vous ai écrit dans ma
lettre, lifés le, je vous prie, dans ce moment et
levenés en api es à la fuite que voici:
" Vers le commencement de l'année 1750.
** les Anglois s'étant rendus à Chibouktou^
** firent par tout répandre le bruit qu'ils alloient
** détruire les fauxages; ils r parurent agir en
•* confequence, puifqu'ils envoïerent de côté et
^< d'autres différents détachemens de leurs
*< troupes pourpier à leur pourfuite. Alors
/< les (kuvages alarmés, fe déterminèrent à de-
** clarer ouvertement la guerre à ceux qu'its
'* n'avoient jamais qe^é de regarder comme
'^ ennemis; et malgré la foIblelFe où les re*
^ duifoit la paix que nous avions faite avec les
}^ Anglois, ils refoiiMreat de ne perdre aucune
" occalioa
( 205 )
*^ occafion de les attaquer et de hïre mzîn
*^ baflè fur eux. De plus fétabliflèment dés
^* Anglois à Chibouktou, les a ii fort choqué
<« qu-il y a lieu de croire qu'ils feront irrecon-
«• ciliables.
^ Et qu'on ne s'imagine pas que les miffion*
*' naires des fauvages aient quelque connivence
^ en tout ceci ; on verroit le contraire ii on
'^' vouloit faire attention à la conduite qu'ils
** ont tenue, fur tout dans la derniere.guerre.
^ Combien d'aâes d'inhumanité fe feroient
^ cômmifes par cette nation naturellement vin*
*< dicative, fi les miffionnaires ne fe fuflènt pas
** fervis de tout leur pouvoir pour les contenir ?
^ n eft notoire que les fauvages fe croient tout
^< permis contre leurs ennemis. Auffi ci\ a*t-il
^< coûté des efforts et des peines infinies, pour
** reprimer ccttp licence qu'ils fe crpïoient d'au-
^* tant plus permife, qu'ils la regardoient
** comme des reprefaillcs ; et à combien d'An-
^ glois ce charitable zélé n'a-t-il pas fauve la
" vie?
<< Ces mêmes miffionnaires peuvent faire
*^ voir par écrit les inftruâions qu'ils ont faites
<* aux fauvages fur la douceuc et l'humanité
*< dont il faut faire ufage en tems de guerre.
** Us ont même fur ce fujet compofé une e&
^ pece de catechifme qu'ils font apprendre aux
^< cnfans
( ao6 )
'^ uiboÊ et qui a d^a pcoduit de liés boiif
N'eft il pas viai» Mon/ieur» que dfâpAs oe
acoKnre» vous n'ofcrics décider que aous
n*avoiis pas fouflle le feu« Independaaiaieac
4e la hantigue qui vous tient au-ccbuf, comme
à moi iaos doute» ai-je eu tort de dire que des
motiâ pris de fi loin, et que la paix auroit dû
anéantir quant k VeStt qu'ils ont, en (uivant
le principe que j'ai pofi^ nous ne pouvons
«qu'hêtre Toupçonnes i
Cependant il paroît y avoir ici une raifim de
ffutuvaife humeur et d'allarme qui eft de nou-
velle datte. Je veux parler de l'^étaUiffitment
4t9 An^ois il ChibouktDU et des menaces ipt'ik
fhent; Je ibubaite que le pufaUc, quand on
en vieiidral^ulie jdUficatîon, s'y arrête, et je
'voudfois m6i-meme y pouvoir êtee trompé";
car ce n'eft qu'avec un extrême regret qu'un
honnête homme n'en croit pas les autres quand
ils veulent fe purger d'un reproche, et fur tout
quand ce font précifement ceux à qui ' il tietvt
À près. Mais piûjTque j'ai une fetale connoif-
Aneè qui fait pencher mon jugement^ et que
je foiâiaite que vous ne regardiés pàd ce pen*-
di'ant comme une prévention odieufe, et que
je vouv ai promis une fiacerité qui doit tout en*-
ftiielir
.(l»7 >
.larelir entrrnms»;îe.Tab voiu fi^
de mes lumières.
A la^iiika de ce mémoire prefente à la cour
cm prétead que le. commandant qui V^Ofoyoitj
ajouta les. jpdkxîoas fuivantet.
*< £n faifimt le mémoire précedest j'ai eu
** en vue différents objeCs. J'ai voulu qu'il
i^CQuftair que la France^n'a eu aucune part
^ il- la déclaration de guerre que les fanvages^
^ ont' faitet. aux An^otSy et qu'il parûrque les
^< motifs: des premiers font, jufles et fondés.
^^ Le. détaili de ces motifs m^; été donné par
^ im mtffionnaire:accredite et honnête homme»
:^^ Cependaat' le mioiftre jugera aifisment que
;<^ j*ai fait ce mc^moire de façon qu'il puifle êtte
^ i< HEMOtre auxiambailadcurs deia majeflé Bri^
*^ tamiique, et que je me fuis bien donné de
^ garde d'y mettreJes traits barbares des fau<-
^^ vagcs. J'ai d'ailleurs pris les mêmes peinea
*^ ici pour nous jufiifier, car en arrivant j'ai
<« trouvé bien des gens perfuadés que nous
•* avions tort.
<< Il eft vrai que les comouuidans des troupes
^ détachées par. le gouveeneur du Canada^ peu<-
[ <* vent avoir manqué de fe bien comporter à
<^ certains é^rds^ fur tout en iouffirant les fau^
«^ vagts trop prés de leufs poftes» et même est
u leur
<c^
( ao8 )
«« leur laiiEint mêler leurs étendards avec noi
^< drapeaux à la vue des Anglois.
<< Je crois auffi avoir fermé la bouche aux
^ plaintes que pourrotent porter les Anglois
^* contre les fauvages qui, n'étant pas fujets de
*< la France, mais feulement alliés, ne peuvent
^* être empêchés par nous, de faire la guerre
^* lor(que bon leur femble. Enfin, fi j*ai,
** comme je le crois, fuffilamment démontré les
*' juftes motift qu'ont les fauvages dans la
** guerre qu'ils font, qu*a fon à nous dire, en
^< nous en tenant à les protéger fous main, et
*< ne les mêlant point avec nos troupes, &c'^
Que vous en femble, Monfieur, de ces aveur :
Bien dis gins itoitnt ftrfuadis ici que nms avions
teri. Eh comment les Anglois et même les
étrangers à la querelle, ne le feroient ils donc
pas ? Nos officiers ont fait des fautes qui étoient
à parler franchement des hofiilités.^ Comment
ne nous les rendroit.on pas, et qui ferolt en ce
cas l'agreflèur ? Et puis toutes ces reflexions,
ces réticences fur des chofes publiques, tout cehi
vous paroit il bien net ? J'avoue que je n'ai
pas le bonheur de Tenvifager ainfi. D'ailleurs
indépendamment de tant de circonflances, je me
ferois (ait un raifonnement tout iimple : les fau*
vages par mille motifs réunis font attachés aux
François \ motifs de croiance, de confiance par
confequent
( 209 )
confequent pour leurs legiflateurs ; motifs de
fympathie, ou par conformité réelle d'inclina*
fions en bien des chofes, ou par conformité
apparente qu'un caraâére liant facilite en nous;
motifs de convenance par la pofition où ils font,
l'habitation et la fréquentation. .
• Toutes ces chofes font en oppofition entre eux
et les Anglois ; par confequent nulle apparence
que ceux-ci eufient pu les décider à quoi que ce
iût ; d'ailleurs le parti qu'ils ont pris en leur fai-
fknt une guerre des plus barbares, aiTurc que ce
n'étoit point dés efcarmouches pour engager la
•guerre générale. Enfin, qui des Anglois ou des
François avoient le plus d'intérêt à cette guerre,
ou du moins à inquiéter fon voifîn, c'eft ce qui
nous refte à confiderer et furquoi je vous garde
mes reflexions pour la lettre fuivante, après la-
quelle je vous promets un récit fidelie de ce qui
s'efl; pafl2 de part et d'autre tel que le raconte
chacun de fon coté. £n voilà cependant alTés
liir l'article prefent pour laiffi»: peu de matière
au doute.
Je fuis, &Ci
LETTRE
( aïo )
LETTRE XVH.
SUfUximu Jmr h tâtifi et têrigim di la pnftm
pane. Cn^ rêfUximi m fmt fmjU éi C$mti
de Rapnotid»
Monsieur,
POUR txmMm k queflioii qu» jt tmt fiiii
rofo^é de difisfiTtc dws cette lettre» c'et
à diiifi poiw icavok quelk de» deux luitiotts-M^
Hefmes avoit le |^tt0> ffmà innéiéi 2i comoMM»
<«r b guerc^ U £m»I rcuMiiter aii ifàxiKkfm^
,b-<iMereU^
Le fmeux tuile c^'Utrechii çie* let Aii^
B^éteadeot avoir ^notfe (Uin^ qu»ibiiEn»>
. (QqU f^^atowlf c<wimr mitmido iMca^ec
. d^ngpmiib qUPMtHO woefikkei^laciîfeFlMiB
#M^a0Ui»ét»M3^ » tottjoura dû^ £tre vipar Mii-
; UU n9tilk|M foua im poioi» der vue: ^gakÉMMt
oppoifc à' caa deia» idéot^ i^. Malgvé PexlMI-
mité où la France étoit réduite, un .tisMiB q«i
la mettoit. » la lœroi de fon ennemi alors re-
concilié, mais gui avoit dans le cœur un fen-
timent de haine infurmontable, n'étoit rien
moins qu'un moyen de falut. 2\ On n'a pas
lieu de fe féliciter d'une guerifon, lorfqu'en
palliant feulement le mal du moment, on jette
: . pv
(2" )
(Hir^ce palliatif» le germe d'une maladie qui ne
peut tarder de devenir mortelle. L'ambîtiea
aveugle avoit fait entreprendre une guerre dont
tout devoit détourner. L'inquiétude que caûre*"
rcnt fes fuites, et la crainte firent hâter une paix
qu'on auroit peut-être moins chèrement acbet^
tce en recevant la loi des ennemis combinés»
En effet, je foppolè que la France eut été olh-
ligée alors d'abandonner la fucceffion d'Efpagne
àla^maifea d'Autriche, et le» villes frontières
que les Hollandois demondoient, n'auroit elle
gaa acquis avec le tems de refpif>er^ le pouvoir
de reparer cea pertes>? Mais les Angloia ai»-
roient aufli voulii avoir part à. la . dépouille,
cela a'eft paa douteux v. et cependanl: cette pant
^uuoit été* proportionnée k la perte quf il Çiloit
faire fur le. total. La. jaloufie. que ka natims
ligiuées comnayeneoient. à avoir coatiela^ nation
Angl oiiè y l'auBoit d'aUlettiFa beaucoupr 4imitMiée.
Peutrètremême q|ie ces* femeaceside defiinion
auroient feules» (àuvé la puiffuiee qu^'on voidoit
plus abai0er qja'aneantk«> U eft toujourli cer-
tain que. lea allarmes du> gouvernement Frait-
Spis, ne pouvoient chercher ijpielque calme par
des voies moins propres à en. procurer à des
efprits pénétrans. U valoit cent fois mieux pour
nous, avoir les facrifices que nous aurions été
forcés de faire, à notre poctéoi nous aurions
du
( 211 )
du moins pA dans d'autres tems, profiter f3re<'
ment et commodément des prétextes qu'aûtoit
fait naître notre repentir. Mais n'ëtoit ce pas
fe livrer pieds* et poings liés, que de donner à
un ennemi prefqu'inattacable, le pouvoir de
s'agrandir fi fort k nos dépens, qu'il ne tien-
droit plus qu'à lui d'engloutir ce qui devoit
nous demeurer. La puiflance des Anglois fur
mer eft redoutable aux nations qui ont le plus
prts de foins pour avoir des forces maritimes ;
à combien plus forte raifon a t'elle dû le pa^
Toitre aux Françob qui n'Ont afTurement jamais
eu le premier rang parmi elles à cet cgardL
En cédant l'Acadie, Terre Neuve et la Baye
d'Hudfon à l'Angleterre, quelle reiTource notil
reftoit il dans le cas que nous ne donnaffions
par là qu'une amorce à nos - nouvieaux amia
pour leur faire defirer la refte de nos poflèffiona?
Avons nous pu penfer qu'en les rendant .plut
puiffimts fur Télement où nous ne leur avons
jamais rien difputé à notre avantage, nous noul
faciliterions le moyen- de nous défendre des en*
treprifes aux quelles nous nous expofidnsf
Avons nous compté que nous pourrions où de^
fcendre dans leur ifle, ou égaler leurs flottes,
comme nous aurions pu pafler en Flandres et
envoyer cent mille hommes fur nos frontières ?
Non^ il n*eft pas poffible que nos pères fe foient
forgés
C 213, )
fiurgés de telles chimères, et la décadence de
note marine ne prouve que trop, qu'il ne leur
en eft pas même venu l'idée. . Je le répète
donc encore : la confternation, le deferpoif ont
diâé le traité d'Utrecht ; la prudence de notre
part n'en a pas réglé les articles, et il ^ a lieu
de douter que la bonne foi les ait fignés. Quoi-
qu'il eh foit je crois que notre intérêt nous dé-
fendoit de le rompre jufqu'au moment où Ten-
cfaaînement de mille moyens qui nous man-
quoient, et que nous nous étions achevés d'ôter,
pût fe former. Mais l'expérience nous ayant
depuis fait voir combien il nous étoit difficile
d'en venir à une fituation û favorable ; ayant
reconnu à nos dépens combien nous avions fa-
cilité le chemin qui .conduit à nous, nous avons
dû cro'tre, et nous avons cru en effet, que pour
empêcher la perte entière de nos colonies, il
faloit les plus grands efforts. Ces triftes con-
fiderations nous ont remis fous les yeux le traité
qui nous reduifoit dans un fi fâcheux état, et
nous y avons trouvé une reflburce. Soit qu'on
nous eut laifle cette reflburce par un deflèin
formé, ibit que le befoin que nous en avions,
aous ait iBclaiçés, l'embarras d'en faire ufage
n'é^oit pas moins grand. Entendre un traité
fclon fon intérêt, le rompre même tout net,
n'eft pas juae affaire bien eml>arraffknte pour le
plus
(a'4)
plus fort; mais c*eft une entrepriTe très du*
gereure pour le plus foiblc. Le projet même
peut dans ce dernier cas, devenir funefle à celui
qui le conçoit, a^il ne le conduit pas avec une
habileté qui repare fon de&vantage. H eft
donc démontré que nous devions tout tenter
afin d'acquérir les moyens de reprendre la
force neceflaire pour rompre les entraves que
nous avions reçues ; il eft démontré que nous
ne devions pas leur donner le tems de fe relier-
rer. Il ne Teft pas moins que tous ces pas
dévoient être fiaits infenfiblement ; que nous
devions, comme par hazaid faire naître quelque
conteftation, en augmenter imperceptiblement
Tobjet, gagner cependant du terrain, autant
qu'il étoit poffible fans témoigner du deflêio^
et en proteftant même de la candeur de Tinten*
tion ; enfin, fuivre cette marche conftanunent
jufqu'à l'inftant où nous aurions été aflSfs forts
pour déchirer le voile de la contrainte.
Voilà ce qu'en bonne politique nous aurions
dû faire, et voilà ce qu'on prétend que nous
avons fait. Pouvons nous donc traiter Taceu*
fàtion d'ab(urdité î Non fans doute, ce pout^
roitêtre tout au plus de fauflèté; carfoureiit
les hommes ne font pas ce qu'il femble qu'il
étoit naturel qu'ils fiflënt. Il faudroit donc s'en
rapporter aux preuves } mais quand elles font
con^
("5)
cànfairiKâoires ; quand les mêmes dâlons font
Éipportées de part et d'autre d'une façon op«
péSkf il faut remonter aux motifs qui ont dû
lés opeier*
Mais il me vient une idée. Il me paroît
qu'on pourroit très bien porter un jugement fui*
cette aflEûre, qui donneroit gain de caufe aux
pnétentions des deux parties.
iLcs François dîfent qu'ils ne vouloient point
la guerre et que ce font les Anglois qui l'ont
Toulae ; ils difent vrai quant à une guerre dé-
clarée^ et aâuelle. Les Anglois prétendent
qu'ils ont été attaqués et forcés de fe défendre ;
oui, s'ils regardent comme des attaques de p^
tites tentatives pour chaflèr pié ^ pie des voifins
redoutables, et des arrangemens pour les mettre
tout à coup hors d*état d'incommoder ou de
nuire. Vous voyés, Monfîeur, qu'il y a ac*
commodément à tout, que les évenemens ont
deux fâçes différentes, et qu'il ne refte qu'à les
bien envifager lorfqu'il iCy a plus moyen d'y
remédier. Il y a pourtant appaience que fl la
mode des enchantemens étoit en vogue, comme
en prétend qu'elle y a été, il n'y auroit pas de
difpute fur le fait dont il s'ggit. Nous aurions
prié quelque enchanteur de fafbiner les yeux
de nos ennemis, de rendre les vaiffeaux que
nous CQnfirumonSj aifofi que le? élabliflemens
que
(2l6)
%ae nous faiûons, iovîfibles jufqu'au moment
où il aiiroit été convenable de lever la toile s
car fi nous avions pu faire éclore nos jdefièins
impunément, on n'auroit pas eu le moindre
mot à nous dire. D'autre part fi les Anglois
en avoient deviné quelque chofe, ils auroient
eu auffi recours en fecret à leurs amis du même
métier que les nôtres, et auroient bien fçu
nous traverfer, (ans venir brutalement fe faifir
de nos vaifleaux, et faire feu fur nous les pre*
miers. Pardonnes moi, Monûeur, fi je traite
dans ce moment fi peu ferieufement une ma-
tière fi ferieufe. J'ai de l'humeur de voie mettre
en doute ce qui n'en eft pas fufceptible, et de
voir s'établir mille difputes fur une vaine céré-
monie; d'entendre tous les railbnnemens qu'on,
fait pour excufer ou accufer ce qu'il peut y
avoir de défeâueux dans la forme d'une que-
relle, tandis qu'on ne prend nulle peine pour
en difcuter le fond et le fujet. Quant k moi,
je crois que fans tant de raifonnemens et de
reproches, il n'y auroit qu'à dire : La Fiance
avoit intérêt de vouloir la guerre, mais elle
n'étoit nullement preflee; elle vouloit aller à
pas fûrs et comJ)tés. L'Angleterre n'avoit au-
cune raifon de la defirer ; mais on a fait naître
ces raifons, et il ne lui a pas plû d'attendre la
commodité des autres. La première a entre-
pris
( 217 )
pris ce que la faine politique la forçoit d*en*
treprendre ; la féconde a vu ce que la neceffité
la forçoit devoir; l'une a peut-être été trop
lentement en befogne, et l'autre trop vite.
Hors de cour et de procès jufqu'à l'événement
total qui ne donnera que trop raifon au plus
fort.
Je conviens cependant, Monfieur, que cette
manière de raifonner n'eft pas à Tufage de tout
lé monde ; auffi ce n'eft pas pour tout le monde
que je vous écris comme je le fiais. Si pour-
tant après avoir raifonné comme vous en êtes
capable, vous voulés voir comment les atJtres
raifonnent, je vous ai promis les difFerentes
narrations de plufieurs aûions qui fe font pafTées
dans ce pays, fans vous en promettre la ga-
rantie, quoiqu'elles ayent été prefque fous mes
yeux, car de bonne foi je ne fçai guéres plut
qu'en croire moi-même. Enfin ce fera un vrai
plaidoyer, chacun dira fes raifons et vous en ju-
gerés. Je commencerai par nous, et cela eft
tout fimple ; d'ailleurs nous prétendons être la
partie fouiFranti?, et Dieu veuille que nous
n'a"ons pas raifon dans toute l'étendue de ce
mot, plus que nous ne l'avons à prefent. Je
doute du moins que l'ennemi nous cherche chi-
canne fur notre plainte, s'il parvient à la
rendre bien réelle; maisc'eft là une efpccede
(.^Ift )
Cûofi^latUMi qw. 90U9 ne iefiurona m vans ni
moi, licfi va)(W de. l'iiooncte homme doivent
érc ppiur rhpu^cup 4a iàt patr»^ et cew d«i
boA citoïea povuF rint^rê.t de Q^te sienK peirî^
Heureux qju^ QC^ voem o^ (boit, point en^pr
pofition^
Je fuis, &Crf
L E T T R i; XVIIL
Ce qu'ecrivoit le Comte de Raymond au minifiérê
de France fur les prétendus griefs à reprû^
€her aux Jnghis qu^il accufoit de chercher la
guerre.
Monsieur,
JE votts ai dît que je commencerai par les
plamtea.que nous faifons des Anglois, et je
vai» V0U6 tttiip parde» Voud n'y en trouverez
«ucune Aur les prétentions de nos ennemis, car
noi>s ne prenons pas lia chefe de fi loin,, et veusc
eu ferés inftruit paf eux mêmes. Il n'eft quef-
«tioa ici pour nous, que des a(^ions que noue ,
leur reprochons, et je vais, pou4? vous les re^
mettre fous vos. yeux, empxiunter encore h^ voix
du commandait dont je vous ai tant parlé.
•' Voici, mAndoit U à la cour, rcxtraLtde-
[^ ce ^ui s'«ft. paiTé. entre k^ François et lea.
" An-
f ^ Ao^oia fut lea ftoxitiercs ip la Nott\^le
^ Ffsiiice cjt de l'Acadie dqjuûs la paix do
^ 174S. où il eft daîremont prouvé <|tie co
<< ibiK los Anglois qui, en plufieurs occaiîon»,
** ont manque à la foi du dernier traité e( de»
*< ançiofis.
•^ Sur i'avjft que le général de la ^foJ^velIc
" France eut en 1750. que ks Anglois fai-
^ foient marcher de» troupes dans les parties
** qui font en litige entre la France et T Angle-
^ terre, et pour lefquelles ces deux couronnes
" ont nonnimé des commiflair^s qui en doivent
** régler les limites, il fit avancer un détache-
" 4nent. Il donna cependant ordre au com-
" mandant qu'il envoyoit dans les lieux con-
«* teftés, de ne rien faire qui pût altérer la
«* bonne harmonie qui regnoit entre les deux
*• cours ; de fe donner bien de garde d'être
*♦ l'agrcffeur j mais de repouffer feulement la
*• force par la force ai* cas qu'il fût attaqué. .
*« Le Chevalier de la Corne, qui étoit com-
** mandant de ce détachement François, vit
•' paroître le 12. Septembre 1750. dans la baye
** de Beaubaifin (de Fondi) dix fept voiles,
<* tant brigantins que batteaux et goélettes qui
^* furent mouiller le 13. à Wefkak et le 15.
*' il s'en détacha quelqu'uns qui vinrent à
« Beaubaffin.
L z ^' U
( a^o )
M Le Chenlier de la Corne étoit akfs à h
*^ pointe ii Beaufgour à cinq lieues de la bay^
*^ Verte, qui n'eft feparée de Beaubaffin que par
*^ une petite rivière qu'on nomme la Mdk-
** gouecbe ou Sainte Marie. Il avoit laiflë
** une partie de fon détachement à Weikak
^ aux ordres du Sieur de la Valiere, capitaine
** d'une compagnie des troupes de Louifbourg,*
«« qui voyant venir deux barques Angloifes
*' armées de vingt hommes chacune avec un
*• pavillon fur le devant, et jugeant que leur
^* deflèin ctoit de s'emparer de quelques pi* ^
•* rogues qui étoient dans la rivière de Wefkak,
*^ deflinées pour la communication de fon dé*
^^ tachement avec celui du Chevalier de la
*' Corne, détacha deux officiers avec quarante
*' hommes pour examiner quel étoit le vrai
*^ deflëin des Anglois. Ceux-ci brûlèrent alors
*^ deux amorces fur les François, dans la
•* vue fans doute de les engager à tirer les
** premiers fur eux. Mais les ordres étoient
*• trop bien donnés de ne pas agir ofFenfive*
*' ment, pour que les François ofaflcnt y man-
*' quer. Enforte que les Anglois voyant qu'on
•* perfiftoit toujours à ne pas vouloir être les
•* agreffèurs, paflerent toutes les bornes les *
** plus facrées parmi les hommes. Ils tirèrent -
^< deux coups de fufil à ballç> à quoi il fut
•* repondu
( Ml )
*« repondu de façon qu'ils furent obligés de fê
•* retirer, et durent emporter avec eux le re*
** mord d'avoir fait les premiers rinfraâiort
" aux traités. Ils ne s'en font point tenus à
*• cette première infraékion. Ils firent tout de
•• fuite conftruire un fort à Beaubaffia qui eft
** fitué dans une des parties la plus conten*
** tieufe d'entre les prétentions des deux cotr-
•* ronnes, et bien au delà des bornes du terrain
" que la France prétend lui appartenir. Ce
•* ne fut qu'après la conftru6lion de ce fort que
'*' le Chevalier de la Corne fit faire celui de la
•• pointe à Beaufejour. Ce font des faits qxn
•* prouventqueles Anglois fe mettant au defTirs
" de tout droit des gens, ont en pleine paix
•' tiré les premiers fur les François, et ont
** vQulu d'eux mêmes régler les limites pour
^* lefquelles les deux couronnes venaient do
*• nommer des commiflaires.
** Ce font eux encore qui Tannée fui van te
•* ont commencé à tirer les premiers fur Jet
^ François,
•* Au moins de Juin 1751. un détachcmerrt
•< d'environ trois cens hommes de troupea
•• Angloifes, fortir de nuit d'un nouveau fort
" qu'ils avoient conflruit à peu de diftance de
*• celui de Bcaubafîin. Il fe trouva à la pointe
^' du jour à la vue du pont à Buot où il y
L 3 ** avoit
( aat )
^ ivok im petit pofte François que Vm iHr
^ peut douter que les Aagloîs n'enflent 4BÀèiA
*< d'enlever, putiqu'ils avoient pafié la miert
*^ qui les fcpre d'avec ce pofte, et qu'ils coni«
*^ mencerent au jour à Sûre feu defius. Mait
^ ils furent obligés de fe retirer. Le Sieur dt •
*< Saint Ours qui étott à la pointe i Beaufe^
** jour et qui avoit relevé le Chevalier éc la
^* Corne dans le commandcoKnt de ces pofte!?,
*^ ayant été averti afies à tems de cette ma*
** nœuvre pour s'y oppofer.
^' L'on vient de démontrer clairement tt
** avec veritc le manquement formel de là
^* part des Anglois au traite d'Aix^^h'^CftiapelTei
•' l'on va faire voir k prcfent quels ont été les
*^ bons procédés des François envers eux et h
^* rcconnoilTance qu'ils en ont temoignén.
** Le 15. Fevrkr 1751. ^n %aftea« vwiaift
<^ de Badon et faifant route poor Scaubaffin,
** fut poufië par un coup de vent fur la côte
'« de Weftak, Le capitaine de ce batteau
^ vint fe jetter entrer les bras du Sieur Bailleul
^' officier qui commandoit danis ce pofte. 'Cet
•' officier ayant été averti que ks fauvages
•* venoient de ce côté là, fit cacher le capï-
" taine et fon équipage dans le moulin àe
** Wefkak jufqu'à ce que les fâuvages qui les
•* -demandoicnt avec de grands cris pour les
** tuçr.
( ^^3 )
^^ttter, fuffent retires. Enfaite il les renvoya
^ à roflkier qui cômmandoit au fort Laurence»
«< Cet officier en écrivit une fettre de remercie-»
^ mfeiit au Sieur de St. Ours.
*« Au mois de Juillet fufvant une gcèktt«
** vetfant auffi de Bafton faifant route pour
i^ Sdaubaflin, fut poufliée par un coup de vent
•* fer une cote où il y avoit des fauvages et
•* vis-a-vîs un navire Angloîs mouillé devant
•* Wefeak. Les fauvages y coururent, ils
•* s'embufquerent derrière une levée jufqu'à
** marée baffe. Ils entrei^ent alors dans la gœ*
•* létte ; le Sieur de St. Ours en étant informé,
«« dtepecha \in officier à l'Abbé le Loutre leur
•• miffionnatre, pouT empêcher que les fauvages
•* ne tuaffent le capitaine et les matelots. Il
^* fKlut ufer de prières et de menaces envers ces
•* fauvages pour les Tetirer de leurs mains et
•* que l'Abbé le Loutre leur en payât la ran-
•* çon. Le Sieur de St. Ours les renvoïa en-
♦< fuite fains et/aufs. Le Sieur Henri Luttrell
** qui cômmandoit alors à Beaubaffin, en fit
♦* faire beaucoup de remercieftiefis au Sieur de
« St. Ours.
*' Cependant malgré tous .ces bons offices,
** peu de jours après, les Anglois pèrfiftant
^ toujours dans leurs ades d'hoftilités, les fol-
<< dats ou matelots d'un de kurs navires
L 4 *' mouillé
( 214 )
^ moiiîllc devant Wdkak vinieot jdqucs fur
** les cerres gardées par ks Français pour
** pourfuivre des habîtans qui aillent à la
** pointe à Beaufejour. Le Sieur de St. Oon
^* écrivit au Sieur Luttrell pour lui en porter
** (es plaintes, qui lui fie dire qu'il lui repoo*
** droit le lendemain ; et vcici quelle fut £i
** reponfe. La même nuit il fit pafler la ri-
** viere St. Marie qui fepare les pofies des
•* François et des Anglois à un détachement
** de fes troupes avec deux pièces de campagne
** qui abbatirent une partie d'une levée qui
•* rcgne du côté des François. Le Sieur de
** Se. Ours écrivit encore le lendemain au
^< Sieur Luttrell. Il lui mandoit qu'il étoit
** d'autant plus furprenant que Tes troupes vin*
** font fur les terres qu'il gardoit qu'on étoit
^* convenu que chacun refleroit tranquile de
•* fon côté jufqu'au règlement des limites, et
•* que MciT. de la Jonquîerc et CornwaHis
♦• avoicnt donne réciproquement des ordres
*• pour qu'il ne fe commît aucun aâe d'hofti-
•• litc de part ni d'autre 5 qu'enfin il le rendoît
•• rcfponfablc de tous les évenemens qui |X)u-
•• voient en arriver, et de rinfra(3ion aux traités,
•« Cela n'empêcha pas le Sieur Luttrell dq
•♦ faire palTer la rivière la même nuit à un dé-
•* tacbcmcnt d'environ cent hommes fur un
*' poa-
( 225 > .
^ ponton, et deux pièces de campagne pour,
•* achever de démolir cette levée. Le matin.
•* le Sieur de St. Ours en ayant été informé, fe
^ mit en marches avec fes troupes pour fe
"porter fur lès lieux. Auffitôt que les An-
. •* glois les virent approcher de la rivière ils ti-
** rerent fur eux, et après s'être tirés quelque»
*' coups de part et d'autre les Anglois fe re-
•* tirèrent.
** Le Sieur de St. Ours ayant récrit au Sîeur
** Luttrell pour lui demander raifon de fa con-
*' duîte envers les François, en reçut une re-
•* ponfe dont la copie fut envoyée au minifirc
** Ces deux pièces confirment la continuité des
** procédés hoftiles des Anglois.
** Ils ne s'en font point tenus à cette guerre
•* ouverte par terre, ils ont également enfraint
^* les traités et violé toutes les loix fur les mer»
** de l'Amérique Septentrionale avec les inde-
•• cences les plus marquées, ainfî qu'on le verra
•* par les extraits ci joints, difoit encore le
*' Comte de Raymond.
*^ Depuis la fin de l'année 1749^ tems au*
«< quel les Anglois ont commencé à fe rendre
«* en foule à Chibouktou pour s'y établir, les
** François n'ont pu naviger en fureté le long;
•* de la côte de l'eft et même aux environs de
♦• rifle de Canceau et de la baye de Cheda^
L 5 ^ boult-
( 2l6 )
^ bouktook, ï cai2fe Ses menaces frerfutnte»
•* qu'ils faifoietit. Ils ôrit cWitmoé de prendre
<** les batirtîens de toutes efpcces, de s'empâter
^ de tout ce qu'ils y trouvoîent, et de fe falfir
••^ en même tems des navigateurs, ce qu'ils ont*
-^^ efièûivement exécuté en pluHeurs rencon«
^* très. Ils prirent cette même année au petit
<< dégrat de Tlfle Roïale trois chaloupe^ ainfi
^* que les équipages qu'ils nûrent poux un peu
•^ de tems à terre, enfuite les firent embarquer.»
^* et les envolèrent à terre apris avoir pris
** toutes les morues de ces trois chaloupes qui
^* étoient à la pêche du côté de Martingo.
•* Après leur établiflemcnt à (Thîbouktou ils
** envoïerentdes détachemens dans toute TÀca-
•* die pour forcer les François et leurs familles,
** fans aucun égard aux anciens traités, a y
** refter avec leurs biens, meubles et immeu-
** blés, fi non à s'en aller fans emporter quoi-
" que ce fût de ce qui leur appanenoit.
** En Aouft et Septembre ils firent enlever
** deux mi^onnaires, le Sieur Girard à Cobeguît
** qu'ils ont retenu prifonnier pendant plus de
*' trois mois à Chibouktou, et le Sieur la Gou-
*' dalie qu'ils obligèrent de repaffér en France.
** Depuis leur etabliflement a Chibouktou
*^ ils ont toujours eu des batimens armés en
** gueppe dans le paflage de Fronfac, fous pré-
" text«
< 4^y )
^ fekte tftempêdheir le trahfport dés béftîaux
«* 4t VkcaéAe k rfflfe St. Jean ou à Tlfie Roïale.
** Ils vrit ctorttmis f li*fieurs autres hoftilites far
** les '1)atveiaux François qui alloient et venoieftt
•^ **; rifte 'Rolâfe à Tifle St. Jean, en ont ma^f-
"•* trâteé îcs '^qïripage^, fe font emparé de leurs
•• -ôaPgalfofts^ îfouvéflt ^êmcJs de leurs bat-
•* teaux,quoi qu'on leur montrât des pàflèpoftà
** dàhs la ^meilleure foftiiie. S'ils ont cefle de-
"*• pms d^gk- afmfi cette année, c'eft parce <iue la
** Fratodfc itefottnée de ces ifianGeuvres,a leûi\
'* ^élqufe frégates en i^'i^iéres de ces côtés ft.
<* Au mois de Septembre 1749. k Sieur Jofeph
•* Gorhron officier Anglôis eut la hardiefTe de
** parôîtt-e ftfr les côtes àtVÏÛid Roïale, d'entrer
•** même iiu Port Touloufe fans aucune j)er-
** miÔioii, en équipage de corfaire et récidiva
** fottvtnt oelte manœuvre.
' "- •* En T750. ils prirent dans le paffage de
** Ftonfac un nommé Jean Michaux habitant
*•* du Port Touloufe avec fon efquif Qu'ils nii-
^ TOTtà la toue de leur frégate, et obligèrent cet
•^ homrme à les mener jufqu'à la Pointe Prime de
j**^i'ifle St. Jean, d'où ils le firent dcfcendre pour
** aller leur chercher des refraichiffemcns et de-
^ mander pour -eux la permiffion de venir à
*' terre et le Sieur Bonnaventure qui com-
*• mande dans cette ifle, fatisfit k leur demande.
L 6 " Au
( 2i8 )
^ Au mob d'Aouft de la même znnéc 1750*
•• Jofeph le Blanc habiunt du Port Touloufe
•* fut pris par les Anglois et retenu prifonnier
** aînfi que pludeurs François tant hommes
^< que femmes pendant huit jours, au bout des
^' quels on les laifla aller, mais après leur
^' avoir enlevé leur canot et tout ce qui étok
•* dedans.
^' II y a beaucoup d'autres faits de cette na-^
*^ ture qu'on ne rapporte point et qui fe font
^* pafles depuis la paix, parce qu'on n'a pae
^^ bien prefent les i^ms de ceux aux quels les
^' Anglois ont fait des prifes^ mais les faits
•* n'en font pas moins vrais. '• f
^* Le 18. du même mois d'Aouft 1750. uA
** habitant de Cobeguit nommé Jean Freguif-
<^ gon fut pris par les Anglois dans le batteau.
•* le London de Québec commandé par le ca^
•* pitaine Jàluim, étant à la voile k l'entrée
** de Vixchu. Ils le conduifirent à Chibouk^
*' tou, H n'y avoit dedans que des familles
** Acadiennes qui vouloient fe retirer au Port
** la Joye de Tifle St. Jean avec leurs meubles
** et effets. Les Anglois prirent tout ce qui
*' leur appartenoit.
" Tous ces faits n'étoient que les prélîmî-
*^ naires de Taélion qu'a commife le Sieur
^^ Roux capitaine d'un fenaut appartenant aa
« roi
( 229 )
**^ roi de la Grande Bretagne qui oTa attaquer
^* un brîgantin du roi nommé le Saint Françoif
** le i6. Odobre 1750* le qwel portoit dc^
*' vivr^» des rafraichiiTeraens^ des habillemens^
•* ^t des armes aux poftes François de la rir
** viere St. Jean* Ce brîgantin fut conduit è
.** Halifax et jugé de bonne prife^ quoique le
«« gouverneur informé des circonûances, eut
^' dit que le Sieur Roux avoit tort, et eut
^^ même ordonné le ravitaillement du br igantia
••pour le renvoyer. Comnie les informa*
•• tions ou déclarations de ce qui s'efl pafTé à
«« cet égard ont été envoyées à la cour par
** Meflrs. Dcfherbiers et Prevoft, on ne s'eten*
^( dra pas d'avantage fur cet article.
'* Il eft notoire qu'il ne s'cft guère pafle
•' de mois depuis Tannée de la dernière pai;(:
*• fans que les Angîois ayent envoyé vifiter
•• les côtes de cette colonie par des corfairej
*' armés en guerre ; que ces corfaires fe font
•* prefentés à l'entrée de nos havres et de nos
•• ports comme s'ils euflent véritablement eu
*« deffein de venir en impofer, et fans doute
•• dans l'idée de les connoître parfaitement, afin
•* d'en faire ufage, s'ils le peuvent felon les
*• circonftances, et quelquefois ils font venu»
•• ju(qu'à cinq vaiûeaux à la fois..
( k36 )
•< Ift îB. du mtAs d'Aouft 175t. Mh gàl-dï*
*• céle Airglois qai cft toujours mouille près flfe
** la pointe h, Beaufejour,. a tiré plufieurs coups
*< de canon fur un caftoi François dafts le-
^^ quel îl y avoit un officier qui alfoh d'un
■*• pofte détaché chercher des: rafraichifletnehs li
*' celui de Beaufejour. La chaloupe d^ ce garde^
** côte où il y avbit plufieurs hotnmes trotéstou*
** rut même après le canot. Il falut que Vdfflcier
•* mit à terre avec trois foldats qu'il avoit, * A-
*« près s'être tiré quelques -coups ile part et
*< ^'autre, la chaloupe gagna enfin fon bord/*
Voilà, Mof^ur, une énûmeratioA dtf^
pTarirmes. M. Je Commandant de l'Ifle lUïàfe
qui les faifbrt, auroit encore eu bieft dé ki mar*
tiére pour déployer fon éloquence s*il élit de-
meuré plus long tems ici ; car depuis foti déptft
îl y en a bien -d'autres. Cependant, MofififeUl*,
admirés, je votis prie, lé mauvais gèrte-dés^hâ-
b'rtans de ce pats ; fc petft il qu^tfprès tant ^fhoy-
ribles protedés de la part des Anglois, fl y ait
eu tant de gens des nôtres qui aient voulu 'croire
que nous avbns tort, et qui rauroient-peut^êcrt
toujours cru, fans les p«ne3 que<e mêmeconfi-
mandant a prifes en arrrvant ici foornous defflfbû-
fer. Car enfin cette charitable réflexion <^'il fait
fur notre compte, étcftt à la furtede ce mémoire
qu'il joigiioit avec la juftificatîon dc3 fauvages ;
le
le tdut, comme vous le jTçavés, deftine pouf
les commiffaires Anglois.
-Il cft pourtantjufte, n'en deplaife à M, le
Commandant qui ne nous aimoit pas, Tans
doute par droit de repfefaiïles, d* ajouter un mot
pour juftifier l'erreur ou nous étions et qu**îl
n'a 4>as autant diffipée qu41 le croit.
Nous avions cru, et quant à «loi je le croîs
encore, que ce ne font point les procèdes,
mais le Fond du fujet qui peut y doftner lieup
qui doit être la matière du jugement
qu'on doit ftorter :|ioilr lavoir celui qui
a tort ou raifon. Ainii ce n'eft pas fur les
îiÔiôhs qu'on doit appuyef, mais fur la caufe
6t ces mêmes aâions. Qiraftt aux reproches
d^avotr fiift en faveur des ennemis quelcjues
a£les d'humanité, ils me p^oiffent aiWH dé-
placés que puériles : déplacés, puifqu'il eft cer-
tain que la générofité de quelques particuliers,
_générofité qui a été fouvent très bien reconnue
par une conduite femblable a notre égard, n'in-
flue en rien fur les intérêts de la nation ; puérile,
parce que ces mêmes particuliers de part et
d'autre n'ont pu fuivre les mouvemens de leur
cœur que dans ces occafions où ils les ont
marqués, et qu'en tout le refte ils ont été forcés
de fuivre les ordres de leurs l'ouverairrs à qui fll
appartient feuls de décider du véritable intérêt
de
C «3* )
4e kon peuples. Par coofeqttent il nVft point
dlogratitude ou robeiflànce de devoir et de ne-
ceffité excufe tout.
Quant aux valables raifons da conunande-*
ment qu'on a fuivi, on peut, je croîs les dis-
cuter avec un ami tel que vous, c'eft ce que je
me permettrai auffi après vous avoir auparavant
entretenu des plaintes que font à leur tour les
Angloby et de leurs reponfes aux nôtres ; et c'efè
ce que je vous promets pour ma première
lettre.
LETTRE XIX.
Difcujfiin et jugement fur Us caufes ii la guerre^
faits prostvés far les Anghis ftd Jétruifent Us
plaintes de Uurs adverfaires et jufiificaiim dt
Uurs démarches.
Monsieur,
LE S Anglois font précéder à leur reponfe i^
nos plaintes une quefiion à laquelle
Tunivers entier peut repondre à notre défaut^
et la voici. Celui qui a fouffêrt tout ce qu'oit
peut foufFrir d'invafions, d'entrepri/ès fourdes
et manifedes ; qui par modération, par amour
pour la paix, et peut-être par imprudence, a
pris en patience Texécution des deflèins d'un
ennemi aâif et induflricuX) s'eft il par là mf»
dans
t m y
idans robligation de laiiTer confommer Ta ruînet
fous peine -d'être regardé comme un agrefTeur
injufte ? En efFet, Monfieur, il y a fi peu de
doute fur ce point, et la voix que la nature a
mis dans nos cœurs, pour notre confervation
et notre défenfe, s'explique fi pofîtivement et fi
unanimement que nos ennemis pafTent tout de
fuite aux preuves de ce qu'ils avancent. D'a-
bord ils fe condamnent eux mêmes fur la faci^-
lité qu'ils ont eue de nous laifTer les borner et
les ferrer de près dans toutes les colonies qui
font à notre bienfeance ; et il eft très certain
qu'ils fe rendent juftice à cet égard- Quel
aveugkment n'a pas été le leur lorfqu'ils nous
ont tranquilement laiiTé faire des établiflèmens
derrière eux près de l'oyo et ailleurs ? Pen-
foient ils que nous n'aurions pas afles d'efprit
pour reconnoître que leur filence étoit un aveu
plus que tacite, du droit que nous avions fuf
les terres à la poflefSon des quelles ils ne s*op-
poibient point; ou prétendoient iU nous nuirt
d'avantage, eh nous privant du bien acquis»
qu'ils ne nous auroient nui en mettant des ob-
fiacles à Tenterprife ? En vérité je crois qu'il»
ont eu grand tort, quelle de ces deux idée^
qu'ils ayent eue. La première étoit une pré-
fomptton bien bazardée, et la féconde uti ra-
fioçmcnt biea dangereux. Mais quoiqu'ils
a'KAl
( «34 )
;i?cnt pente k ce fujct» je ciois qu^ils ti^Hit M
■garde d^imaginer ce qui eft arriva Et Gomm-
aient auroient ils pu prévoir que ce q«'îk te-
gardoient comme une intrufion qu'il» nooi
voïoicnt faire à pas comptés, dût joiadfe à ki
propriété, le droit de donner l'exclufion à des
voifins de & bonne compofition ? AiA Somi ik
tombés des mies, lors qu'après avoir fait autour
d'eux le circuit que nous avens cru necelfiùrc^
nous leur avons dit :' Meffieurs, retirés vous^
Voilà des bornes entre nous qu'il ne vous eft
pas permis de franchir. Où font ces bome^
bc font ils écries, et-qui a droit d'en mettre dan»
un pa;s qui nous appartient ? La nature, avom
nous repondu. Elle favoit que nous aorîona
befoîn d'une comraunîcatiofi pour notre •colmifi
€lu Miciffipi I que cette coouaiumcattoo feitatt
tfhi .proche des lîefttx que vous babidéa, et dUt
a. placé les monts 4ipahichte ebtre fKHis$ la bat*
xieit «ft auffi fimple que Tefpeâable.
• <j^e vous feiBble^ Mon£eur, de ce Dia»
logue î Ne cro;.es vovs pas que les Aiigldif
pourroient y i^oftrter : Oui, nous devrkni ett
quelque façon nous déuter de l'infentiori -fo^
vorable de la naUire & votrq^^atd, puifqu'^la
nous a infpiré un efprit de vertige ^ni votis m
mis à mcftne -d'être fss iifterprêtbs. Cependant
Us ne i^-oftt |>al t>ris itir oe ton Jà, Ils ont voul«
t *35 )
l^en^lttiir attx ufages et coutume) doht la pm»
tique eft générale, comme faifant loi. Saf
cda ils ont fait remarquer que depuis la <]écou-
verte de l'Amérique Ton n'avoit point révoqué
en doute, le droit qu'on leur conteftoit; que
les Efpagnols et les autres nations avoiént tou**
^Mrs été regardés comme maîtres de Tinterieur
Chi pEïs dans toutes l'étendue des côtes fur }ef«^
quelles ils s'étoient d'abord établis, à moint
qu'ils n'y euflfent trouvé quelques autres nation*
Européennes établies avant eux ; que cette c(*
pece de prife de polTeffion étant de règle géné«
inde, il n'étoit pas moins injufle qu'mfenfé d'ea
yottloir difputer Tavants^ k eux feuls; avan^
tages dont leur tolérance envers les eatreprifet
âcs Fj-ançois, ne pouvoit les avoir privée puir*>
qu'une fimple tolérance ne fut jamais ni uni
convention id un acquie&ement irteparafales»
encore moins «ne renondatton à des droits
établi» i qu'ainfî noyant jamais dâ imaginer
tfa'il y eut d'autres bornes pour eux, quant â
leurs tétabliflèmeRs fur les bords de i'Ohyoi
^ne la mer du fud du câté de i'oueft, leur
propre volonté, ou roppofition des naturels du
t>ftïs, ils n'auroîent jamais çû. préfumer xpx ieur
facile bonté, en laifiâm occuper une |nrtte
d'un terrain dont ils n'avoient pal alors befoin,
pût leur faire perdre k droit de domaine, et tee
priver
( 236 )
priver m£me du pals qu'ils occupoient) ou* Ja
moins le leur rendre plus onéreux qu'utile.
Ne vous femble t'il pas, Monfieur, qu'il eft
trop facile de décider fur un droit reconnu pour
ttl, dans toute autre occafion que celle qui
donne lieu à la difpute, et dont on jouit foi*
mcme pour foi -même, pour nous arrêter {dk»
long tems fur ce fujet? Ne difiés tous pas
hardiment, fi vous n'éties pas François : Ju*
geons les autres comme nous voulons qu'on
nous juge nous mêmes, et ne faifons pas d'une
règle générale, une règle arbitraire. Je le
penfe du moins ainii ; mais ne fériés vous pat
tenté d'adapter ce même raifonnement à l'autre
point que nous voulons regarder comme en 1h
tige entre nous et les Anglois ; je veux dire à
la conteftation fur les limites de l'Acadie ?
Lorfqu'avant le traité d'Utrecht on nous si
pris cette étendue de pais que les Anglois coiii«*
prennent fous le nom d'Acadie, ne l'avons nou»
pas demandé précifement fous le même nom, et
n'emportoit il pas alors dans notre efprit, la
même idée qu'en ont à prefent nos ennemis ?
Depuis quand dans les limites que nous recon*
noiflions pour telles, a-t'elle changé f Si nous '
avions fur cela la certitude que nou$ faiibna va-
loir à prefent, pourquoi donner le nom gêné*
rique de la plus petite partie au total que nou»
redc* -
( 237 )
Stdemandloiis. Croies vous que fi nous avions
pris l'Angleterre, les Anglois s'avifkfTent de
croire en comprendre la reftitution en nous de-
tnandant la province de Surry ? Mais fi l'on.
I^entendoit afles lorfqu'il n'étoit queftion que
de reiUtuer, (et en ce cas ce feroit toujours con-
venir qu'on avoit les mêmes notions) ne devoit
on pas du moins s'expliquer quand il fût quef-
tion d'une celEon irrévocable ? Que penfe*
rions nous des Anglois fi, après nous avoir
ccdé la Virginie ou quelqu'autre de leurs colo-
nies, ils nous difoient : vous vous êtes trompés
fi vous avés cru que nous vous cédions tout ce
que nous appellions Virginie lors de la ceffion ;
nous n'avons entendu vous donner que les pre-
miers terrains fiir leiquels nous nous fommes
établis. Voilà ce que nous appellions autre-
fois Virginie et qui eft réellement à vous ; tout
le refte nous appartient encore. Ce fubterfuge
nous feroit d'abord rire (car c'eft le premier
mouvement du François à l'égard du ridicule,
quelque préjudice qu'il puiiTe entraîner ;) et puis
à l'Angloife nous nous déchaînerions avec au-
tant de flegme apparent que de fureur réelle ;
mais les François ont demeuré établis dans ces ;
païs que nous ne voulons pas regarder comme
partie de l'Acadie, après le traité d'Utrecht? •
Oui9 fans doute, repondront les Anglois, nous
l'avions
f 23» )
f trions même ftipulé ainfi. Il nous ifl
que le pays que nous venions d'acquérir ne tk
dépeuplât pas en un infiant ; mais nous aifBO-
rions mieux ^'prefent le voir entièrement d^
vafté que de trouver dans les nouveaux A^€t>
de notre roi, les amis cachés de nos ennemis, et
cPavoir à nous garder perpétuellement des piège»
que nous.tendent ceux à qui nous n'avons que'
trop donné les moyens d'en faire un choix 6»»^
ncfte pour nous^
Je ne (çai ce qu'on peut repondre à ces rai»
fons ; en nier la folidité, eft récUement le plus*
court, car pour h bien démontrer croies voua
<)ue ce foit une entreprife bien utile et bien ne-
ceflaire? Non fans doute; auffi chacune des
deux nations a pris le parti, par des motifs dif-
férents et aifés à deviner, de laiflèr à part le
fond de la querelle. Elle étoit en effet trop
peu embarraflante pour ks- uns, pour mériter
une plus longue difpute, et trop pour les autres
pour fuffire aux répliques* Il ne nous refte
donc qu'à les imiter, et puifqu'en attendant la
.paix ils ne s'occupent mutuellement que de l'ac-
culation d'avoir commencer la gu^re, fuivons.^
leur marche.
Vous avés vu, Monfieur, qu'avec mon îm-..
partialité ordinaire, j'ai pefé le poids des plaintçi
^ue nous faifons) et encore plus les raifons va-
lable
( n^y
li)ik«4M nm^ «ton» de k$ £ûfe; vous a?»
«û auffi 91c». Bialgré mon incikiatioa natu*
fdle, j'ai trop refpeâe la vérité pour fi^rr
pçQf^lKîf U M^çf de noue cotje. Voïoo»
4 l'apologie de nos enDenûs exécutera mieuir
Iç^ d^tfm ^tti Ta di^pe que n'a (dit U notre.
Jq laiftrai à part tçut^ les pUiatfi» que les.
Apglois font fur nos entreprifirs d^is la
pwc d'Utrecbt jufqu'à celle d'Aix-rla^Chapcllc,
Cftte iferniere avoit dû les faire oublier; elle
ayoit d.u i^oins iaic efperer des rq)aratians re«
Cfpr9que;? et de$ explications neceflaireç. En
attendant l'eSiçt de ces promçiTes mutuelles,
rinaâion de part et d'autre étoit de règle et
de convention; ainfi c'eft fuj les démarches
faites depuis qu'il faut s'arrêter. Voici donc
ce que nos ennemie difent et que nous aurions
bien de la peine à nier.
<• La co,ur 4e France a toujours regardé
•* TAinerique du Nord co;nn>c un objet digne
^' de (^ plu^ grande attentiQJP> et a &ns doute.
** fornvé Je plan de s'en emparer^ plan qu'elle.
^' méneàex.écutlQACooiJanMaenty quoiqu'avec.
«* meiure» et Ieplu$ dpucement qu'elle peut»
<< Cependant depuis le traité d'Aix^-la-Chapelle,.
<< les François ont encore mieux manifefté
î' leu« vue»> parçç qu% n PAtprçlS d'avan-
( HO )
^ tage Texecutlon, et que leurs in?afioii8 ont
*< été plus nombreufes et leurs boûilités plus
•* violentes.
«' Dans la province de la Nouvelle Ecoflè^ .
«' autrement TAcadie, ils ont élevé près de la
«« baye Verte un fort dont ils ont par eau une
^* communication facile avec Louifbourg, le
<' Canada et les autres établiiTemens François.
*' Ils en ont élevé un autre monté de plus de
** trente canons qui commande le fond de la
<^ l3aye de Fundi ou Beaubaffin. Ils fe font
** emparé de la rivière Saint Jean et y ont bâti
** deux forts, de Tun des quels ils ont eu Tin-
*« folcncc de tirer fur un des vaifleaux du roi.
** Ils ont envahi tout le commerce qui appar-?
** tenoit entièrement aux Anglois avant cette
** dernière paix ; de forte qu'à bien examiner
** les chofes, les François et les fauvages qui
*• font fous leur domination, font plus effec-
•* tivement maîtres de toute cette province qua
*« nous. Us ont fecouru et animé les fauvages
** contre nous et font par confequent refpon-
** fables des cruantcs qu'ils ont commifes ; ce
•' qui eft auffi bien prouvé que les efforts qu'ils
** ont fait pour faire rompre le traité de paix
** que nous avions fiait le 22. Novembre I752«
*** Avec les fauvages Mikmaks et Malechites 5
^^ jufquês là que, non contens d'avoir emploie,
•« Icura
(»4i )
«« leim miffionnaires pour les poitêr à violer ce
^ traité, le propre commandant de Louifbourg
** s'eft rendu orateur et accuiateur contre nou$
^ pour niieux les pcrfuader.
• ** Dq>uis ce même traité d'Aix-la-Ghapelle, ils
^< ont élevé plufieurs fortereilès dans le pals des
*^ Iroquois qui font fous la pràteâion de l'Angle-
** terre, une entre autres au nord du côté du lac
*« Ontario direâement oppoféc au fort Anglots
** d'Ofwego. Ds ont bâti une grande et forte
^* maifon pour la traite des fauvages entre les
<^ lacs Erié et Ontario à l'oueft ^u grand fault
•^ de Niagara, afin d'empêcher le pafTage de
<^ ces fauvages qui remontent le lac pour aller s
** Ofwego.
*' Dans l'année 1753. ils firent marcher dea
•* forces confiderables de troupes régulières,
<' de milices et de (auvages dans le pals des
** Iroquois, quoique ceux ci les euiTent prié,
<< et à différentes reprifes, de n'en rien faire.
<^ Us menacèrent même de détruire tous ceux
'* qui s'oppoferoient à leurs deffeins.
<< Dans la même année ils bâtirent deux
<* forts, l'un fur la rivière qui fe jette dans le
<' lac £rié, et l'autre à quinze mille de diftai^co
^ fur la rivière aux boeufs qui fe jette dans
« celle de l'Ohio.
M « Us
( uO
^< Ib OMiiNNBini df bMitt hodtt Paiiaée fiir^
«< vaurts a« f^iit fioit Aogjoif à k fomdkt àe
<< Mohagouau plu» bat qiae la tmeee Ohio,
*^ qui, n'étant garde que pv une petite gunt^
^ fon de la Vicgimc» ie rendit à compoitîon
«< dès U preimeie ibnaMticML Quelque terni
^^ après Hù corps de douze cens konmies Fran-
^< çob et iàuvages attaquèrent le Major Wa-
<^ lingloo, commandant les troupes de la Vtr-
<^ ginte^ et l'obUgerent à capituler^ ce qu'il ne
^* put fe di^penftr de £iire, n'ayant avec lui que
^ trois cens hommes. C*eA à ce même offi-
^ cicr que les François ont tant affeâé de re-
^< pvocher le prétendu afii^nat du Sieur de Ju-
•• monville ; fingulier reproche qu'ils devroient
^ avoir l^nte de faire après avoir eux mêmes
** hk commettre f affeâinat de M. Hewe par les
^ feuvegesde leur pojeti ; et cependant M. Howe
^ étoit aBé peur une confidence donc on
** énrit convenu, il revenoit de cette confe-
« renée, fe repofent far le droit des gens. Il
«* n'en fut pas de même, comme chactm (çaît
^ de Terrew de M. Wafington. H prit et dût
^ prendre le Stcur de JumonviJle, aîjnft que les
^ ibidats qui hKXompegnoient pour un d^ta-
« ckement qui Tenoît Pattaquer,. et ïï n'y a
<< pas de doute que fon devoir et ùl f&reté lui
*^ faifoient une loi de ne point attendre tran*
^ ** quile-
( M3 )
"^ qiiilemdlt cette attaque. L^ hèftilfibés de^
<^ François qu'il iv'avoit que trop éprouvées,
^* dévoient le mectre en gardeyet ne pas lui
^< faire préfumer qu'on lui eavoiott un amba^
^ fadeur ainft accompagne. Mais latâbns aux
^* François le tique de fe recrier à chaque ir>-
<* ftant fur un malheur dont nous fâmes affliges
^ nous mimtSf peut-ctne phr» qu'eux ; car
^* fans cet accident ils pc^droient la plus belle
>< de leurs lamentations. N'y répondons patt
*^ même fur le même ton, nudgré l'avantage
^^ de datte que nous donneroit l'attentat cooi-
** mis contre M. Howe. Revenons nous» à
^' des agreifions aux quelles un hazard mal*
.^^ heureux n'a point eu de part.
'^ Outre d'autres forts dont l'enumcration
** feroit trop longue, et qu'ils ont bâti fur les
.** terrains en litige et fur ceux qui nous appar-
*' tiennent, au mépris du traité d'Utrecht con-
.** firme par celui d'Aix-la-Chapelle, ils n'ont
** ceffé d'inquiéter les fujets de fa majefté Bri-
*^ tannique dans leur commerce. Us leur onU
<^ faifi tant chès eux que chès les fauvages leur^
^< alliés, et chès les Iroquois mêmes qui font les
** nôtres, toutes les marchandifes qu'ils por-
** toient, et ont même déclaré qu'ils pren-
*« droient prifonniers tous ceux qui pafferoicnt
** par les païs qu'ils occupent s déclaration
Ma ** qu'ils
(244)
^ qu^ili n*eùt fidte qu'après avoir (ça que trois
^ cens Aiigloîa étaient partis de la Pcofilvame
<« for la foi de ces traites» pour £ûre la traite
«« avec les fiuivag^.
^* Quant aux manoeuTrcs des miffiouiiaires
«< pour animer les fauvages contre nous» et
«< pour £iire révolter ceux mêmes d'entr'eux
•< que les fermens les plus inviolables auroient
<< dû retenir, elles font trop notoires pour s'j
<< arrêter ; mais s'ils reuffillènt ainfi en abufàiit
«< fous le manteau de la religion, des peuples
<' fimpies et crédules, il eft à prefumer que de
«< fi criminels fuccès auront un retour funefte
«< pour eux. Qtie peuvent déplus nos enne-
«« mis ? Nous dire pofitivement qu'ils nous de*
«^ darent la guerre, et ne le voïons nous pas,
•< et nous eft il fi difficile d'imaginer que s'ils
•* retardent cette formalité, ce n'eft que parce
** qu'ils ne font pas affcs forts contre nous ; car
4« ïpalgré le terrain qu'ils ont gagné infenfible*
•* ment, iU ne font pas encore en état de nour-^
•* rir un grand nombre de troupes. Il ne nous
«« reltoit donc plus qu'à attendre le moment
•* qu'ils îugcrolent favorable à leurs defièins ;
^^ et il eft biçn odieux fans doute à nous de
V n'avoir pas voulu le faire. Mais méritons
«« nous entièrement ce reproche après avoir eu
f f Ja hpntc d'cfluïer celui que les fauvages même
♦• nous
( H5 )
**noti8 6nt fait? Un envoïé des Six Natîofll
♦* adrefTa publiquement ces paroles au commif-
•* (aire du gouvernement dans une conférence à
'* Albanie: Vous parlés^ leur dit-il, de vos
•* forces, où les voïons nous ? Les François
^* batiflènt des forts et les gardent quand ils
»* font conftruitsj l'Anglois ne peut les en em-
*' pêcher. Le François agit en homme et
'" l'Anglois en femnrve;"
Quel aiguillon, Monfieur, et qu'il a dû être
fcnfible à des gens de cœur ! Eft il donc fur-
prenant que d'après tout ce que les Anglois ob-
jeâent, et que je viens d*abreger, ils aient en-
fin témoigné un reffentiment fi neceffaire pour
eux?
Mais ces plaintes, dires vous fioppofées à
celles des François, ont elles le même fonde-
ment, et qui en croire ? Oh bien je m'en vais
vous le dire et tout franchement. Sur les faits
croies en les uns et les autres, il eft qucftion
feulement de ne pas vous en fier également aux
dattes et à la narration quant aux circonftance^;
et voilà fur quoi on nous reprochoit ici de
nous donner le tort à nous mêmes. Par ex-
emple, nous étions perfuadcs de tout ce que Ici
Anglois ont avancés; nous favions à quoi nous
en tenir fur des defFeins exécutés prefqae fous
DOS yeux; nous voïons avec douleur exciter
M 3 les
ki &itTagct i des barbirics dont U biok
direment que qadqocfins îb devîtifenC Ift vie
time, et vous n'avés pas oublié ce que^ vous
ai die ii cet égard. Q^iand nous avons vA les
Attglois nous traiter comme nous les trûtionsy
nous n'en avons poiitt été furpris. Qétoit de
leur tranquUité que nous étions encore étxMioésw
Perfonne de nous ne niera qu'ils ne nous aient
attaqué près de Wéikak, mais tout honnête
homme d'entre nous avouera que par cette at^*
taque, on vouioit nous empêcher de faire 4$-
nouveaux ouvrages pour nous fortifier et qu'cMi
vvttîuic liénuifc ceux qui avoient été hhu
Quant aux forti qu'on noua rqprodie et que
nous reprochons, il x/y a pas de fîmple paifim
ici qui ne pût nous condamner faas aller voir
fi on n'auroit pas mis (ur le fronti^îce une
datte. Je Tavoue» Monfieur, c'eft un mabe^
pour nous de n'avoir pas la coofolatioa dc^ pot»'
voir difputer fur des faits, comme vous Tavéa
en Europe; nous n'en fommes dédommagés
que par le loifir qui nous refie pour difputer
fur ce qui a donné lieu à ces faits, et par la
jcflburce toujours précieufe à un cœur bien
fait, de pouvoir excufèr nos femblables, quoi
qu'ennemis, dana les cbofes qui ont befoin
d*ex€ufc%
( 247 )
Je ne >ou8 le nierai point, je prévcAs que
nous «lions avoir }ieu d^exercer ce fentiment
d'équité-; rennemi que nous avoniB haraflë va
peut-être nous rendre avec ufure, les maux
que nous lui avons fait» ou que nous avons eu
un deflein trop marqué de lui faire. Je crois
qu'il s'y prendra iâns façon et fans compliment,
et un retour far nous mêmes ne peut qu'être à
fa décharge.
Mais quelle trifte reflburce dans l'état où
nous fommes qu'eft celle dont je mt fais de
lete t S'àre attWé tme gvenv fang^nte ayant
quetl'être en état de la (butenir; n'avoir pas
attendu, pour faire des démarches auffi marquées
qu'une déclaration de guerre, à pouvoir être
dans la ficuatton où Ton peut hanliment faire
cette dedaration ; quels reproches en tout fens?
CroTà vous que celiri qui acculera l'ennemi de
n'avoir pas à fon tour refpeâé le droit des gent
qui a établi un ufage fi digne de l'humanité,
fera bien avancé par cette récrimination, et que
celui qui trouvera fi facilement des raifbns pour
Texcufer, fera bien content de les avoir trou-
vées aux dépens de fa partie. Prenons pour-
tant un de ces deux partis, car il ne nous en
refte point d'autre à prendre ; la bombe éclate*
et fans dire garre, comme vous le verres par
la relation qui commenceta ma première lettre
M 4' et
( H8 )
€t qu'on vient de m'envoyer. CVn eft alTà,
ec trop pour cette fois. Le fujet eft afles fa-
ctieux pour obliger de reprendre haleine.
LETTRE XX.
^rlfe de t Aktde et du Lys par les Anghïs^ cetli
du fort Beaufejmir et autres a ait ans quî prêpa^
rent à une déclarât icn de guerre en/orme*
Monsieur»
SI je n'ai pu vous envoïer jufqu'ici des piecef
déciilves en faveur des François, c'eft
moins ma faute que la leur, et vous allés juger
de la fatisfadlion que j'aurois eu à le faire (Jar
la relation que je vous ai promife, et que je
n'abrégerai pas d'un mot. Je viens, comme je
vous ¥ux marqué dans ma précédente de la re-
cevoir.
Relation de ce qui s'eft pafie à la prife de
TAlcide par l'efcadre Ângloife compofée de
onze vaiileaux de guerre, commandée par
M. TAmiral Bofcawen.
•* Le 29. Mai 1755. Tefcadre du roi com-
*• mandée par M, du Bois de la Mothe, avoit
«< reflé en panne depuis quelques jours à caufe
^^ de la brume et du calmer Sur les fix heures
« du
( 249 )
<* du foir, le temss'étant uif peu ëclairci, pcttt
•* vent de fud-^, le général fit fervir dan^
*« l'oueft quart fud-oueft^ Cet éclairci ne dura,
<^ pour aînfi dire qu'un infbnt, et à peine les
** vaifleaux étoient raflemblés que la brume re-
** vint auffi épaiffe que lies jours précedens. Il
•• nous manquoit alors l'Algonquin, TEPpe-
*• rance et l'Opiniâtre. La nuit il fit très
** mauvais tems, gros vent du fud-oueft, plu e
•* à verfe et brume fi épaifle qu'on ne voïoit pas
^^ la longueur du vaifieau. Nous paflâmes au
^* vent d'un banc de glace fort élevé qu'on ia'e
•* reconnut qu'à une efpece de blancheur et une
*^ fumée très épaifle. Ce fut tout ce que nous
«* pûmes faire que de le doubler. Le 30. le
" vent du fud-oueft et le mauvais tems con-
** tinuerent pendant tout le jour. Je faifois
•* toujours la même route du plus près à ouefl-
*' nord-oueft, m'entretenant parmi plufiéurs
'** vaifleaux, en diminuant et augmentant de
** voiles pour ne pas m'en écarter. Nous nous
«* faîfions mutuellement les fignaux de brume,
** de la cloche, l'amure à bas bord. On en
•• entendit un qui faifoit l'amure à' ftiîbord du
** tambour.
** Sur les quatre heures et demie du foir on
«^ n'entendit plus aucun fignal, 'friit que les
•* vaiflfeaux cuflènt changé de route, ou que 'c
, M 5 «t général
( ^50 )
'^ fâiM eot fttt le fignal de fcmdCtre à Pàutit
^ bord et que les mauYais tems m'enflent cm-
^ péché de l'entexidre. Je contintiai toojotirs
** h route du oucft-nord-oueft juiqu^^ fept
*< heures du ibir que je fis faire le point à mon
^< premier pilote qui ne faifoit qu'à neuf k
<< dix lieues dans Teft^fud-eft du Cap de Raase.
^ Je ne pouvois faire que la route du oueft^
*^ nord-eueft qui me conduifoit de£Sis ; d'aif-
** leurs toujours mauvais tems du fud'-oneft tt
** bruflne épaifle. Depuis quatre Jteures rt
** demie je n'eu donc plus aucune connoiffiince
** de vaiiîêaux et de général, point de haitteur
^ depuis le 20. Je pris alors^ le parti reftanC^
*^ feul, de mettre à la cape, la dérive dans le
** nord et deux heures après la dérive dans lè
<« fud, en attendant un éclairci, car il n'étoit
** pas de la prudence d^attaquer des dangecs
♦* que je touchois prelque.
•* Le 31. au matin j'eu connoiflance du Ly»»
^ et l'après midi de l'Aquilon, ils s'étoient fe-
•« parés le même jour que moiy et à peu prèr
•* par les mêmes raifons.
** Le 4. ou, 5. Juin l'Aquilon fe fepara de
*^ moi par la brume. Le 7. le Dauphiri Rotat
*« qui s'étoit auffi feparé le même jour, fe rallia
^^ à moi apr^s nous être fait réciproquement les
«^ fignaux de reconnoiflàncet Sur les fîx heitres
^ du^
( 251 )
c< du kit le vent très foible du oueft^nord^^Hieft
«» j'eu connoiflàncé du haut des mats d'onze
*^ vaifleaux fous le vent dans Teft-nord-eft
*< cinq à fix lieues. Jugeant que çç pouvoit
'* être notre efcadre» j'arrivai deiTus. Cepen^
5' dant, ayant quelque défiance j^ vouloJ3 oï'afr
5' ûuer avant la nuit d^ ce qjujç ie Revois oa
" penfer. J'approchai donc feulewent à dir
5' fiance de pouvoir diftinguer ]e$ fignaux de
f ^ reconnoiflance. Le vent dinynuant toujours»
<< h mer calme^ nos trpis v^iiTeaux mirent e;^
?^ panne. _
^^ Le 8. au point du jpur la fraîcheur s'étant
•* déclarée au fud, par ce changenacnt de vent,
V jp me trouvai à trois lieues (bus le vent de
** l'efcadre que j'avois pris pour la notre. Je fb
^* les figoaux de recpnpoifla^ce aux quels Teur
** nemi ne .repondit qu'en me donnant chaflè
*^ toutes voiles dehors. Je pris chaiTe de mop
«' côté dans le nord-oueft, après en avoir fait
<< le llgnaK Cette route me parut la plus avan-
*< tageufe dans la pofition où je me trouvoU»
** feifant l'arriére garde, le Lys étant de l'avant
<< de moi et fous le vent> et le Dauphin Roïal
<< fous le vent du Lys et de l'avant. Nous
** courûmes toujours dans cet ordre, le tcms
** très foible au fud, tems qui donne de grands
'* avantages aux Anglois, parce qu'ils ont des
M 6 " voiles
{ H^ )
^ toïks plus Icgcrcs et des menues voiles plus
^^ grandes que les nôtres. Comme ils nous
** joignoîent à vue d'œîl, je mis le pavillon et la
^ flame que j'afTurai d'un coup de canon i
^^ poudre et au vent ; Tennemi mit le lien (ans
** l'aflurer. Je comptois par la route que je
^' faifois» et en me fai(ânt connoître, attirer
•* les meilleurs voiliers fur moi, et donner le
*' tems aux deux vaiflèaux de tranfports de
•• s*échaper. Entre dix et onze heures du
** matin le Dunkerque de foixante canons fuivî
•* de deux autres vaiilêaux de même force, de
** Tamiral de foixante quatorze canons et du
«• refte de Tefcadre, fe trouva dans mes eaux
' ^* afies pris, afles long tems et dans une poiitioa
•* où je les aurois bien incommodé par mes
•* quatre canons de retraite, fi j'avois ofç at-
•* taqucr le premier. La mer étoit unie
•* comme une glace et il vcntoît très peu ; et
** quoique je ne puflè douter à la manœuvre de
** rennemi qu'il ne m'attaquât, je voulus at-
** tendre qu'il commençât les hoftîlités. Lorf- .
** que j'étois parti dTEurope il n'y avoit point
** de guerre déclarée, et je fentois toute lacon-
** fcqucncc de paroître l'agreflèur. J'étois fur
** que l'ennemi s^en prévaudroit pour m'accufer
** d'avoir le premier commencé la guerre, et
** poux, me donner le tort dans toute l'Europe.
" C»
^ Ces reffexions et ces conficTeratroro irr tai^
** derent pas à m'étre très miifibles.
*• Lorfquè le Dunkerque commandé pair
•• Tamira] Howe, fut k la demt<-port^e de îtfc
*^ vont, U fe tka de mes; ezuTC- et tint le venr^
^ comme pour me prolonger et m'aborder* Je
<< le cnis ainfi pendant unr tems^ Je voultm
^* cependant avoir k quoi nv'cn tenir^ Jtr
•* priai Meff. de Roftaing, de Vaudreuif, Se-
*^ mcryiHe et Drelincourt d'être attentifs à la
•• conversation que 'faWo'xs avoir avec ceux du
** Dunkerque, MeiT. du MouKn et Geoffroy
*• qui étoient far la dunette, ainfi que M. Te
«* Chev^îer de Percevaux, n'en perdirent pa*
** un mot, tout l'équipage étant attentif et ne
** faifant pas le moindre bruit.
** Je fis donc crier trois fois en AngFoîs t-
** Sommes nous en paix ou en guerre ? On re*
«* pondit : Nous rf entendons pas. La même
** queftion fut alors faite en François,^ mime re^
*^ ponfe. Je pris alors le porte voix et demandai
** encore deux fois : Sommes nous en faix ou en
** guerre* Le capitaine me repondit lui même
** par deux fois bien dïftindlement et en très
** bon François : La paixy la paix. Cepeiv-
** dant le fignal de commencer le combat avoit
•' été fait quelque tems auparavant à bord de
•* rafniral par un pavillon rouge au petit mâts
<« de
(454)
•« de huut. Je demandai encore comment
<« 8*appeIloic l'amiral i Oa me répondit:
*^ L'amiral Bafcawen. Je le connoia, dis*je;
*< il eft de mes amis y et vousi Monfieur, votre
*^ nom, reprit on : Hocquart» repoAdit-je;
<< La converlation ne fut pas plus longue. Le
«c tf Qis de prononcer mon nom et reonemi le
<< mot de paix, fut immédiatement fuivi de la
«< bordée haute et ba£k à bout touchant avec
^« la moufquetterie qui nous a ainfî déclaré la
** guerre. Ses canons étoient chargés à doubles
*< boulets rames et à mitrailles de (outes et
^< peces. La mer étoLt trop belle pour en
*^ perdre un feul coup, et nous étions fi près
*^ que les valets des canons Ânglois entroient
<^ dans le bordage. Cela joint à la confiance
*^ que doit donner le mot de paix, prononcé
«< par la bouche d'un capitaine, nous fit perdre
<* beaucoup de monde, fur tout dans les batr
** teries et fur le gaillard d'arriere»^ Notre feu
<* n'en fut cependant ni retarde ni diminués
^* mais un boulet ayant coupé le bout de la
<^ barre du gouvernail, les timonniers furent
'^ forcés de Tabandonner, Je fis alors mettrf^
*^ les voiles fur les mats fans pouvoir abattre
*' d'un bord ni de l'autre. Toutes mes man-
•* œuvres hachées étoient devenues inutiles.
** Je me trouvai donc en but à cinq ou fix
^* vaiflêaux
( "^55 )
,•* vaifeaux qui me joignirent, la'entoureremr
^ et me combattirent, celui da contre amiral^
■^ en éto'it un. Je faifois cependant un fei^
•* Ires vif ^^uoique partage, avec ma raouf-
^ quettcrie et mes deux batteries que j*avofe
*^ été obligé de remonter des gaillards. Je
«^ leftai long tems ^an» cette fituation^ ^ifant
^ face de tous cotés, autant que la foibleâb de
*< mon équipage pouvoit me le permettre.
^ Quelqu'une avoient déjà commencé à tout
*' abandonner. J'avois cent bommea tués oa-
^ blefles, quatre officiers de tués, pluileurs
** prefque hors de combat par leurs bleiTures.
^ Les manoeuvres étoient hachées, les voiles
:•« criblées, le grand mâts percé de deux boulets
.** au milieu à côte Tun de l'autre; k petit
•* mâts de hune peix:é et prêt à tomber, les
^* vergues coupées, toute la mature ofièncée,
** plufieurs canons démontés» Dans ce de-
• ^' plorable état, et ne voiant nulle efperance de
*< £alut, et voulant conferver au roi de braves-
." gens qui avoient foutenu avec tant de valeur
*^ un combat contre des forces il fuperieures,
•• je longeai a me rendre. Je voulois cepen-
** dant que ce ne fût qu'à Famiral. Je cjier-
« chai donc à le découvrir, et après l'avoir
*< apperçu à une portée de fufil et lui avoir
' «^ (uéy à ce qu'il m'a dit lui-même, deux
' .. ** homme».
^ tcsu k ft j ce» baisoics cie iis iScmz gA-
** lar^u Aion /arnssai le psrîlka aa
** et fil» au£t'X eatotirr <ic ôica prcs de \
*^ toute Vtkâirc enseaûe lîoac
^ ftMi m'sLwit coDbacns.
^ Pendant que j'cxoii aux prifis rcnnesû
^ avott <ictacbé deux Taiflêaux fur le Dauphin
** Roial qai ne purent ]e jeûidre, et trois
** autret fur le Ly« qui fut joim. Je vis ce
*^ vaiflrau fe battre long tems avec ▼aleor,
^^ feulement avec ié» quatre canons de retraite
** et fa minifqueterie tant qu'il pu s'en fervir;
** mail ayant été mis entre deux feux hors die
** là portée du fufi), il cnuïa plufieurs bordées
** fans p^>uvoir y repondre que foiblement, et
" fut enfin rAllgc de fc rendre."
Que pcnfcs vous, Monfieur, de cette rda-
tion i Ne vous fimblc t'il pai* qu'elle feroit
Cfiticrcmcnt dccifive pour nous fi nous avions
toiijuurtf ru h lK>nne foi dont M. Hocquart
tiouh M cloiinc un fi bel exemple. Aflurement
ie (MpilHinc a p/iuOc la déiicatefle au moins
«ulli loin que la valeur. Quoi, fe voir donner
U ch^dc par une cfcadrc qu'il regarde d'abord
tomnic ennemie ; voir arborer le fignal du com-
luti et i\u\f\ré icla s'obftincr à une converfa^-
liuA 2i l'amiable, en croire plutôt quelques mots"
d'un
C «57 )
d'un {impie capitaine, que l'ordre que donnoff
auparavant l'amiral ; enfin n'être Convaincu qbr
hrfque la moufqueterie a fait la déclaration de
guerre. Je voudroi» bien pour rendre le pro-
ocdé plus glorieux que M. Hocquart en eut.agt
aîn(i k la tête d'une efcadre d'onze vaiflTeàux
contre trois. Mais quelle excufe, croïës vous
que puiflent trouver les Anglois ? Ma foi,
ils n'en cherchent point, et même ils fe mo-
quent de nous. Ils prétendent que leur M«
Howe, mieux inftruit que M* Hocquart qui
itenoît d'Europe, n'a attaché à ce mot de paix
que la figniHcation que les François y atta-*
choient dans l'Amérique; que d'ailleurs un men-
fonge qui ne fauroit tromper, n'eft point uir
menfonge, félon plufîeurs cafuiiies des nôtres ;
M. Hocquart ne devoit point en croire une
raillerie qu'on faifoit par reprefaille, plutôt qxie
le pavillon rouge qu'il avoit vu au petit mât de
hune de l'amiral, et qu'enfin il ne tenoit qu'à
lui de ne pas faire des queflions aux quelles on
avoit repondu d'avance, en fuppofant même
qu'il ignorât les hofiilités réciproques.
Mais eft ce le moment de railler, la ma-
tière le comporte t'elle ? Non fans doute ;►
auifi n'eft il pas douteux que ceux qui l'ont fait»
ont eu tort, tant dans l'exemple que dans Timi*
tation. Il eft fi peu fur de juger du total fut
une partie, que les Anglois n'ont pas dû croira
que^
(^58 )
fiÊtf parce qut àm efprits reomaiiti ivoient fatt
prciidrc on parti peu convenable en tom tam k
ceux qu'ils ont pu perfuadcr, tous les Françotv
penlbient à TuoifiMi. Il eft certain que quoi-
que M. Hecquart té fott conduit avec quelque
fi>ite d'imprudence quant à fa fureté, il n'en a
pas moins donné des marques de benne foi et
de valeur dignes d'être admirées.
Les Anglais témoignèrent encore la perfiia*
fiun où ils étoient de nos defièins contre eux^
dans le traitement prétendu injurieux qu'ils fi*
rent à M. Atgauk gonvumeur des troii rivietui
pris fur l'Akide. M. Rtgault qui en a poité A'
plainte aux minlftres de la cour de France et k
l'amirauté» attribue «e traitement à l'idée oit^
étoieot les An^ois que fa famille avoit empbSé'
Ion cnidit pour animer les fauvages et bire
reuffir \m entreprifea de la France. Il ajoutiez
qu'on lui en fit le reproche très exprès i et eed
me paroît très fisrt contre nous. <^k|ue (bit
l'envie que peut aMoir une nation de jetter le
blime fur la nation ennemie, ceux qui en font
les chefs, et fur tout les militaires, ne font
point aflfés lâches pour facrrfier à te deflèin un
de leurs fembliUes .et particulièrement un
homme confiderible- par fon rang. Ainû plus'
le procédé a pu être deraifonnable et odieux,
plus il prouve que la conviâion contre nous
pa-
(259)
p^oUToit certaine ; et plût à Dieu ! comme jr
Tai déjà dit, qu'elle ne fut telle qu'aux yeux de
nos ennemis* Mais ^ndis que vous ne voue
occupés en Europe qu'à examiner qui a été
l'agrefieur, tandis que ceux qui ont tort, crient
{dus haut que les autres, nous continuons mal'
lieureufement à fournir des matières à la difpute.
J*apprens que Beaufejour eft pris, et voici en peu
4e mots ce qu'un officier de jce fort vient de
m'écrine.
^* Le 15. Mai 1755» arriva à U baye Verte
^ «lie petite geelette 4e Ixmilbourg qui ap^
.<* porta 4et IttMa de Mx& de Drucourt et Pre*
•^ voft à M* de Verger commandant 4e ce hrt.
^ Oft lui mandoit que la Diane frégate du rot
.^ étoharriviée^piitixejowi auparavant) qu'elle
^ était partie incognito de Rocbefort avec in-
f* jmftioii do n'ouvrir Ai odres qu'à doux cens
^ ht»m en mer* On ajotttoît qu'il y avoit une
^* flotte de trente vaiAÂux de ligne au port de
^ Bœft et que dans peu de jours on apprendroit
** <a deftinatton j qu'au refte la France alloit
*• enfin exécuter ce qu'elle auroit dû faire long
** tems auparavant (ce qui meparoît être fin-
^ vafion de l'Acadic ;) qu'il n'a paru que deux
** ou trois petits vaiffeaux de la Nouvelle
** Angleterre à Louifbourg, et qu'ils n'y ont
•* fejottrné que peu de jours. Le 25. il vînt
*t ua
( 26o )
^' un exprès de Louilbourg qui apporta ^dl
" lettres à de Vergor dont il n'a rien tranfpiré*
^' On demande des piquets pouf Loui(boiirg
*< et des palifTades et l'on en fait couper à
•* Gafparaux.
*' Le Lundi 2. Juin on m'eft venu dire que
'' le commandant vcnoit de faire arertir tout
*< le monde que la flotte Atigloife étoit en
'< chemin ; qu'elle €toit compofée de trente lix
*< navires tant goélettes que batteaux; qu'un
*< habitant qui l'avoit vue, difoit qu'elle pour-
*< roit entrer dès aujourd'hui dans la rivière de
<< Mefagouecfae; et en eilêt ils y font arrives k
<^ deux heures après midi. Le Mercredi îlr
*^ s'emparèrent du popt à Buot^ nous taereM
'^ quelques hommes et pouflèrent jnfqu'à It
^* butte àMirande; ce qui détermina à faircr
*^ mettre le feu aux raaifons, granges, bucherf
^' et à Teglife même. Cè^ndant les ouvrages
** extérieurs du fort ont été achevés, et l'oni
** en fait conftruire de nouveau fur les baftions
*< pour refifter à la bombe. L'on fait fortir de
*^ tems en tems des détachemens qui efcarmou-
** chent avec l'ennemis.
*^ Le 8. un officier Anglois a été pris par
*^ les fauvages et fauve de leurs mains, Vergor
*' l'a fort bien traité. Il a demandé permiiHon
*' d'écrire à fon général et à fa femme, ce qui
« lui
f< lui a hé accorde. On a envoie fcs lettrci
*« et ceux qui les ont portées étant revenus,
*' ont dit qu'ils n'avoient vu que fix canons
<* de dix et huit mortiers feulement ; à quoi
** rofficier a repondu qu'ils n'avoient pas tout
*' vu.
'' Le Mardi 9. quelques fauvages venus
*' d'Halifax ont raporté que les Anglois crai-
^^ gnent que la flotte Françoife ne prévienne la
^« leur,
*V Le Jeudi 12. Juin l'on a reçu la nouvelle
^ qu'il y avoît trois frégates du roi à Zx)uif-
^* bourg deftinées pour venir à la baye Verte
^* et apporter des troupes. Le Vendredi 13,
*^ l'on a appris que les Anglois fe retranchoient
** derrière et fur le rocher qui eft du côté de
'^ la maifon de Saint Orner. Les travaux font
^« poufles avec vigueur. Nous fommes envi-
>« ron fix cens hommes y compris les babitans,
*^ On a tiré quelques coups de canon et les
<* Anglois ont commence à tirer des bombes :
4< Et le 16. une de deux cens livres eft tombée
*« fur la prifon où elle a tué Toflîcîer Anglois
^* prifonnier et plufieurs autres. Les ravage^
« qu'elle a faits, joint à ce que prefquç toutei
f< les parties du fort font endommagées, et qup
** le fecours qu'on nous faifoit attendre n'arrivç
^* point^ Vçrgor s'eft détcrwîni à capituler,
«^ L'c»»
( tfe )
^ L*eiid)trra8 étoit d'autant pkis gnuld que
^ contre Tavb des honnêtes gens. Ton avolt
. ** comme forcé cinq cens Acadiens à s%n(er-
^* mer dans le fort, ce qui ne nous écoit 'qu*i
^ duurge et très prqudiciable pour eux. Ceâ
** Acadiens étoient de ceux qui avoient prêté
^ ferment de fiddttc aux Anglois; ainfi c'étoit
« (ans aucun motif les mettre à la boucherie,
^ putfqu'ils ne pouvoient attendre ou que d'être
•• écrafés fous les ruines du fort et n'y pouvoir
^ pas même fubfifter, ou d'être pendus en ttfm-
*^ bant entre les mains des An^ois. Quant I
*^ moi j'ai cru que l'humanité m'obligeoit de
<^ les difluader d'un deflëin qui étoit fi pemi-
^ cieux pour eux. J'en ai perfliadé [dufieurs,
** et j'ai, après la reduôion, excufé les autres
♦* fur l'aveuglement que les miffionnaires cau-
*• fuient ^ ces pauvres gens. J'ai en quelque
•* façon reuffi, puifque les Anglois ne les ont
*• pas traité à la dernière rigueur, comme at
** furcment ils étoient en droit de le feire.
** On a donc envoie le i6. Juin au matin
** au camp Anglois le Sieur de Vannes parent
*^ de Vergor et le plus ancien des lieutenans
** avec des propofitions. M. Scherif en a ap-
^* porté la reponfe. On a renvoie encore, et
** enfin la capitulation s'eft faite. Ayant que
'^* les Anglois entraient dans le fort on a ren-
** voïé
( *63 )
*( voie le plu» 4'habît9m 4)uV>ii a pu et tous
<* foet cbargésy atnfi que les domeitiquea de
«« Vergor qui s'étoîent empane du jrfus précieux.
** Les Angtois font entres fer, le foîr, et quoi-
$* que tout fc foît pafle avec affés d'ordre pen-
^^ dant la nuit, ks balles de marchandifes ont
*' été ouvertes et pillées tant de côté que d'au-
^' tre, mais plus encore par nous. Les An-
^* glois ont fait tranfporter les troupes Fran-
^ çoifes et ont eu foin des bleffês.
** Le 18. Tennemi a eftvoié cinq cens
*' hooNnes pour occuper le fort Gafperau que
*' M. de Vilîeray qui y conrmiandoitj a rendu
*' fur une lettre où Ton lui apprenoit la capi-
*' tulation, et en même tems TimpoiRbilité de ,
*r^ refifter. Joftph Broffard connu fous le nom
♦* de Beaufoîefl, et par les maux qu'iï a fait
♦* aux Anglois, cft venu. fous fauf conduit pro»
^ pefe la paix des fauvages. Il a feulement
^ demandé une amniftîe géhérale et fon pardon
«* partkytrer, ce^ que M. de Monkton lui a
•* accorde. Lee habitans des alentoms ont été
^ pcrfiradés d'apportter tèurs armes aux Anglois
^ qui le» tpt avokfit requis, ce qtr^ils ont feit.
^^ Und'encr^euX' a *f venir de Loui(feourg au
^ i aaeoît hûlficinq vaiflèaux de fignee< cinq
*' «îlle honimesr It ajo«t« qu^on s'y prcparoit
^ k fixouMT Beawftgour.**
Vous
(264)
Vous jugés bien» Monficttr, qnè j*ai dbregf
ce journal» car dans ces fortes d'occafions les
détails font k peu près les mêmes. Je içai de
plus que quant aux faits principaux vous en
îerés inftruit de refte» et quand vous le foriés
déjà» je ne laiflèrois pas de vous les rem ettr e
fous les yeux» parce qu'ils me foumiflènt des
reflexions convenables à ce que je me fuis pro-
pofe dans ces lettres, qui eft de vous faire con-
noître la vérité par le raifonnement appuie fur
ces mêmes faits» et non vous en vouloir donner
le phantôme par des clameurs vagues et peu
feantes. Remarqués donc, je vous prie, la
datte de l'avis donné au commandant Vergor
fur les trente deux vailTeaux de ligne qui étoient
prêts à partir du Port du Breft pour» difoit on»
s'emparer de TAcadie. Cette datte étoit du
27. Mai 1755- La prife des vaiflèaux TAldde
et le Lys eft du 8. Juin de la même amiée.
Notés de plus que T Alcide et le Lys qui étoient
de Tefcadre d*pnze vaifTeaux que conunandoit
M. du Bois de la Mothe, faifoit partie de cet
trente deux vaiflèaux de ligne qu'on deftinoit
contre l'Acadie, Tirés enfuite uneconclufion
bien nâtur^le : Puifque nous avons fcû ici^pub-
liquement le 27. Mai que la flotte Françoifè
étoit envoïée pour prendre l'Acadie, M. Hec-
quart qui venoit dire^ement de France et qui
étoit
( a^5 )
êtoït de cette flotte j de voit fans contredit l0
içavoir le 8. Juin ; ainfi pùifqu'il a vu que tout
parlant de paix on alloit prendre une province
aux Anglo!s,n'a t'il pas dû prévoir que les An-
glois pourroient tenir le même langage en atta*
quant Ton vaifleau. Dira t'on qu'il ne s'en efl:
pas plus fouvenu que du compte des vaiiTeaux
qui compofoient l'efcadre dont il étoit? Ea
effet il eft affés finguHer qu'aïant apperçu et
cottipté les onze vaifleaux Anglois, il les ait'
pris pour Tefcadre Françoife qu'il ne pouvoit
compter être d'onze, pùifqu'il y en manquoit
trois. Ces abfurdités font dire à nos ennemis
que nous avons voulu jouer la comédie, et
qu'ils nous l'ont rendu. Il feroit pourtant afies
tems de finir ce. jeu, car la chance devient
mauvaife pour nous. A quoi bon difputer fi
on doit ou non être en guerre,, lorfqu'on y eft
réellement. Il ne convient plus à ceux qui
doivent agir de difcuter qui a tort ou raifon ^
il faut félon l'ancien ufage des combats, en dé-
cider par les fuccès, et nous laifTer à nous au-
tres gens oififs, le foin de faire des recherches
fur le fond de la querelle, et celui de conftater
les procédés. J'attens donc qu'on aura pris en
France cet unique parti qu'il nous refte à pren-
dre. Enfin foit qu'on fe foit fait une déclara-
tion de guerre en forme, foit qu'on s'en foit
N tenu
(266)
ten« k celle ^\l iute (comme Ht M. Hoc^
quart) lamGuiqiiCtterie Angloife; ou, comaio
dtfeat lc9 AogtMS, nos entreprifes «t nos agrci^
fions ; j'erre qu'cni féalifera les craintes des
onneoMB, en fiû£Înt que notne flotte préetde h,
leur ; qu'on mettm Louîftourg en état de i&-
reté et de défenoe ; qu'on donneiv^ fiir tout fi
Fon peut, aux Ângiois de la befogne à taiUer
cbès eux, ou au moins qu'oa s'oppofer» avec
lùgueur à Penvoi des forces prodigieuiês avec
krquelles ils peuvent nous écrafer. U n'efl
plus teias de fe plaindre ou d'en faire femUant
en fucopis, d'y obferver les loîx de la paix
quand l' Amérique va être perdre pou^ 1^
France. Nous avon3 reveille l'ennemi et noua»
nous endormons J'attens avec la dernière isi-
patience de vos nouvelles et je me flatte qa'ellea
m'apprendjiOBit qa'oa a change de condiiitis ef
de ton»
LETTRE
( 26; )
LETTRE XXL
Repûnft aune kttrt d* Europe pas làjuéllâ on ap^
prend à Fauteur la déclaration dé guerre reci"
proque des deux couronnes \ les clameurs des
François contre les yfnglois; la prife de Mi^
norque et rengagement que la France a pris avec
la reine de Hongrie.
' Monsieur^
JE viens de recevoir votre dernière Içttre
après l'avoir attendue pendant prefqùe une
année. Nous avions déjà appris une partie des
nouvelles que vous m'y donnés et je m'en étois
Tejouis et afflige tour à toûr. La prife de Mi-
norque, comme vous le penfés bien, me fait
"grand plaifir, ainfr ^e la déclaration de guerre
en forme qui met enfih lés procédés en règle.
Mais quant à l'alliante que la France a faite
avec la reine de Hongrie, mes difpofitions font ,
bien difFei*entes. Il me pârpît auflî que 'vous
ne l'approuvés pa^. En eiFet nous femmes
Tious imagine d'avoir a faire à trop foîble partie,
'et avons nous cru qu'il falloit augmenter le
nombre de nos ennemis ? Au lieu de tourner
tous nos eflForts ' contre un ennemi irrité qui
nous accufe de perfidie, étoit ce le moment de
' ■' N a prendre
( a68 )
(irendre le change fur nos véritables intér£ti l
La prîTe de* Minorque nous avoit prefque en-
tièrement juftifîé» même dans refprit des Ân-
gloîs. Us fe reprocboient déjà réciproquement
d*avoir pris trop chaudement Tallarme fur nos
deflèins et fur nos entreprifes. En nous af-
foibliflknt comme nous Talions faire par cette
fatale diverfion, nous allons remettre en vi-
gueur toutes les accufations qu'on a faites et
qu*on fera, car le vaincu a toujours tort. Nous
fommes encore bien éloignés de voir nos enne-
mis viâorieux, dires vous peut-être ? Quatre
vingt mille hommes marchent en AUeniagne,
et le roi de Pfufle fera bientôt reduitl D'abord
je n'accorde pas ce point, il eft homme à faire
tête à des forces bien fuperieures. Au contraire
vous m'accorderés fans doute qu'autant de fol«
dats que la reine de Hongrie et nous envoïerons»
ainfi que la Ruffie, autant fera t'ce dé dimi-
nution pour les vaiffeaux qui devroient tenir
h balance. La victoire contre M. Bradock
qu'on fait tant valoir en Europe, n'a rien
moins que décidé de notre fort. Les forces
maritimes des Anglois font une hydre à laquelle
il falloit tâcher d'oppofer une hydre femblable..
C'étoit à la conftruâion et à l'armement d*ùi>
nombre égal de vaiffeaux qu'il falloit çmploïer
Jes hommes et l'or de la France, et «on leur
chercher
( 269 )
cficj-Cher tin tombeau en Allemagne^ gouffre
qui a toujours été notre ruine. Mais les An-
glois ayant fait alliance avec une pulflance du
continent, que devions nous faire? Ne pas les
imiter dans^ le pas dangereux qu'ils avoient fait,
fi nous voulions en quelque façon avoir notre
revanche fur leur traité avec le roi de Prufl'e ;
traité qui au fond nous importoit peu, en pouf-^
fant nos avantages; il falloit du moins nous
en tenir aux claufes de notre traité de Ver-
ikilles. Vingt quatre mille hommes ne nous
auroient pas épuifé. Nous n'en aurions pas
moins foutenu la guerre en Amérique, et chaque.
fuccès n'auroit il pas été pour nous un pas de
plus pour nous mettre au poHit de donner en-
fuite la loi en Europe ? C'auroit été alors que
nous aurions en bonne grâce à décider, non
feulement fur notre propre droit, mais encore
fur celui des autres j au lieu que cette divcrfion
nous fera peut-être fubir le défagrement d'en-
tendre la décifion d'autruî. En vérité ù les
Angloîs n^avoient pas paru atterés par ce traité
qui dcvoit bien plutôt leur donner de la joie,
je croirois que le leur étoit un piège qu'ils
avoient tendu à defl'ein. Ceux d'entr'eux qui
ont le plus blâmé l'alliance que leur gouverne-
ment avoit faite, qui l'ont regardée comme one-
reufe à la nation, doivent changer de ton de-
N 3 puis
Ma0
ftmimèoÊtichkc que moi, ntrwat û
f9M màtuM, Tom ta fioaniîr de noavcmiix fvjets ?
Gtacci zm ciel, je me ¥OOs ilooncraî que des
Ibfecs plos agréables qoe fafhçynr, fi toos ne
portés vos ▼«« qu'aa mocncnt preftnt. Nous
29CKIS en afics de focccs for le lac Saînt Sacni-
ment. La reduâioa da fort Saint George et
d^autrcs avantages ont bîeo tourné des têtes id»
La Tifite que ramiral HoUx>rne nous a rendue»
a achevé, du motos quand à ceux qui ne ju-
gent que par révenemcnt du jour. Pour mieux,
vous mettre an £iit des difpolmons de ces fortes,
de gens, je veux joindre ici la copie d^une ktne
qu'écrivoit im de nos officiers. Vous la trou-
vères d'un ton tout à fait confolant et Ucn dif^
ferent de cdui de mes jérémiades perpétuelles*
Mais je ne veux pas vous en di&rer plus long*'
tems le pbifîr.
*' Notre efcadre coropofée de dix neuf vaif-
*^ féaux de ligne et cinq frégates, ayant pouf
*^ commandant M. du Bois de la Mothe, eft de-
** puis quatre mois devant Louiibourg» nour
<* avons attiré l'attention de toute l'Europe.
<^ Cet armement formidable exécuté avec des
** dépenfe» prefqu'incroïables que le fier An-
** glois annonçoity et avec lequel il devott
** frapçr
( Vf )
<< fraper des coups terribles, a. étépr^femèiH
^< Thifloire de la montagne qui enfanta d^ano
'< fouris. Vingt deux mille hommes aflem^-
*' blés à Halifax, dont feize mille tranfjportéar
«' d'Europe. Cent et tgnt de boyches à feu^
<< une fuite de train d'artillerie et d'uftencils de
«« guerre, vingt deux vaiflcaux de ligne, plu»
•( de deux cens.batimens de tranfport; quel
*' plus formidable appareil. L'objet que Ten-»
*' nemi avoit en vue n'étoit d'abord que l'Me
*' Roïale et le Canada, enfuite tout ce que
*^ nous po&dons en Amérique. Pour nou^,'
*^ nous avons anéanti, tous ces magnifique»
** projets avec icutement ^feiee vaiflcaux -dt"
^^ guerre mouilles fimplemcnt dans la rade de
'' Louifbourg. Nos fuccès en Canada nç font
** pas moins rapides. LfC fort Saint Georgesr
^* eft pris. Nos Canadiens font fur les fron^
*^ tieres des plus belles provinces de l'ennemie
<<' Cependant l'amiral Holborne commandant
•' de la terrible efcadre Angloife, s'eft montra
•* devant l'entrée de Louifbourg avec fes vingt
*' deux vailfeaux, tandis qu'une bruine nous
*' écârtoit de l'artillerie et nous retenoit dans
** le port. M. du Bois de la Mothe fe difpo-
•* foit à fortir dès que l'ennemi reparoîtroit.
** Ce n'étoit dans tous nos vaifTeaux qu'un defir
*^ et une même volonté d'aller ofirir le combat
N 4 ** à
( 27» >
A cjuuiiiy SXSU9 par nxalocBrcc SC. Holcorac
*^ K^Birey s arniifn boos 2. caoçts. un nasobtc
•* a pu près égii ai fies et il fe retire œ kâte
••^ ▼ers Hafiiu. Uic çoonpoi cetrc fince,
**' iut ctirz û sic'*?ii.' Ms fcrces, rspoodra
•* c^-?7 n'cf-tent pas fiipenienres à ccîIcj des
• ennemis yeik^ fr'jhj f'JTi-} L'exempîc
•* ai n^ihc^ircîîx Byn;^ n'i peint encore operc
•* <îei n:ir3c!=2 en rriTcur^.
** Depuis ttctre arri'cv: cous femmes comme
^ pétri£û au moaiCs^ Lz pofturc où noos
^ canesffGos noos efi: p re fe r Ê te par les ordres
** Ses p{vs pcfeiâ de la ccnr. Le maître ne
^ Vînt riea hazarder cette umée ; pe«t-£cre
^ eft ce pour mieux fnpper la campagne pro*
** ctuine. U eft fzcheiiz que la plus beik ef-
^ cadre qui ait été équipée à^'Sia 1703. ait des
^ enrraYcsqui ne lui pennettent que d'obierrer»
^ S'il y a jamais quelq^^ certitude dans la'ma-
•• rîne de brûler de la poudre à îTionneur du
** pavillon, c'étoît bien le 19. d'Aouft, jour
** auquel fc prefenta l'amiral Hoîbome. De-
** ptfis il a reparu avec vingt deux vjifleaux et
•*. fcpt frégates ; il fe falfoit alors tout blanc de
•* fon épée ; miîs un coup de vent terrible lui
•• en a fait rabbatre. Ce fut le 25. Septembre
<^* qu'un fud-eft affreux furprit fon efcadre fur
** la côte; s'il avoit duré deux heures de plus,
«* eUe
(273 )
** elle étbît perdue fans reflburce.' Les vaiÏÏèauX'
•* le Devonfhire de foixante dix canons et I«*
*« Salifbury de foixante furent s'écrafer fur la*
•* cote. Nous fauvâmef deux cens homme de
« ce dernier. Nous fommes fondés à croire
^' que cinq à lix autres vaiiTeaux ont eu le
*' même fort que le Devonfhire dont nous
*' n'avons pu fauver perfonnes. Ce qu'il y a
** de vrai, c'eft que la côte étoit couverte de
*' débris, et jonchée de cadavres. Le refte des
*^ vaiiTeaux qui ont échapé à un fi grand dan-
•' ger, ont la plus part dégrayés de leurs voiles.
*' et de leurs matures. Voilà donc le doigt du
^^ Dieu des armées qui combat pour nous*
^^ Les prifonniers que nos fauvages ont fait aux
•* portes d'Halifax, rapportent que de vingt
^' huit ou ving neuf vaiilèaux ou frégates dont
•' étoit compofée Tefcadre Angloife, il n'en a
*' relâché que quatorze, et l'amiral au con-
*' traire, publia que le refte avoit fait route
** pour TKurope. Il eft à prefumer qu'il a
•' parlé ainfi pour ne pas mettre le décourage-
** ment parmi le peuple dans des circonftances
** a critiques. Les feuls fauvages les décou-
*' ragent déjà afles. En effet il n'eft pas croï-
** able combien ceux ci portent les horreurs de
♦* la guerre la plus fanglante chès l'ennemi»
** Tous les jours nous les voions revenir avec
N 5 « des
( «74 )
^ àa mùknhlt» icftcs de fiunillcs entières dont
^ ib ont égorgés et fiNirenl manges le plus
^ grand nooibie. Je vous aroueiai que l'bu'^
^ Bumiténepeut fe faire à de pareib fpcâades.
^ Je frémis encore quand je fonge au difcourar
^ que tint devant moi un de leurs chefs, eif
«* pofant aux pieds de M. du Bois de la Moche,
<^ un tas de chevdures An^oifei : fais enforte,'
^ lin dit il, ^e mes frères et moi puiffions* '
^ bientôt faire un commerce, abondant d'un^
^ pdkterie aufi predeufir. Voilà une recpiête
^ bien fsuvage, lui repondit M. de h Mothe*
^ Au refte la main du Tout^puiflàttt rK>às à
•• vifiblemènt protégé dans Touragan du 25.'
^ Septembre. La meilleure partie de nôtres
^ efcadre étoît dans le phis grand danger. Lé
•* Tormant, le Formidable, lé Duc de Bour*
^ gogne, et prefque tous les autres vaiifiêaust
^ étoient malgré les ancres à la mer tout
*^ proche de la côte, lorfi}ue le vent changea
^* tout d'un coup et nous en éloigna. Le
** Tonnant avoit déjà perdu une partie de (si
^< quille en touchant. On procedoit à couper
^< fa mature lorfqu'il a été délivré par un coup
S< de vent. Cet événement nous a retenu ici
*^ où nos opérations ont été bornées à la prifè
*^ d'une frégate de fêize canons. Nous parti-^
** rons demain, jour de la TouiTaints, Dieu
*' vçuijUc
( ^75 )'
t< ^emlle nous rendre moins chanceux» et fjmV*
^ fions noua enmener à notre retour quelqoeé
^ vaifTeaux ennemis dans nos ports."
' Je me tromperois bien, Monfieur, fi rem
ne difiés aâuellement qu'il faut que je fois en
démence pour vous envoïer une telle, lettre 9
Biai^ n'allés vous pas dire encore pb en m'ji
voïant faire un commentaire très ierieux. Il
le faut pourtant, car ce ton prefomptueux, in-
confequent et étourdi qui' vous choque dans cet
kiftant, eft celui de la multitude à laquelle^
comme vous le fçavés, on eft quelquefois oblige
de repend^e. D^abcn-d la bravade fur les def-*
feins des Anglois et fur la conduite de l'amirai
Holborne, eft précifement Timitatton de ce
qu'elle veut infulter. Je fçais que les François
ne demandent pas mieux qu'à combattre ; que
l'amiral Holborne étoit defiré ; mais s'enfuit il
de là le droit de reprocher à l'ennemi le manque
de bravoure. Si dans une feule occafion nous
avons cru le pouvoir, dans plus de mille, nous
avons été bien éloignés d'avoir ce reproche
(d'ailleurs toujours mefieant) à lui faire. Quant
aux projets des Anglois, £h qu'ont ils donc de
fi ridicules pour nousf Avons nous jamais
imaginé de pouvoir moiiiller à un de leurs
ports, fans nous regarder tout de fuite comme
maîtres de toute l'Angleterre î Ne fçait on pa^
N 6 d'ailleurs
( 476 )
d*aiUcurs que ces châteaux en Efpagne (bné
bâtis pour la populace et non pour les gens
fenfés? Ne faut il pas dire à cette multitude
dont je me plains, à moins de la vouloir en-
tièrement décourager : N ous allons tout dé-^
truire, tout envahir. Ceux qui parlent ainfi
n'en fçavent pas moins ce qui eft poffible et ce
qui ne Teft pas. L'amiral Holborne a reculé,
parce qu'il nous a vu un nombre égal au fien»
£h quoi ; y a t'il de l'égalité entre une efcadre
fous le canon d'une ville fortifiée et une efcadre
qui a ce même canon contre elle ? L'amiral
avoit il n grand tort d'aller chercher de nou-
velles forces pour balancer cet avantage; mais
quand il auroit eu tort en eflFet, que fçait on fi
par la chance que nous aurions eue, nous
n'avons pas plutôt des grâces à lui rendre que
des railleries à faire*
Je n'ai rien à dire fur l'ouragan et le doigt
du Dieu des armées qui combat vifibiement
pour nous. J'en accepte l'augure, et je fou-
haite que fa proteftion foit toujours en notre
faveur auffi vifible. Je fuis feulement furpris
que ceux qui fe plaignoient fi amèrement de
l'inaâion, foient fi faifis de joïe d'un événe-
ment qui leur ôtdit le nioïeh de fe fignaler glo-
rieufement* Je ne dis ceci que pour démontrer
Tincoofcquence de la lettre que je critique»
car
C ^77 )
<!*r j'en fins (ïir, les François ont trop de valcor
et d'humanité pour defirer contre leurs ennemis
le fecours d'une fi afreufe tempête. Ces deux
ièntimens paroiiTent afies dans Fborreur que
nous avons pour les barbaries des fauvages. U
eft même prefqu'afluré que nou« ne nous en ti-
endrions pas à les leur reprocher, fi nous pou-
vions nous paflTer d'eux, ou qu'ils dependiiTent
entièrement de nous.
Je.m'arrête fur la refolution ou eft, dit oit,
le miniftére dé ne rien bazarder cette année*
II -eft à defirer qu'il n^en change pas l'année
prochaine et qu'il ne hazarde pas Lotiift}ourg;
que la première efcadre qui paroîtra à nos portes
ne foit pas compofée de ces mêmes vaiflèaux ^
Anglois doublés au lieu d'être anéantis fans ref-
iburces^ Vous êtes en vérité un autre Caflandre,
dires vous ; je ne m'en apperçois que trop, et
je n'en crains pas moins que mes prédirions
ne foient juftifiées, fi le fecours dont nous avions
un fi grand befoin, s'éloigne tandis même qu«
le befoin eft encore très prochain ; ou je fuis
bien trompé fi, dans l'attention que vous donnés
en France aux fuccès et aux démarches du roî
de Prufle, vous ne vous fouviendrés pas feule-
ment de nous, mes allarmes auront elles été
fauftês ? Encore fi nos fortifications étoient ache-
vées, nous pourrions refifter. J'ajouterois fi
nous
( 278 )
ttous avions l'habile oommandant que nopi^
avions il y a peu de tems ; mais comme il vient
de laiflcr prendre Cherbourg à ce qu'on dit ici,
vous prendries ce fouhait pour une raillerie^ efe
dans le vrai je n'ai nulle envie de railler.
LETTRE XXII.
Delarquement des Anglois à Louifiourg^ leurr
forces^ commencement du Jiége. Situation et
difpofitiom des Anglois^ attaque et difence ; de^
tails faits fur les propres journaux de t amiral
Bofcawen et fur d^ autres écrits auffi auten--
tiques*
Monsieur,
JE ne puis que foiblcment prendre part à là
perte de la bataille de Rofback et à la vio«
fation de la convention d'Hanover. Ces deux
funeftes nouvelles auroient fixé mon attention
dans un autre tems ; mais nous Tentons fur
toutes chofes les malheurs qui nous touchent
immédiatement, et la fenfation qu'ils font, ab»
forbent même tous les autres. A ce préambule
vous vous doutés déjà que nous (bmmes affiégés.
Oui, Monfieur, rien n'eft plus triffe et plus
vrai j et au lieu de cette belle efcadre qui nous
cnorgeuilliilbit tant l'année paiTée^^noas n'avoris
pour
( ^79 y
pour Mtevoir- l'ennemi que cinq ^iflêaux dd
guerre, deux mille cinq cens hommes de gar«
rifon, trob cens de milice bourgeoifê et unçf
fbrtificatioQ écroutéedàns les flancs de la plu»
part de fe» parties. Voilà dans quelle fituation
nous ont trouvés les Ânglois. Vous allés peut«4
être vous écrier qu'il n'y avoit point de gloire
à acquérir contre A peu de moïeiis de défencef
Vous auriés tort, car par une fuite de notre
malheur, notre foiblefle qui nous va mettre à
la merci de nos ennemis n'ôte aucun lufire à
leur viâoire. En eiFet vous verres par la nar<*
ration fidelle et détaillée que je vais vous faire
qu'il leur a falu une valeur peu commune pour
furmonter les premiers obftacles dont nous
avions l'obligation à la nature; et que moins
d'impatience de notre part auroit pu rendre in-
vincibles ; auffi avons nous éprouvé à nos dé*
pens la vérité de cette maxime : qu'on ne
-fauroit pouffer avec trop d'impetuofité l'attaque
et calculer avec trop de prudence la defenfe^
Mais commençons.
Le 28. jour de Mai 1758. une efcadre de
vingt trois vaiflèaux de guerre et de dix huit
frégates montée par feize mille homme de
troupes de débarquement, partit d'Halifax fous
le commandement de l'amiral Bofcawen,. et
vint jetter l'ancre le z. Juin dans la baye de
Gabarus»
( 28o )
Gabinis. PluCeurs vaifleaux de tranfport et
une artillerie proportionnée repondoient à ce
fennidabie appareil; un defir ardent dans le
cœur de tous les Anglois de reparer la honte
de la perte de Minorque, le rendoit encore plu»
redoutable.
Dès que l'ancre fut jette le général Amherft
et les brlgadien -généraux Laurence et Wolf
allèrent reconnoitre les différents endroits du
côté feptentrionnal de la baye, propres au dé*
barquement et en marquèrent trois. L'amiral
Bofcawen avoit cependant deux jours aupara-
vant fait reffai de la quan ité d'hommes qui
pourroient débarquer à la fois avec les batteaux,
et de la facilité qu'ils auroient à fe former en
touchant le rivage. Il avoit auili envoie le
Roïal Williams en croifiére devant Louifbourg*
Ces généraux s'apperçurent en faifant leurs ob-
(ervations que nous avions une chaine de bat-
teaux le long du rivage depuis le Cap Noir
jufqu'au Cap Blanc, des troupes irreguUeres
dans toute cette étendue et des batteries dans
tous les lieux où la defcente étoit praticable.
Comme il nous étoit très difficile avec auffi
peu d'hommes que nous en avions de défendre
une auffi grande étendue de côte, nous avions
garni d'un plus grand nombre, les lieux qui
n'étoient pas défendus par eux mêmes,, L'anfe
dii
( â8i )
du Cormoran étant jugée un de ces cndroîtf
dangereux pour nous, nous y fîmes plufieur»
campemens le long du rivage. La Kingfton
fut la première frégate qui s'^en approcha et
qui fit feu fur nous. Nous y repondîmes par
une batterie de deux canons et par la moufque*
ter le. La lame ayant empêché pendant trois
jours l'ennemi de débarquer, il refolut enfin le
è. Juin, jour au quel elle étoit moihs haute,
d'y tenter une defcente, après avoir feint, pour
nous dérouter, d'aller débarquer à Laurenbec.
A minuit l'amiral Bofcawen envoïa tous les
batteaux avec les officiers neceiTaires dans cha-
cun pour débarquer les troupes. L'ordre dii
débarquement fut en trois divifions, tandis
que les vaifièaux le Sutherland, le Kingfton»*
l'Halifax, &c. étoient poftés pour le foutenir
€t faire feu fur nous. Le Sutherland et Squir«
rel étoient à la droite proche le Cap Blanc;
le Kingfton et l'Halifax à la gauche proche
l'anfe-du Cormoran ; le Grammont et les fre^
gâtes la Diane et la Shannon étoient au centre;
Cependant le général Wolf avoît reçu l'ordre
d'envoler des troupes armées à la légère pour
tâcher de gagner la côte par des rochers qu'on
avoit toujours jugé inacceffibles, et où par con-
fequent nous n'avions point portés de monde.
Il y envoïa en effet cent hommes qui furent
dans
( 282 )
dans le moment tués ou écartés par les ùiu*
vaget et quelqu'uns des nôtres qui accoururent
au feu. Dans ce même tems et à quatre
heures du matin les ennemis efTaïerent de dé"
barquer à la gauche de l'anfe du Cormoran.
Ils avoient fix cens hommes de troupes légères^
le bataillon entier des Highlanders, et quatre
compagnies de grenadiers fous la conduite du
gênerai Wolf. Le général Whitmore feignît
cependant de tenter la defcente à la droite du
Cap Blanc, et le général Laurence qui corn*
mandoit au centre à l'anfe d'eau douce. Cette
manoeuvre qu'ils ne faifoient qiie pour parta-
ger notre attention étoic tfèa bonne et aflure«
ment trcs embarrafiknie pçur notre petit nenU
brei mais nous nous appcrçunaes bientôt du
véritable but de l'ennemi, quand nous vîmes le
général Wolf commencer à débarquer fur le
rivage de l'anfe au O^rmoran» R^n en inême
tems ne devoit plus nous raiTurer que cètt^
tentative. Cet endroit^ comme fi vous l'ai
dit, nous ajrant paru le plus foible, étoit
alors fi bien fortifié que rien n'étoit plus im«>
praticable que d'y débarquer. Nous y avions
deux mille hommes de troupes régulières, plu-
fieurs fauvages épars ça et là. Nous étions
derrière un bon parapet, fortifiés par plufieurs
pièces de canon à des diflances ^convenables les
unes
(283) ♦
unes des autres, des pierriers d'un calibre con^
fiderable et eiifîn le tout caché par un abbatis
d'arbres fi ferrés qu'on auroit eu de la peine à
y pafler quand même il n'auroit pas été défendu
par les lignes de nos troupes qu'il mafquoit eii-
tierement. En effet cette efpece de palifiade
ne laifTant point découvrir notre artillerie, et
paroiffant dans l'éloignement à l'ennemi une
plaine verte, nous pouvions tirer le plus gcand
parti de cette erreur. Nous avions même ab-
folument compté là deflus, ce qui faifoit que
nous étions moins allarmés du mauvais état de
la ville ; car que nous importoit qu'elle fût
fortifiée ou non, & nous empêchions la defcente*
Dans une pofition fi avantageuse, et n'ajant
qu'elle pour reâburce, il femble que nous de-
vions en tirer un tout autre parti que celui de
la fimple oppofition, et nous l'aurions pu (ans
une imprudence que nous ne faurions trop nous
reprocher. L'etmemi s'avançant vers nous dans
l'attente de ne trouver que quelque ouvrages
peu difficiles à forcer, il faloit le laiffer dans
cette idée jufqu'à l'entier débarquement. Alors
en faifant jouer nos batteries, ainfi que la moufp
quetterie, les Ângloîs auroient vaifemblable<*>
ment tous péris ou fur le rivage ou en fe rem«
barquant avec précipitation à caufe de la hau*
teur de la lame^ et peut-être auroient ils été
aflea
( î84 )
ifles découragés par une telle çerte pour ne*
rien tenter de plus ; mais dans un occafîon oi^
il faut du flegme les François reuififlent rare**
ment, et nous en donnâmes une bien fatale
preuve. A peine Tenaerni eut il fait quelque
lÀouvement pour s'approcher du rivage que nous
nous hâtâmes de leur découvrir le piège où fl
auroit été pris. Au feu que nous fîmes fur
l^urs batteaux, ils s'apperçurent de notre pofi-
tion, nous nous emprefiànies même de déranger
les branches d'arbres qui la couvrorent, et nous
les convainquîmes par là (bien mal à propos)
du péril inévitable qu'ils alloient affronter. Us
s'éloignèrent auffitôt, et la perte qu'ils fîrcpt,
au lieu d'être fuffifante pour les atterrer, ne fut
qu'un aiguillon de plus. Ils ne virent plus de
'Ficux praticables pour ta defccnte que celui là
même que nous avions jugé ne l'être pas. Le
major Scot fit dans cette occafîon une des plu»
belles aftions qu'on puifTe faire. Le général
Wolf qui étoit occupé du foin de faire rem-
barquer les troupes et d'éloigner les batteaux^
lui fit fîgne de gagner les rochers où Ton a Voit
envoie déjà cent hommes. Ce major y marche
auffitôt avec les troupes qu'il commandoitj
mais fa chaloupe étant arrivée la première, et
s^etant écrafée dans le moment qu'il mit pied
à terre, il grimpa les rochers tout feul. Il efpe--
roit
( «85 )
rok tiouver les cent hommes qui Tavoient pré«
cédés aux prifes avec les nôtres j mais n^eti
ayant trouvé que dix, il ne laifla pas avec un
il petit nombre de gagner le haut des rochers*
Il y rencontra dix iàuvages et foixante de nos
foldats qui lui tuèrent deux des Tiens et en blef-
llerent trois. Ce brave Anglois ne voulût ce-
pendant point dans cette extrémité abandonner
un pofte d'où dépcndoît le fùccès de Tentre-
prife de fa nation. Il exhorta les cinq hommes
qui lui reftoient à ne pas perdre courage, et
en vint jufqu'à les menacer de tirer lui même
fur celui qui rentreroit. Il avoit pourtant déjà
trois balles dans fes habits, et ne s'empêchoit
d'avoir les foixante dix hommes qu'il attaquolt,
fur les bras, qu'à la faveur d'un taillis de bois
à travers du quel il tiroit quelques coups. En-
fin fa valeur (à laquelle je n'ai pu m'empecher
de rendre juftice) fut fécondée par le refte des
troupes Angloifes qui, voïant qu'on ne pou volt
reuffir par une autre voie, s'expofcrent à tout
pour y parvenir.
Indépendamment de ce qu'il eft de l'intérêt
du vaincu de ne point rabaiflèr la gloire du
vainqueur, il eft encore de l'équité de rendre
juftice .à fon plus mortel ennemi ; ainfi je dois
confefler que les Anglois marquèrent dans cette
oCcaûon une bravoure qui n'auroit pu pa&r
que
( 2S6 )
que poor teoKricé iTant rcy c acm ^nt H faut
pourtant arouer, Monfieur, que la difficulté
de Tentirprife en leur &Hânt un honneur infini^
iaure auffi le notre. Avions nous pu préroîr
qu'ils iroient fe perfoader de pouvoir grimper
des rochers de tout tems regardés comme inac«
ceffibles; qu'enfuite malgré leurs batteaux écrafés
à chaque inftant, malgré la lame qui les re-
pouflbit et en faifoit périr un grand nombre, ils
continueroient, quoique moiiillés et fiatigués II
monter en bravant le feu que nos batteries fi-
rent fur eux dès qu'on s'apperçut de leur def«
iêin.
L'étonnement où nous jetterent une telle en-
treprife et un tel fuccès, ne contribua pas peu à
aflurer l'un et l'autre ; ainû quand les Anglois
attaquèrent la batterie qui les prenoit en flanc,
ils en vinrent afles fadlement à bout. U eft
d'ailleurs certain que quoique nous euffions pu
empêcher la defcente avec un peu plus de pré-
voiance et de prudence, nous ne pouvions ni •
avec Tune ni avec l'autre, ni même avec la va-
leur la plus héroique, leur difputer le terrain
l'drfqa'ils furent maîtres -du rivage. Nous
n'aviqps donc rien de mieux à faire que de
nous retirer, et nous le fimes avec d'autant
plus de précipitation que nous apprîmes que le
général Wfaitmore avoit; dans la Confufion où
nous
(487)
it^us étions, débarqué à la droite du Cap Blanc*
Nous avions tout Heu de craindre qu'il fie noua
empêchât de rentrer dans XfOuifbourg où nous
n'avions IziSSi que trois cens hommes, car alors
tout auroit été perdu (ans aucune apparence d^
reflburce. Quoique notre perte de ce funefte
jour montât a environ deux cens hommes tant
tués que prifonniers ; quoique notre ville fût
en fi mauvais état, nous n'étions pas fans efpoir.
Nous avions lieu d'attendre qu'on ne nous
abandonneroit pas, et que M, de Montcalm
dont on nous aiiuroit le fècours, paroîtroît avec
Hne efcadre pour nous dégager.
Outre une efperance fi bien fondée le. con-
feïl de guerre confidera qu'en retardant autant
qu'il ferpit poifible, notre redqâion (en fup^
pofant même que tout fecours nous manquât)
nous retarderions l'entreprife des ennemis fur
le Canada, et rendrions même le deflein qu'ils*
en avoient, inutile pour cette année. On re-
fufa à cet effet la permîffion que le comman-
dant des cinq vaiireau;^ à la raile, demandoit dé
fe retirer, et nous nous préparâmes a rendre
notre défenfe du moins utile à la patrie, fl tR^
ne pouvoit nous l'être à nous m^mes. Nou3
joignîmes à cette refolution mille fouhalts pouje
que l'ennemi fût moins bien conduit et moina
br4ye dans fes autres entreprifes. - Voies com**
bien
( 288 )
biea nous avions changé le ton que nom
avoicnt fait prendre le malheur et la retraite de
ramiral Holborne.
Nous avions cependant abandonné à rennemt
des provifionsj des armesj quatorze pièces de
canon, douze pierricrs, deux fourneaux à bou-
lets rouges dans l'uii defquels la bombe étoît
prête à partir. Comme il étoit impoffible que
notre fuite fût dirc<5^e, et que plufieurs d'entre
nous furent obligés de fe fauver par les rochers
et par les marais, nous ne fûmes fous le canon
de Louifbourg qu'à dix heures du matin. Alors
nous terminâmes une aflion fi malhcureufe
pour nous, comme nous Tavions commencée,
c'eft à dire, par une imprudence. Une dé-
charge qu'on fit de deffus les ramparts apprit
àrcnnemi la jufte portée de nos batteries, tan-
dis que nous aurions bien dû prévoir qu'ils
étoient hors d'atteinte. Ainfi nous réglâmes la
pofition du camp qu'il leur étoit convenable
de prendre, et qu'ils ont en effet tenu pendant
tout le fiége.
Le Chevalier Charles Hardi qui croîfoit pour
empêcher l'entrée du port aux vaUreaux qui
auroient pu venir à notre fecours, ne pût éviter
qu'il n'en paflat un dans le moment d*un brou-
illard épais. L'amiral Bofcawen lui fit en vaîa
donner la chafTe, il étoit déjà en fureté dans la
radej
3
( 289 )
Ni, 0008 eûmes fix vaiilèaux de ligne et
"Ucs. Cependant après la jonûion
\^hevalier Hardy à celle de Pamî-
^ ar la maladie qui s'étoit mife fut
^^ »ux, une de nos frégates nommée
^^ entreprit de Ibrtîr du port. Elle devoit
voile pour le Canada et tout hazarder
ar demander un prompt fecours; mais fon voi-
âge fut bien abrégé. L'amiral Bofcawen lui fit
donner chaflè par le Scarborough et la Junon, et
elle fut prife. Quelques vaiflcaux ennemis
9'étoient cependant avancés jufqu'à Lorembcc
^t avoicnt apportés les fafcines, les ammunitiont
et rartillerie ncceflaires. Depuis le 9. jour
d'après le débarquement le camp ennemi ctoit
pofé à environ trois cens toifes de Loui(bourg«
On avoît pofté quelques troupes dans Tanfe du
Cormoran et dans les environs pour empêcher
les incurftons des fauvages. Il y en avoit
d'autres qui rendoient la communication libre
entre la côte et le camp. Les onze ceni
hommes que commandoit le major Scot, et fur
tout les trois cens batteurs de bois qui étoient
de fa troupe» rôdoient fans ceflè pour fe ga-
rantir de quelque furprifc de la part des fau-
vages ou des Canadiens que nous attendions.
• Toutes ces précautions n'empêchèrent pat
que quatre cea9 hommes du r^iment deCam-
O biff
( 288 )
Uen nous avions changé le ton que nous
avoient fait prendre le malheur et la retraite de
Pamiral Holborne.
Nous avions cependant abandonné à renneml
iles provifions, des armes^ quatorze pièces de
canon, douze pierriers, deux fourneaux à bou-
lets rouges dans Tun defquels la bombe étoit
prête à partir. Comme il etoit impoffible que
notre fuite fût direâe, et que plufieurs d'entre
nous furent obligés de fe fauver par les rochers,
et par les marais, nous ne fûmes fous le canon
de Louifbourg qu'à dix heures du matin. Alors
nous terminâmes une aâion fi malheureufe
pour nous, comme nous l'avions commencée,
c*eft à dire, par une imprudence. Une dé*
charge qu'on fit de deflus les ramparts apprit
à l'ennemi la jufte portée de nos batteries, tan-
dis que nous aurions bien dû prévoir qu'ils
étoient hors d'atteinte. Ainfi nous réglâmes la
pofition du camp qu'il leur étoit convenable
de prendre, et qu'ils ont en effet tenu pendant
tout le fiége.
Le Chevalier Charles Hardi qui croifoit pour
empêcher Tentrée du port aux vaifleaux qui
auroient pu venir à notre fecours, ne pût éviter
qu'il n'en paflat un dans le moment d'un broii-
illard épais. L'amiral Bofcawen lui fit en vain
donner la chafle, il étoit déjà en fureté dans la
rade;
( «89 )
.lade ; atnfi amis eûmes fix vaiilèaux de ligne et
^autant de frégates. Cependant après ]a jonâioh
de l'efcadre du Chevalier Hardy à celle de l'ami-
nd, caufée par la maladie qui s'étoit mife fut
Jes vaiflëaux, une de nos frégates nommée
rEcho entreprit de fortir du port. ' £l]e devoit
faire voile pour le Canada et tout hazarder
pour demander un prompt fecours; mais fon voi-
âge fut bien abrégé. L'amiral Bofcawen lui fit
donner chafTe par le Scarborough et la Junon, et
elle fut prife. Quelques vaiflcaux ennemis
^'étoient cependant avancés jufqu'à Lorembcc
«t avoicnt apportés les fafcines, les ammunitionî
et rartillerîe ncceflalres. Depuis le 9. joui:
d'après le débarquement le camp ennemi étoit
pofé à environ trois cens toifes de Louifbourg.
On avoit pofte quelques troupes dans Tanfe dû
Cormoran et dans les environs pour empêcher
les incurftons des fauvages. H 7 en avoit
d'autres qui rendoient la communication libre
entre la côte et le camp. Les onze ceni
hommes que commandoit le major Scot, et fur
tout les trois cens batteurs de bois qui étoient
de fa troupe» rôdoient fans ceflè pour Ce ga-
rantir de quelque furprifc de la part des fau-
vages ou des Canadiens que nous attendions.
• Toutes ces précautions n'empêchèrent pat
que quatre cea9 hpmmes du régiment deCam-
O biff
(Z90)
btfqué au port Dmiphûi» et qm lei vaiflèatt
de guerre qui les avoîe^c Apport^ ne s'en nh
tourniflênt. Le Chevalier Charles Hardy 0»
vint cependant barrer le chemin à mm vaiflèaui^
craignant qu'ils ne psofitaflont de quelque
brouillard pour iortv du port.
Le 1 1. dans le tems que les MdaCs ennemis
Soient occupés à creufer des rochers et à fikhcr
des marais pour pratiquer des routes dans leur
camp, dans le tems que les nôtres tacboient de
faire qudques réparations à nos fortificadons^
im ièrgent^major et quatre foldats du régiment
de Ficher volontaire étranger, defertereoC Us
donnèrent fims doute de Tencouragement aiis
travailleurs en leur apprenant notre fituationi
le peu que nous pouvions faire pour Tameltor^r*
fit le découragement da foldat preique à toute
heure fiir le point de defsrter, lis direet
euffi que nous avions détruit la g^de bat^
lerie, celle du fanal et tout ce ^u*it ne«l
avoit été poflible de détruire au tour de la
ville.
Sur ces nouvelles le major Scot Ait le lende*
main commandé pour aller à la tête de cinq
cens hommes de troupes légères et de batteurs
de bois, s'emparer da lieu où étoit la batterie
du fuïsi. U: fut foivi du brigadier^géaénil
Wolf
( *9r )
Wolf « h tât^4t quatre ooi^gnSes it grent^
4icTs «et de douxe cens hommes détachés del
iigpes. Us trouTcrent qœ les defeiteiirs kiir
nvdenl aâcnic vrai, et quenolM n'ariens IziBi
qœ quatre canons endaiiés. Bs fiieiit atiffitôt
irenir une quancsié fufiËinte d'artilleiie et de
madiiiies. La finuation ée ee pofliè étoit très
enranti^eufe à f etifiemi qui potiroit facilement
de E feudroier nos vaiileamc et jetter des
bombes farnotie batterie de Tifle. Mais Tim*
poffibiUce de 4e gardernoiis avoît forcé à l'aban*
donner^ et c'étott phs- que nous 'ne pouvions
Sûre que de garder les batteries et ramparts dé
h v3Ie. Proche de Tendroit dont le^ Angloît
venoient de s*emparer il y avoit une petite
anfe pour le débarquement des provifions et de
VartiUerie dont on pouvoit avoir belbin, et
pour comble d'agrément ils trouvèrent encore
W même endroit dans deux petits camps qoe
nous avions abandonné, tantes fortes de provi-
fions de bouche et entre autres du potflbn de
Lorembec et dé très bon vin, il eft vrai que
nous n'avions pas lieu d'avoir fCfjret à cette
^ermere jc^ptiue. La difette n'étoit nullement
^bes BOtiSf.et il eut été à defircr qqe nous euf-'
fions eu des bouches autant qu'il en falloit pour
^onfommer nos provifioncf, auffi éo faiiions noua
iitiére^ et le ibUat s'étoit fi bien accoutumé k
0'2 ces
( 29* )
Cft UbertUtÀ qu'il ne vouloit plus CnvttUer ni
faire des forties fans être à demi-yvre. U faut
avoir éprouvé les menagemens qu'exige de ceux
qui commandent, le découragement du foldac à
qui on ne peut &ire iUufion fur la fuperioritédes
forces ennemies et fur ùl propre foiblefle, pour
fçavoir à quoi nous fommes réduits. L'honneur
et la gloire déterminent l'homme bien né ; mais
envers le peuple, aux chaînes delà crainte il faut
fubftituer celles de l'intérêt du moment et de la
condefcendance, bien fouvent auffi foibles que
dangereufcs pour ceux qui (ont forces d'y avoir
recours.
Cependant comme il avoit été poffible de dé-
barquer dans ces lieux où venoient de s'établir
les Ang)oi$, nous y avions pratiqué des para-
pets et planté des paliflàdes conune nous avion»
fait à l'anfe du Cormoran, et nous n'avions pas
eu le tems de les détruire ( ainfi les Angloit
fçurent bien s'en fcrvir. Le lendemain au
point du jour nous cherchâmes le moïen de dé^
tourner l'ennemi des travaux que nous lui vo>
ons faire. Nous envoïâmes un parti qui fit
mine de s'avancer vers le général Wolf s mais
celui-ci ayant reçu Fallarme par un mei&ger du
major Rois qui commandoit une garde détachée
entre le camp et la vi)le, les nôtres fe retirèrent
auifitôt aprçs avoir feint de n'avoir en vue
que
( 293 )
que quelques chetives maifons qu'ils brulcrenf.
Nous n'étions pas en état de perdre du monde^
et nous aurions pourtant bien voulu retarder
ks ouvrages de Tennemi. Nous refolûmes en-
ilin de donner quelque chofe au hazard quand
nous vîmes qu'ils travailloient à leur grand
camp avec une ardeur indefattgable, et qu'ils
avoient déjà élevé trois redoutes entre la droite
et la gauche de l'éminence où ils étoient ; trois
cens de nos foldats firent en plein jour une
ibrtie^ fur les partis avancés de Tennenif, mais
ils furent repouffés avec perte.
« Il ne nous reftoit que d'incommoder autant
qu'il nous étoit poffible, le camp du Fanal par
la batterie de l'iile, et nous le fîmes avec fuccès
jufqu*au moment où les Anglois jugèrent à
propos de porter leur ligne dans un lieu plus hors
d'atteinte. Il efl vrai qu'ils prirent ce parti en
braves gens, car leurs grenadiers demeurèrent
dans l'endroit dangereux jufqu'au lendemain.
Ce même jour 14. nous feignîmes encore
une attaque du côté du major Rofs, ou plutôt
nous l'aurions faite réellement fi vn nombre
de troupes très fuperieur aux nôtres, ne fût
venu à fon fecours. Nous remorquâmes enr
fuite une chaloupe à l'entrée du havre ^ nous
montâmes deux canons de vingt quatre livres
de balle à fon avant dans l'intoition d'incom-
O 3 moder
(294)
fc noOTiaB cayp de If. Woir ^ jtoit
t fK% wÊ iiwàgLm Cette cfaiospe mit a
de l'iie^ et tin iês
et piui fCTint
ploficuis Mb
4e ctommage à Pcnarwi. £lk tûm encore fur
desx Taiflêaia qû s'étofeot approdié du poit
pour nous oUcrfer ; mais comoie an fit aufi
feu fur elle, Q j eut fix hommes de foa équî«
page de tués ; ceptndanf oo n*o& la pourfuivre,
parce qu*cUe étoit couverte par dix canons de
Fille de cjuarante deux Kvies de baUe chacun»
kfipieb pcMOtoient èa câté du largue»
Malg^ tout ce que nous pâmci 6ire dcpnii
k r4» jufqu'au 19. nous eûmes la doukor de
Toir fortifier les deux camps de l'enncrai» et d'y
Toir pendant cette durée de lems» tranipoitec
tous les ;qipareils qu'il dc ftino it CUAtic
(ans pouvoir les en tmpecber. Ce fut
pendant ce tems là qu'on nous prit la fir^te
nommée TEcbo dont je vo«s ai dqa fiut .aten^
tion, et que Tefeadre du Clievalier Charles
Hardy revint k fat pofidon qu'eUe avoit quittée^
pour joindre l'amiral.
. Hier dix neuf on ouvrit fur le fiûr a» camp
du Fanal une batterie de canons et mortiers
fin- la batterie de Tifle cl iîir les vûflcaïuu qui
fit
( ^95 )
ût feu très vivement j^tipx^mi natsiï No«s y
répondîmes avec la mêiae vivacité, mais aivcc
un très grand dciâvaàtsigey pitifqve la liautesr
de la fituation.de TcMietiii nous empêche de
l'endommager^. et que d'ailleun ii eft à Tabri
>4erriere des ^niinenccs et des. locbers qui le
couvrent. Enés» ce niatiji k batterie du Fanal
a coadntse de foudroier iK>s vaiAbaux au point
qu'il a falu qu^ils fe raf^roehafiènt de la ville
de plus de ùx cens verges, ce qui les met un
peufdus hors d'atteinte, mais en même temr
lai&atti:.eimemis phis à^efç^t pouf s'approcher,
et fliohis d^iHQâiliimodké pour avancer leurs
biifMgês que )e feu de nos vaifiêaux avoir
nwicoii^ dérsifige.'
' Je ftpis hktïf Monlxeur, qu'en recevant cette
lettre qœ je vais vous envoyer par la frégate
RArefhtrfc qui n^attend qu'un inftànt favofable
^our partir, vous allés être dans la plus afFreufe
mféi^tttde ; et fcepeiïdant que diriés de moi 5
je perdoîe^ téttè oécafion de voiiS^ inftnilh: de
notre malheur ; vous Tapprendriés par d*autres,
et me fauriés mauvais gré du doute où je vous
laiflê fur mon fort. Je vous promets la con-
tinuation de la relation exaâe du fiége ; fi nous
fommes pris d'aflaut, elle pourroit bien ne ja-
mais parvenir JAjfqu'à vous ; mais comme je fat»
des v^ux plutôt en bon citoien qu'en foldat,
O 4 j'efpere
( 296 )
f cfpere que nous capitulerons quand il n*y aura
plut moien de nous en défendre. Alors vrai-
femblablement je fuivrai de près cette dernière
lettre que je vous promets, fi je ne vous la
porte pas moi-même. Cependant avoués pour
ma confolation que je n'avois pas tant de tort
de prévoir et de m'affligcr de ce qui nous ar-
rive ; que j'avois raifon de dire que votre fu-
nefte guerre du continent alloit caufer la perte
d'une colonie fi précieufe à la Frince et qui
devenoit fi âoriflante. Quelle dépenfe immenfe
pour la rétablir, fi tant eft que les Anglois qui
en connoitront trop bien le prix, veuillent nous
la rendre, ou que nous puiffions les 7 forcer ?
Ah ! faloit il abandonner ainfi ce qu'on devoit
conferver plus que toutes chofes, pour des inté-
rêts qui ne font point les nôtres, et dont nous
avons même Tair d'être très mauvais marchands.
A Dieu, Monfieur, je ne finirois plus fi je me
mettois en train de regrets et de réflexions»
On m'imitera en Europe, mais trop tard.
LETTRE
( 297 )
LETTRE XXin.
ConttnuattM iufiige de Lowfiourgy refijiance det
ajjiégês* Ils font enfin forcés de capituler %
traitement qui leur ejl fait et aux babitans^
Monsieur,
VO U S ne recevrés pas ma dernière lettre
auffitôt que je Tavoîs penfé, et je ne
fuivrai pas celle ci d'auffi. près que je l'aurois
voulu. L'Ârethufe a denoieuré ici qutn2X jours
plus tard que je ne Tavois cru \ mais comme
ce n'étoit que pour attendre un inftant favora-
ble, et qu'elle étoit fans ceilè prête à partir, je
n'ai pu ajouter à ce que je vous mandois, les
opérations qui fe (ont faites pendant ce tems.
Depuis que cette colonie a changé de maître,
mes incommodités augmentées par les inquié-
tudes infeparables de la trifte fituation où nous
avons été réduits, m'ont empêché de m'em-
barquer pour retourner en France. Vraifcm-
blablement je demeurerai encore quelque tems
ici grâces à l'humanité de nos vainqueurs. ]1
eft vrai qu'on ne fauroit égaler leur générofité
qu'en la comparant à leur valeur ; mais je veux
laconter et louer par ordre, ainfi continuons
O5 les
(49»)
les opérations de celle de ces deux qualités qui
nous a coûté cher, nous en Tiendrons après it
l'autre de laquelle chacun de nous doit garder
un (bovemr précieux. J'en -étoit relié, fi je
ne me trompe, au récit d'une fituation qui
«voit amené mes regrets, et tovs allés juger
combien ils étoient judes.
Le 21. Juin nos vaiflèaux firent un feu ter-
rible fur la batterie du Fanal qui, dit on, en
fut peu endommageai Nous tirimes fur Pen-
nemi de tout câté, autant que nos (brces nous
Je permnrent, ainfi que les bombes dont nous
étions il diaque inflant aflSûlIi. Lr lendemain
un brouillard épais alant règne tout fejour^ les
tnnemis en proiherent pour faire une redoute
avancée entre te centre du giand camj^ et cetie
du cpté droit. Par A ils fe facifitoient la poT-
fi^ffion d'une éminence qui commandoit la par-
tie du camp qui étoit du côté de la vilk à lu
diftance d'environ huit cens verges du glacis»
De plus ils érigèrent une batterie de fix canons
au fanal pour la £dre jouer contre celle de Tifle
qui les incommodoit beaucoup. Enfuite ils
en érigèrent une antre contre nos vaiflèaux.
Enfin ils firent l'épaulement pour fe faciliter
les approches de la ville par la colline» Cet
ouvrage étoit d'environ un quart de mille de
longueur fur foixauie pieds de lavgeur et neuf
de
( ^99 )
de hauteur. D itolt compofi^ cle gaMons, ê€
ftfcîries, et de terre à Tëpreuvc des balles et du
feu. Q?atre jours furent emploies à ces pré*
paratife, et le 25. nous en éprouvâmes l'effet.
Une des enibrafares de la batterie de Tifle fut
très endommagée', et nous ne pûmes plus m>ui
fervir que de bombes. Notre batterie du cap
de Maurepai ïet le eanon de nos TaiflbattX y
fupléerent autaint qu'it lut pofible.
Le 26. nousgrefolûmes de mettre le feu au
nouveau fort:4ef 'ennemis^ nruiis cettl^des notret
qm )*entrèprireiif| iititnt repouAfs lam avoir
pAreuffir.
Le 27. voiant que renhemi avançoit toii«»
jour^ nous redoublâme^r notNr feu fkns iKnivoir
déranger les trarailleurs, et nous Tétions noué
iftemes furieufement par les bombes qu'ils nous
jettoient. D'ailleurs l'amiral qui fongeoit à
tout, fit mettre quatre cens foldats à terre qu'on
plaça dans l'anfe du Cormoran^ et cette pré-
caution fut d'an grand fecours aux affiegeans.
Deux jours après nous coulâmes à fond deux
frégates et deux vaîflèaux à l'entrée la plus
étroite du havre. Nous les am^^'^^s enfèm'*
ble, afin que fi Fennemî voulott fè rendre maître
du port, \\ n'y pût' faire entrer fes vaiflêaûx quç
Tun après Fautre. Capen<)ant notre frégate^
fAsedmfe s'arafi^dans îe havre aulE loin q^'H
O 6 ccoit
( 300 )
étoit poffible, et par le feu qu'elle fit, dérangea
extrêmement les travailleurs. On lui rendit
vivement Tes décharges, et l'ennemi qui bruloit
d*approcher de la ville, fit ce qu'il pu pour
faire reculer encore nos vaiflèaux. Tout (c
pafia d'une façon afles uniforme de part et
d'autre pendant quatre jours.
Le T. Juillet un détachement des nôtres fortit
du bois et s'avança jufqu'à environ un mille ail
de la du Barachois. M. Wolf vint auffitot k
fa rencontre avec cent hommes d'infanterie et
cinq cens foldats réguliers. L'efcarmouche fiit
vive, mais enfin nos foldats furent obligés de
fe retirer. Ils le firent en bon ordre, et de
colline en colline ils fe retournoient et faifoient
feu fur l'ennemi qui gagna pourtant deux émi*
nences fort avanugeufes où il fe bâta de jettec
une redoute. Nous coulâmes encore à fond
deux frégates et laifiàmes leurs mats hors de
Teau. Les jours fuivants les ennemis forme*
rent leurs lignes et leurs troupes légères fe dé-
fendirent contre des fauvages qui raudoient au
tour du camp pour enlever ceux qui s'en écar-
taient.
Il n'eft pas douteux que malgré les avantages
que les Anglois avofent fur nous ^(la valeur et
Vbabiletc de leurs généraux) ils n'a'ent dû re-
connoitre l'extrême dimculté de leur entreprife.
^ - Quant
( ÎOI )
Quant à nous la longueur de notre défenfê
pailbit notre efpoir et nous confîderions en fou-
pirant l'impoifibilité qu'il y auroit eu à nous
forcer, fi nous avions eu feulement l'égalité du
nombre avec l'ennemi.
Cependant comme nous n'étions pas déter-*
minés à nous rendre avant les dernières extré-
mités, nous fîmes le 8. une fortie fur le dé-
tachement des travailleurs commandé par le
brigadier -général Laurence. Nous les fur-
prîmes à la faveur d'une nuit très obfcure ;
mais que pouvoient neuf cens hommes contre
toute l'avant garde des ennemis qui vint aufli-
tôt au fecours des travailleurs. Nous eûmes
deux capitaines et quelques foldats de tués.
Le lendemain nous envoïames un pavillon
blanc pour obtenir la liberté d'enterrer les
morts.
Le lo. l'amiral mît en œuvre deux cens
mineurs. Nous tirions cependant à mitraille
et faiiîons le plus de bruit que nous pouvions.
L'Arethufe emploioit tous les momens qu'on
l'empéchoit de partir d'une façon qui de voit
nous confoler de ce retardement forcé. Nous
tpperçûmes pendant la nuit du ii. un grand
feu dans les bois et comme ç'étoit le* fignal de
l'arrivée de M. Dc$ Herbiers qui nous amenoît
des Canadiens et. des fauvages, nous rejfrîmés
coeur*
( 302 )
coeur. Nous ikvioot driaicUra qm l/LJ>9
Hcrbâcn qui fe piquoic bien plut im braToure
que iThuiiianit^ haraflcroit renncmi» et loi fe-
roit le pis qu'il pourroit par les troupes qu'il
girderoit au tour du camp après avoir renforcé
la garnifon. En tSn, il enleva entre autres
un foldat qui conduifoit un chariot, et en ayant
appris la fituation du camp^ il la fit auÎMr
favoir» afin que nous puffiont diriger en coiife-
quence le fieu de nos batteries.
Le 15. un brouillard épais &'étant élevé pcni-
dant la nuit» TArethuTe en profita pour fortir
du havre» et quoi qu'on iê UU hité ^ie lui
donner chafle dès qu'on s*en apperçut» eHc
échspa. Je crois pourtant que ion départ §t
encore plus de plaifir à l'ennemi qu'à nous»
Le i6. M. Wolf fe rendit maître do poiU
occupe par nos piquets, fitué ik quatre cens
verges de h porte de Toueft, et il s'y maintint
malgré notre feu et im)s bombes. Un defep»
teur du camp nous ayant appris le Keu oà
étoient les magafins des ennemis» nous diri^
geâmes nos bombes de feçoo que mûm hm
donnâmes une terrible allarme. Les joars iiiâ*
vants les approches de la ville fe fiûfoient lotH
jours avec fuccès» ainfi que les nouvdles batir*
ries dont une commença à jouer vivement fiu
U haftion Dauphin et for la poctt de root*. .
La
( 3^3 )
*Le «T.'noiM fiit très fimeftc, nn boulef et
tvMï ayant mis le feu à notre vaiflèau l'En-
treprenant de foixantc quatorze can'ofts, il fauta
au milieu du havre, et dans fa chute mit le
feu aux deux vaifi^aux le Célèbre et le Capri-
cieux qui furent cônfumés ; les autres vaiflèaux
S^âolgnent au milieu des plus grands périls,,
puifqii'iîs furent obrigés de pafl^ entre la bat*
terie des ennemis et lè canon des vaiilêausi.
embrafés qui tiroient tant fur eux que fur nous»
Plufieurs de nos baraques en furent confumées ^
enfin ce fut une nuit d'horreur et de defola-
tion. Le Prudent et le Bienfaifaiu de foixantt
quatorze canons qui s'étoient fauves de l'em^
brafement, ne purent longtemS éviter leur mau*
vais fort.
L'amiral Bofcawen avoit ordonné à chaque
vaiiTeau de fa fiotte d'équiper d€ux battèaux
deux pinaces et une barge, et les avoit fait
armer de moufijuets, de bayonnettes, de cou-
telats,^ d'haches dermes et de piftolets* Cea
batteaux, fous la conduite des capitaines L4
Forey et Balfour entrèrent dans un grand il*
lence et^ par une nuit fombre dans le havre*
Cependant comme depuis trois jours toutes 00a
batteries étoient end^nrunagées, ainfi que noa
ramparts» comme le feu de leur moufquetterie
noas^chaifiak k chaque inftaot de ces mêrne^
ramparts
( 304 )
nmparts qu*on tâchoit ik réparer» comme enfin
nous avions déjà une brèche au baftion Dau-
phin et à la porte de Toueft, nous ne man-
quions pas de befogne. D'ailleurs nous avions
vu apporter les échelles dans la tranchécf et
craignant à chaque inftant l'efcalade, nous
n'étions occupés qu'à foire un feu continuel de
toutes la moufquetterie des ramparts, tandis que
celle de Tennemi ne nous laiilbit pas un in*
ftant de relâche. Il n'eft donc pas furprenant
que nous n*aions pas apperçu parmi tant de
confufîon et d'allarmes, des batteaux ennemis
qui fe gliiTerent, comme je vous l'ai dit, dans
le havre. Ils en vouloient aux deux feuls vaif-
féaux qui nous étoient reftés et ils ne reuffirent
que trop. Le capitaine La Forey. attaqua le
Prudent, et le capitaine Balfour le Bienfaifant.
Le bruit du combat nous fît appercevoir notre
nouveau malheur, mais ce fut trop tard. En
vain nous dirigeâmes toutes les batteries qui
étoient encore en état, fur les batteaux ; nous
ne pûmes empêcher que le Bienfaifant ne fût
remorqué de defTous nos murs dans le port du
hord-elt fous la protection des batteries enne-
mis, et qu'on ne mit le feu au Prudent parce
qu'il étoit en bas fond.
Il faut avouer, Monfieur, que cette fatale
aâion fit autant d'honneur aux Anglois qu'elle
nous
( 305 )
noqs fut préjudiciable. En effet tant qye not
vaiflèaux auroicnt été dans le havre, on n*eut
que très difficilement pu nous donner raifaut.
Ce fut donc ici notre coup de grâce. Le fpcc-
table qui s'offrit le lendemain à nos yeux,
nous «n convainquit. Nous ne pouvions fans
la plus vive douleur jetter les yeux fur notre
havre defolé. H étoit couvert de débris de
vaiflèaux, tant de ceux qui avoient été bruléa
que de ceux que nous ou nos ennemis avoient
coulé à fond. Si nous confiderions enfuite
rétat de la ville, notre affliâion redoubloit»
Toutes lea batteries prefque ruinées par plus
de douze canons en état de tirer, une brèche
praticable, notre petit nombre extrêmement
diminué et le redoublement du feu de l'ennemi
qui achevoit de ifous détruire. D'ailleurs aucun
des moïens neceffaires pour reparer nos pertes ^
aucune apparence de fecours ; nous avions
même vu prendre peu de jours auparavant
deux batimens efpagnols qui nous en appor-
toient.
Dans un fi trifte état il ne nous reftoit qu'ai
capituler, atnfi nous fufpendimes notre feu et
envolâmes demander une trêve pour régler les
articles de la capitulation. Nous la deman-
dions plus honorable et avantageufe que nous
n'avions lieu de l'efpercr, et en cas de refus^
nous
(3^)
\ i^oM encore rcfolus k b défcnee. L'of-
fidcr qui étoit chargé det propoficioiis de M.
de DnicoiiTt aoCre comaundant^ icrint avec la
lettre fuivÂnte du géoéni Amherft.
^ En reponfe à la propofitioo que je Tiens
<* de recevoir de votre exceUence, je n'aiautre
^ chofe k dire finon que ton ryrrJlence Mon-
^ fienr rAmiral Bofcawen et moi avons déddé
^ que nos vaiflêauz entreroient demain dans k
** port pour faire une attaque générale. Votre
* excellence fçait fort bien la fituatîon de
** Parmée et de la flotte, ainfi que celle de b
^ ville ; mais conune M, TAmind BoTcaivirea
^ et moi délirons d'éviter l'effaiioa d« iâng»
^ nous donnons k votre excellence une beuic
^ pour fe déterminer a £aiie la finile ^*^^»^^ft-
^ tibn que nous voulons accepter, qui eft de
^ vous rendre prifonniers de guerre^ finon votre
^ excellence doit prendre fiir elle tomtes ks br
*^ lieftes coniequences d*iihe défence îmitik."
M; de Drucourt au delefpoir d'itre obligé à
des conditions fi dures, refolut dans ua confeil
de guene de fubic les dernières extrémités» £o
confequence il alloit envoïer fa reponfe où il
marquoit qu'il attendroît Tanaque, lorfque M.
Prevoft commtflaire ordonnateur vint lui pre-
fenter une requête au nom des habitans. Dans
cet interyalç on avoit renvoie à Meffieurs Bof*.
cawea
( 307 )
cawen et Amherft pour obtenir d'autres condt^
tiens, et leur reponfe ayant été femblable à la
première, il ne reftoit plus qu'une décifîon
prompte entre le fouhait des officiers qui vou-
lôient s'expofer à tout, et la requête du corn-
mifl^ire qui fans contredit étoit plus fenfée et
plus convenable à la fituation* H appuia beau<*
coup, non fur l'inutilité de la défence, car
elle étoit vifible, mais fur ce que le devoir d'un
bon citoïen étoit de fauver une colonie dont le
dernier malheur feroit une carrière d'effroi pour
toutes Içs autres. }1 fit obferver que les con-*
ftîts q'ue'M.. a Drucourt avoit jufqu'ak>rs te(iu»
ç^avoi^ôt été çompofés que de militaires qui ne
péhfoiént qû'S^ la gloire des armes du roi et ii
leur honneur ; mais que ces confîderationB 4e-
Vpiefit, JEivoir moins de forces fur ceux qui joi-^
gnolent Si ces mêmes niotifs» k Iwi du <alut
public dont ik dévoient rendre compte, et que
dans la pofition prcfente, ce dernier objet devoÂt
prévaloir; la valeur là plus héroïque ne pouvant
deibrmais être regardée que comme un dctefyw
ruineux.
n n'y avoit rien à repondre k ces motifs et ^
ce raifonnement qui n'étoient que trop valables.
M. de Drucourt s*y rendit. I! fùbit la loi d»
vainqueur, ainfi la capitulation fut bientôt drcjC*
(6e. Les articles en fUreot tels.
(3o8 )
<< 1*. La garnifon de LouKbourg fera pri"
** fonnicre de guerre et tranfportée en Angle-
** terre dans les vaificaux de fa majefté Brican-
•« nique.
" 2©. Toute TartîHcrie, anununitions, pro-
*^ vifioRs auffi bien que toutes les armes de
*^ quelque cfpece qu'elles puifTent, être qui font
** à prefent dans la ville et dans les Ifles Roïale
** et de Saint Jean, feront livrées entre les
*^ mains des commifTaîres qu'on établira à cet
-** eflfet pour être remifes à fa nujefté Britan-
" nique.
<* 3^. Le gouverneur donnera ordre aux
<< troupes de l'ifle Saint Jean, de fe rendre à
** tel vaîflcaux de guerre qu'il plaira à Vwwàl
*• d'envoïcr pour les recevoir.
'< 4*. La porte appel iée Dauphine fera ouverte
^* aux troupes de fa majefté Britannique k huit
<* heures demain matin, et la garnifon ainfî
*< que ceux qui ont porté les armes feront
^< rangés demain dans Tefplanade où ils met-
*< tront bas leurs armes, leurs enfeignes, leurs
*' fournitures et leurs ôrnemens de guerre, puis
<' elle ira à bord des vaifleaux fur lef quels elle
** doit pafler en Angleterre.
" 5°. L'on aura le même foin des malades
(< et des bleiTés qui font dans les hôpitaux que
** des fujets de fa majefté Britannique.
" 6*. Les
( 3^9 )
<< 6«. Les marchands et leurs commis qui
** n*ont point portés les armes, feront envoies
" en France dans tels vaiflëaux que l'amiral
** jugera à propos."
Cette capitulation fut faîte le 26. Juillet, et
par confequent aprb deux mois d'un fiége
meurtrier et qu'on n*auroit jamais pu foutenir
fi longtems fans le facrifîce des malheureux vaifr
féaux dont il falut hazarder la perte.
Le lendemain à l'heure convenue le major
Forquhar à la tête de trois compagnies de gre«
hadiers prit poilêffion de la porte Dauphine.
A midi le général Whitmore qui avoit tant de
part à la prife de la place, eut avec juflice
l'honneur de recevoir la reduftion de la garni*
fon qui fût faite fur l'efplanade. Il fit enfuit^
emporter les armes et les drapaux, pofa des
cprps de garde et des fentinelles, et enfin agit
CA gouverneur de Louifbourg.
Il nous reftoit un malheur à efluïer et nous
n'avions que trop lieu dç le craindre ; peut-
être cependant que cette crainte n'agitoit pas!
fortement les têtes légères de ceux qui ne fon-
geoient ni au pa^ ni à l'avenir, et nous ne
nanquions pas de celles là, plus d'un exemple
nous eh avoit convaincu, car devinerés nous,
Monûeur,.ce quç faiibieat ms officiers pendant
-' l'ardeur
( i^o )
Tardeur du fiége. Lorfqu'ils n'étoient pas
commande ils fe raflèmbloient et jouoient £
gros jeu, qu*on auroit penle à les voir, que
chacun d'eux ^ic fur de Tinutilite dont leur
fcroit Targent pour ravenir» Peut-être étoit
ce là une marque de courage ? oui, fi la tran-
quilité pour le nnoment de notre deftniâionj
meritoit vraiment ce nom ; mats je fuis bieà
eldgn^ de le peofer ain(L Je ne pouvois
m'empecher de taxer de folie nos intrépides
Joueurs qu*une feule bombe de mille qu'il ea
tomboit par jour, auroit écrafé au milieu d'un^
fi belle occupation. Vous ailes donc faire auffi
le prédicateur, vous écrtrés vous peut-être?
Non, en vérité du moins quant à un fermoa
de morale; car pour reloge de nos vainqueurs
II faut que vous me le paffiés, la juftice et Ig^
reconnoiflànce Texigent de nous tous, et poui[
cela je a*ai qu'à rentrer dans le fujet qui a pré-
cédé cette digreâion.
Oui, Monfieur, il nous reftoit à craindre le
malheur d'être imités par nos ennemis. lia
n'avoient pas oublie les barbaries et les qruautét
inouïes que nous avions laifle exerce fur eux
par les (auvages après la prife d'OffFCgo et dsi
foit Henri-Guillaume^ qui ne s*écoient pour*
tant rendus qu'à une capitulatton pkis. avan-»
tageufc
( 3" )
tageufe que cdle que nous venons de ÛLirt.
Le peM de tems qui s'étoit écoulé depuis ne
pouvoit en avoir effacé un jufte reflèntiment
que la continuation de la guerre avott entre*
tenu. D'ailleurs quoique vaincus, nous laifions
à chaque inftant ëchaper des marques d'animo*-
^té qui n'adouciilbient pas les efprits. La nuit
qui précéda l'exécution de la capitulation on
laiflTa piller le magafin aux foldats, les prêtres
la paflèrene toute entière à marier toutes, les
filles au premier venu pour» difoient ik qu'elles
ne tombaflènt pas entre les mains des htre^
tiques. De plus répuifement de la caiflè miU*f
taire» quoiqu'à vuide auparavant» ne laiâbit pas
de jetter un (bupçon dans les écrits qui pouvok
aupnenter l'aigreur : et cependant malgré tant
de circonfiances qui dévoient nous nuire, lA .
probité, l'honneur et l'humaiiité des chefs Afi«
glois l'emportèrent. Mcfieurs Bofcawen et
Amherft qui» avec l'harmonie la (Jus nM
entre deux perfonnes qui partagent Pàutoriiéy
^ et la plus glorieuiê àî'itneeàraatre^ avoienc
conduit l'entreprifiB avec autant d'habileté que
de valeur» joignirent eiifuite les a£Uoi}s4e l'boQ^
DCte honune i celles du héros.
La vigilance de l'amiral pendant ht durée dtf
iiSP^ÎM api^icatipil à cbctcber les moUm
d'en
( 3" )
ftn iccdicrer le fiiccc*. le choix henreaz qaH
tfîr de ce» iroens, irAiiifeP-:', fur tout dans
l'exectitiofi gj projet contre -los deux vaiflêaox;
fon aâivité qui, non cor ^^.te de trouver des
occupations dans l'<t cond- :tc de la flotte con-
fiée à fies foins, et qui le faifoit venir diaque
jour au camp pour fe concerter avec le gênerai
Amherft ; voilà des objets que ne perdront ja-
mais de vue les Anglois, et qui fans doute lui
attireront la reconnoiflince étemelle de fa pa-
trie. La notre lui eft due à d'auffi bons titres,
quoique d'un genre diiFereot, et notre eftime
pour les uns et les autres.
Enfin, Monfieur, perfonne ne s^apperçoit
id, du moins quant au donunage pofonnel,
que nous foïons dans une ville conquiiê. La
garrifon a été embarquée avec toute la tran-
quilité et Tordre qu'on auroit pu mettre dani '
un voïage fait à plaifir. Chaque (bldat a em-
porté ce qui lui appartenoit Êins qu'il lui ait
' été ^t le moindre tort. M. de Dmcourt a
focu tous les honneurs que meritoit (on rang.
L'amiral a eu pour Mad. de Drucourt tous
les égards dûs à fon mérite ; elle n'a point de-
mandé de grâces qu'elle n'ait obtenu. Il eft
vrai que ce procédé envers elle fait honneur au
difceracment de ceux qui l'ont eu. Cette dame
a (ait
(313 )
a iait pendant le (iége des «âicms t]ui lui «T-
furent une place parmi les perfonnes illuflres de
ion fexe ; elle tirok elle même trois canons par
jour pour animer les canonniers. Après la ré-
clusion elle s'eft intecefiee pour tous les mal-
heureux qui ont eu recours à elle. Dans ce
nombre M. Maillet de Grandville eft un ex-
emple bien frapant de la vicilSitude de la for-
tune* Il quitta la France il y a dix fept ans.
H arriva à Québec avec fort peu de bien. Là
par fon induftrie dans le commerce il fut bien-
tôt en état d'acheter la feigneurie de Mont
Louis qui lui coûta quatre vingt mille livres d^
France. A prefent par le malheur de Louif-
bourg il en perd plus de cens cinquante mille,
et refte feulement avec rembarras d'une nom-
breufe famille. Mais que font à la patrie en
général ces pertes particulières, ' dira-t'-on.?
Beaucoup en vérité, quoique ceux à qui on con-
fie le gouvernement egifiènt comme fi cela ne
lui importoit en rien. CroVés vous que bien des
gens fe preflènt dorénavant de s'expatrier," de
conftuner dans le travail -et la peine, des jours
qu'ils pourraient paiTer plus j^réablement cBès
eux, pour perdre enfuite tout le fruit de ce tra«
vail{>ar l'abandon des colonies qu'on devrdt
conferver à tout prix. Maia ceci me rame*
P neroit
(3H)
neroit \ mes reflexions et k mes regrets : les
uns et les autres vous feroient d'autant plus
inutiles que, félon toute apparence, on ne s*en
fait pas faute aâuellement en France. Il ne
me refte donc plus qu'a vous dire que j'aurai
bientôt le plaifir de vous embraflèr, fi mon dé-
part réglé fur ma fanté, eft auffi prochain que
je refpere. Je crois pourtant que vous aurés
encore une lettre avant ce tems. J'ai fait une
liaifon particulière avec un Angloîs homme
d'efprit avec lequel j'ai eu quelques converfa-
tions. Vous ne ferés pas fâché par le récit que
je vous en ferai, d'apprendre ce que nos enne-
mis penfcnt fur l'importance de leur conquête ;
vous en jugerés mieux des raifons que nous
avions de Tempécher et de ce que nous devons
£dre pour la racheter. Au refte, Monfieur,-
je vous charge d'une commiffion qui, je crois,
convient très bien à votre façon de penfer:
c'eft de dire à tous ceux des nôtres qui font
dans le commerce, qu'aucun tort n'a été fait
ici par les ennemis à leurs femblables ; qu'ils
ont vendu et emporté tout ce qui leur appar-
tcnoit ; à ceux qui font dans le fervice, que le
militaire a été traité avec tous les égards et k
douceur poflibles ; aux peuples, qu'on a ex^
ercé avec les gens de leur état tout ce que
l'hu-
(J'5)
rhumanité diâe; enfin ajoutés en général à
tous nos compatriotes que il ce revers aug-
mente dans leur cœur pour les Anglois Tanti-
pathie nationale, c'eft un motif de plus pour
ne pas leur demeurer redevables d'un obliga-
tion ; qu'ainfi à la première occailon, que je
leur fouhaite bientôt, ils prennent leur re-
vanche encore plus des bons procédés de l'en-
nemi que de la perte qu'il nous a caufée. Je
penfe, Monfieur, et vous les penferés auffi fans
doute, que tels doivent être les fouhaits et la
conduite d'un cœur généreux»
Votre très, &€»
Pa LETTRE
( SH )
neroit \ nei reflèxior'
tins et la aatm w ^^ jç^nj^ç^
inutiles que, feloo t
fait pai fiuitc «£b ' ^g:/r!îe avtc l\vdcHr\
me relie donc p' . v;^/^* Cii^ Br^/6« pour
bientôt le pUir . ^^.
part rcgjé fur 1.*^*'
je rcfperc
encore unr ..^^''-^-u^^ redoubler le chagrin que
liaifon p r^^^^^ France de la perte de
d'efprit ff^^f'.te^Ç^ qu'en général il ne faut
tions. ^.^ '^'Lrfi» ^'^^ ^^ ^"' ^^^^ ^^ agréable,
J* ^'^^ .^*^ jfôtt peu parmi eux qui veuillent
■**■ ^^'^ ^îficultés, quelque utile que leur
^^ -r^ jfttc prévoiance. Mais je n'écris
ai ^ ^us, Monfieur, vous qui aimés
- ^^ ^ vérité quelque facheufe qu'elle
i^^j^ifi voulés fixer vos yeux que fur le
*?' ^f^. 4^* ^^"^ prefente le vrai jour des
f^ Je puis donc vous dire que félon toute
^^^\L[fif notre perte eft irréparable. Et pour-
'^f\^ftfa$ récriercs vous? Dans la dernière
^f\L 0*tvoit on pad pris Louifbourg ? Ne
Ifjbii P** ^^^^^ ^ ^^ P**^ ' J'^* ^^^^ '^ même
I^Jj^ltion avec l' Anglois dont je vous ai parlé
^''^'jjt lettre précédente, et voici ce qu'il me
\\Liit un jour que je le preflbis plus vivement,
^^^mX'k doute de ce^çwe je voiois bien qu'il
ffrr^' ' " devoit
( 317)
penfer, que par un refte d^efpoir qtr«r
fois voulu foncier fur l'aveuglement de no»
memis.
Vous parlés, me dit-il^ de la rcftitufion qu«
nous vous fîmes de ces ifles dans la dernière
guerre comme fi elle vous devoit être un ga-
rant d'une conduite femblable k l'avenir ; maie
les tems et les efprits font bien changés. Alors
trois motifs qui parurent très forts à ceux qui
gotivernoient, nous y déterminèrent* Le pre-
mier fut la perte de la bataille de Fontenoî,
jpinte à l'inquiétude inteftine que vous nou»
^viés fufcitée dans le defTein de nou^ obliger à^
la pzbç^ et que vous auriés pu renouveller tout
de bon» fi nous n'avions pas plié. Le fécond
(ut Tefpoir de voir régler à notre fatisfaâion
^es limites de TAcadie fur lefquelles pn ne
f'ctoit point encore expliqué. Le troifieme fut
tttèxiy quç* nous n'avions encore qu'une con*
noiflance très imparfaite dé" rutilUé de notre
conquête, et que d'ailleurs la foiblefTe de votre
marine nous T.afluroit fur tous vos projets. Ces
troijsi motifs ne fubfifknt plus et ne fauroient
yraifemblablerTient fubfifter encore. La guerre
du Continent ne tourne pas ^fîe^ h.eureufement
pour vous, et vQlia avési à faire à trop forte
partie du côté de la valeur et cle la conduite,
jpcHir y fpader «n ^and erpuir. Je crpi^ même
P 3 qu'elle
(3»8)
cpiVIle fera autant pour nous que nous mêmes ;'
le peu de foins que la France s'eft donné pour
conferver cette colonie, en eft une preuve j
Tattenfion de votre gouvernement eft fixée fur
TAllemagne, vous avcs prefque oublié la prc*
miere querelle, et nous devons profiter de vos
fautes comme, fans doute, vous profiteriés des
nôtres. En pourrions nous faire une plus
grande que de vous imiter et d'oublier nos vrais
intérêts ? Ce feroit bien quitter le corps pour
Courir après Tombre ; non, quelques foïent vos
fuccès de ce côté là, nous vous abandonnerons .
Tos palmes pour garder les nôtres. Le defir
unanime de la nation s'oppofe à un defTein con«
traire qui même deviendroit très dangereux pour
ceux qui l'auroient conçu. Quant à l'artifice
dont vous vous fervites pour amener la paix
d'Aix la Chapelle, Vous êtes trop épuifles pour lé
metire en œuvre i trois puiflàntes armées à en«
tretenir vous laiffent ptn de pouvoir d'en choi*
fir les moïens ; d'ailleurs ce choix dépendroit il
de vous ? Se laiiTeroit on encore leurer ? Et
pourroit on fans la certitude la plus palpable,
s'en fier à vous ? Mais peut-^être vous viendré's
fculs tenter une defcente ? Pourries vous feule-
ment imaginer à cette entreprife l'ombre de la
poffibilité ? La haine des deux nations eft trop
forte pour que l'une fubjugue l'autre dans fon
propre
C 319 )
propre païs. Lorfqu'il feroit queftion de le
défendre mutuellement, tout deviendroit foldac
jufqu'aux arbres et aux plantes. Dans aucun
des fiécles pafles on n'a reuffî ni de part ni
d'autre dans un tel projet, qu'à la faveur des
troubles inteftins dont on a fçu profiter.
Mais nous nous imaginerons peut-être que
vous nous accorderiés de bonne foi ce que vous
nous aviés cédé au traité d'Utrecht i et ne
Taviés vous pas promis folennellement dans le
dernier traité? Le fubterfuge que vous '^vés
emploie pour éluder vos promefles, ne nous
fait il pas connoltre ce que nous devons at-
tendre pour ravcnir? De plus la différence
de vos piécentions aux nôtres, nous laiflè t'elle
quelque efpoir d'ctre (ktisfaits fans la raifon du
plus fort?
Enfin nous avons eu le tcms et Toccafion de
connoitre à nos dépens, ce que vous vaut
cette colonie ; ce qu'elle vous met en état d'en-
treprendre et d'exécuter ; de quel prix, par
confequent elle fera pour nous ; et nous recon-
noifibns qu'il feroit trop tard d'en revenir fi,
après vous l'avoir rendue, nous voulions la
reprendre dans le tems que, par l'acroifiement
de votre marine, vous auriés un appui de plus.
Vous dites que vous ne ferés la paix qu'à
cette feule condition? Et bien nous verrons
P 4 qui
( 3^0 )
qui (e laflèra plutôt de la guerre. Quant a
nous, nous ne l'avons faite que pour vous em-
pêcher de ruiner entièrement nos colonies et de
vous emparer de celles que vous nous aviés cé-
dées. Et par quels moïens étiés vous fur le
point d'y parvenir ? L'Ifle Ro'ale feule vous
les fourniflbit. En gardant cette importante
conquête, nous finiflons la querelle des limites
de l'Acadie ; nous vous reflerrons dans les bornes
que vous vous êtes vous mêmes prefcrites^ et
nous vous ôtons le pouvoir de les étendre et de
les changer comme vous i'avés fait. Le fleuve
Saint Laurent dépendra toujours de ceux qui
poflecîcront Tlfle Roïale. Et à qui en eft due
la pofllflion, ù ce n'eft à ceux qui ont le plus
de terrain fur fes bords? En calculant d'après
k traité d'Utrecht, c'eft nous par confequent
qui devons y dominer. Mais vous nctîs^ dif-
putés le don, et c'cft juftement à caufe de
cette injadice, que nous ne devons pas nous
piquer à votre égard d'une générofité dont vous
ne tarderiés pas à nous faire repentir. Nous
j^riverions nôiis par la paix d'un fuccès fi chère-
ment acheté, et qui efl: abfolument neceifaire
àU b jt que nous noUs fortimes propofé en faifant
la guerre? Il eft qUeftion poUf nous d'afTuret
nos colonies, dé faire fleurir notre commerce,
dé n'être pas fam ceîSè en proie a vos ihvafiorïà
ou
( 321 }
pu aux cruautés où vous nous expofes de la
part des fauviges. En gardant Louifbourg^
nous ne faurions craindre d'être ni repoufles ni
reflerrés par vous dans nos colonies ; encore
moins de vous les voir faire tomber en non va--
leur. Vous ne viendrès plus troubler notre
pêche et par là nous oter la plus grande utilité
qu'on peut tirer de ces pays. Le commerce des
pelleteries ne fera plus à vous feuls ; les fau-
vages feront forcés à le faire avec nous; et lorf-
que vos inftigattons ne les animeront plus, lorf-
que l'habitude nous let attachera, on ne verra
plus- la defolation périodique qui afflige fi fou-^
vent ces contrées. Nous poflcderons. toutes les^^
côtes depuis terre neuve jufqu'à la Soride^ et
U îaloufie que pourra vous donner notre pu-
iflànce, fera encore un iBolnûre ûîs! pour vous^
et pour nouê, que n'eft celui que caufe uxl voi-
ftnage qui fera toujours une fource féconde de
querelles. Voilà les avafitages réels et prefents
que npus donne la pofieffîon de Tlfle Roiale.
Quant aux avantages oocafionnels, ils né font
guère moins grands pour nous; puifque TafFoi-»
bliffement et le dommage de l'ennenû naturel
en font de très confiderabies. En effet fi vou*
D'êtes plus les maîtres du Cap Breton, vous
ficrdés entièrement le commerce de la morue j
et les poITeâions qui vous rcftent, en perdant ei%
même
( i^2 )
même tcms vos droits imaginaires fur rAcadiei
vous reduifent dans l'Anicrique du nord à un
partage plus onéreux qu'utile. Louifbourg étant
votre entrepôt et votre point de communication^
tant pour les vaiiTeaux qui viennent de France,
que pour ceux qui viennent des Ifles Antilles,
votre navigation fera aufTi ruinée que votre
commerce i nous porterons d'ailleurs le plus
grand coup à votre marine ; car la pêche feule
vous avoit fourni des matelots qu'auparavant
vous ne preniés que chès vos voiûns.
Enfin, Monfieur, interrompis je avec un peu
d'aigreur, vous nous reduirés à notre continent,
ne font ce pas là votre but et vos fouhaits i
Oui, me repondit froidement mon Anglois, fi
j'en étois cru et que cela fût poflible. Mais
ne vous refteroit il pas de quoi vous confoler,
ajouta t'il : les produâions de votre ccttitinent ne
valent elles pas mieux que celles des deux ifles
que nous pofTedons en Europe ? Comptés vous
pour rien la différence de fon étendue, de fon
cHmât ; et votre bon vïn feul ne compenfe t'il
pas tout ce que nous pofTederions de plus que
vous en Amérique ? En vérité, repris-je en
riant, nous ne ferons pas, s'il vous plaît, cç
dédommagement fi fort à nos dépens. Je vois
bien» continuai-je plus ferieufement, que le
Çap Breton va être le Dunkerque du nord, et
que
( 323 )
que le plus fort le mettra toujours dans Ton par^
tagej cependant comme après avoir longtems
dlfputé celui-ci, nous l'avons enfin emporté fur
vous, nous pourrons avoir la même chance.
Vous connoifles trop combien il eft de notre
intérêt de tout hazarder pour l'avoir, pour pré-
fumer que nous l'ignorions. Nous nous en
étions repofé en partie fur l'ignorance que nous
vous fuppofions à cet égard ; mais plus vous
vous montrerés inftruits de la grandeur de notre
perte, plus vous vous exhorterés mutuellement
k' nous la faire fubir fans retour, moins nous
détournerons notre attention de cet objet. Je
n'ai' rien à ajouter à ce que vous avés dit fur le
t>réjudice qu'elle nous cauferoit, fur l'avantage
que vous en retirerés, et quand je penferois
quelque chofe que vous auriés obmis, je me
garderois bien de vous en faire appercevoir.
li n'cft pas naturel que j'augmente la force de
vos motifs, comme il l'eft que je vous fafTe
convenir que le fuccès pourroit ne pas les fé-
conder, et qu'il ne feroit pas ft jufte que vous
Je penfés, qu'il les fécondât. Je ne vois pas
que la pofTeffion de TAcadie en la fuppofant
dans toute l'étendue que vous y donnés, doive
-emporter celle de l'Ifle Roïale. Vous ne l'avés
•pas vous même trouvé ainfi, puifque vous nous
avés laifTé cette dernière dans le tems que peut-
être
( 324 )
ttre nous n'aurions pu refufer de 70U8 l'accorder^
Eft ce par le don que nous vous avons fait, que
nous méritons de Aibir une perte nouvelle?
Non aiïurement, me repondit l'Anglois; maîf
c'cft la revocation de ce don, la mauvaife fol
dans la promefTe et dans les procédés; l'achar-
r.cmcnt à renouvcllcr la querelle; les artificej^
cmp!o)cs pour en jctter le blâme fur nous, qui
ont mcritc que nous priflions une refolution qui
vous cft fi préjudiciable. C'eft la neceflité fur
laquelle toutes vos dci^narches nous ont ouvert
les yeux, qui nous Tont fait prendre, L'exe*.
eut ion ne fera pas fi facile que vous le fuppofi^
dis-je encore. Toutes les puiflànces qui pot
iedent des colonies, ont autant d'intérêt de tenir
la balance égale en Amérique qu'elles peuvent
en avoir en Europe. L'Ëfpagnol et le Hoi^
landois fe joindront à nous ixMir vous lemettr«
dans de juftcs bornes ; d'ftillèurs vous aves un
pais dans le continent à racheter, un allié à
fauvcr ; et voilà plus d'un efpoir réunis. Vous
ne tencs pas encore l'un reprit l'Anglois, et
vous n'ûvés point vaincu l'autre ; j'ai pourtant
repondu d'avance II celte objeftiôn. Quant à
celle de la ligue dont vous cro es l'appui cer*
tain j mille circonftances peuvent reropecher^
ne fut ce que celle de l'égalité des fentimen^
que nous infpirons à ces puiflances qui pouF-
roicnt
(3^5)
roîent le prévenir j il n'eft pas doufeux qu'ellçi
ont pour nos deux nations le même ^ioigne- .
ment, et que no«us leur infpirons la même
crainte et la même défiance. Ainfi dans l'în*
certitude du choix qu'il feroit beau pour elles
qu'elles fificnt, elles pourront bien prendre le
parti' d^ n*en faire aucun pour nous làiflèr mu-
tuellement afFoiblir : dans ce Cas il faut con-
venir que celui qui aura le plus gagné, aura,
par Ces conquêtes et par les avantages qu'elles
lui auront procuré, déjà acquis mille moïcns
pour s'y maintenir avant que l'orage éclate. Et
d'ailleurs ne voies vous pas qu'il nous faut àb-
folumeht jouer à quitte où double; que ne pou-
vant avoir de paix ni de repos dans nos colo-
nies fans garder Louifbburg, il faut le garder à
quelque hazard que nous piiii&ons nous mettre
en le gardant ?
Voilà, Monfieur, un échantillon des conver-
fations que j'ai foùvent avec un homme dont
vous efttmeriés la franchife et la bonne foi fans
art, fi vous le connoiflics. Il eft certain qu'avec
notre vivacité naturelle, de tek entretiens prcn-
droient un tour bien différent ; la plus part
. d'entre nous pouflèroit h dilputc jufqu'à.
l'offence, ou la diffimulation jufqu'à la fauf-
fcté. Je ne dis pas que bien des Anglois
ne ie conduifent en c^a en François, car
j'aime
( 326)
j'aime à me flatter que tous n'ont pas le fang
froid et la fermeté de mon nouvel ami. Il eft
très confolant que chaque nation ait fes travers;
l'Anglois eft inconftant et fa façon d*envifagcr
les mêmes objets fuit fouvent imperceptiblement
des impreflions dont il fe revolteroit s'il s'ap-
percevoit qu'on veut les lui donner. Aujour-
d'hui il ne voit rien d'égal à Tavantage de gar-
der rifle Roïale, peut-être dans le tems il fe
trouvera que le prix de Minorque aura haufl^é,
et que le troc lui paroîtra convenable et très
bon. Cependant ne nous y fions pas trop et
n'oublions rien de ce qui peut amener cette ré-
volution dans les efprits. L'adrcfli à trouver
des moïens eft prefque infeparable de l'extrémité
qui en fait fentir le befoin ; refliburce, à la
vérité, aufli peu fûre que l'efperance dans l'eii-
cès du malheur.
Mais» Monfieur, ce mot de malheur me fait
fouvenir que je n'ai point fongé à vous confoler
fur celui de ne pouvoir faire le voïage que vous
aviés projette ; à quoi vous fert à préfent cette
defcription fi détaillée de nos deux ifles ; fur les
mœurs de ces hommes que nous trouvons fin-
guliers et à qui nous ne le paroiflbns pas moins ;
ces confeils, ces 4nftruâions quant au com-
merce et au gouvernement ; enfin tout ce que
je vous ai écrit ? J'ai voulu vous amufer et
vous
C 3^7 )
vous être utile, et peut-être ne vous ài-je
donné que des regrets. Mais cette impreffion
ne fera pas la plus forte qu'auroient produit
mes lettres, je vous connois trop bien pour
n'être pas fur de vous entendre dire lorfque
j'aurai dans peu le plaitir de vous embrafTer:
la fatisfaâion qu'a un honnête homme de voir
fon ami penfer fans preflige de partialité, d*en-
tendre par lui la voix hardie de la vérité et de
la juftice, eft le feul fentiment qui refte après
l'avoir entendu.
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